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Nyotaimori
Du 16 janvier au 3 février 2018, supplémentaire samedi 27 janvier à 20h

Maude abandonne son emploi dans une grande entreprise pour embrasser une carrière de travailleuse autonome. Elle est sa propre patronne et prétend jouir d’une liberté absolue. Mais l’absence de frontière entre sa vie personnelle et professionnelle ne la plonge-t-elle pas dans une autre forme d’aliénation? Le coffre d’une voiture usinée au Japon et la porte d’un atelier de fabrication de lingerie en Inde, menant tous deux à son immeuble par des voies inexplicables, vont bouleverser sa vie et son rapport au monde.

L’auteure Sarah Berthiaume s’intéresse au système économique qui transforme les humains en machines et les femmes en objets. Mêlant des temporalités fragmentées, des éléments surréalistes et beaucoup d’humour, Nyotaimori réinvente un discours confrontant liberté et aliénation dans le travail, tout en questionnant nos habitudes de consommation à l’ère de la mondialisation.


Texte et mise en scène Sarah Berthiaume
Mise en scène Sébastien David
Interprétation Christine Beaulieu, Macha Limonchik, Philippe Racine

Crédits supplémentaires et autres informations

Assistance à la mise en scène, régie et direction de production Catherine Comeau
Scénographie, costumes et accessoires Karine Galarneau
Conception lumière Cédric Delorme-Bouchard
Composition musicale Navet Confit
Maquillages Amélie Bruneau-Longpré
Direction technique Alex Gauvin
Photo Christian Blais, Design Gauthier

Mardi 19h
Mercredi au vendredi 20h
Samedi 16h

Rencontre avec l'équipe 24 janvier

Une création de La Bataille en coproduction avec le Centre du Théâtre d'Aujourd'hui


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Critique disponible
            
Critique

D’abord créée il y a quelques années sous la forme d’une courte pièce pour une soirée de lectures au festival Zone Homa, la fable Nyotaimori sur le monde du travail, signée Sarah Berthiaume, installe ses drôles de pénates au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 3 février.




Crédit photos : Valérie Remise

Nyotaimori (du nom d’une pratique traditionnelle japonaise consistant à déguster des sushis sur le corps nu d’une femme) est un conte étrange, à cheval entre une réalité aliénante et « objectifiante », celle du monde du travail, et le délire issu du cerveau épuisé d’une travailleuse autonome au bord de la surcharge. La nouvelle production de la compagnie La bataille, co-mise en scène par l’auteure et par Sébastien David, se penche de fait sur la fine ligne qui sépare vie personnelle et vie professionnelle. Elle remet en question, au moyen d’une certaine distorsion de l’espace-temps, notre rapport au travail et la transformation de l’être humain en machine à travailler en chaîne.

Le parti pris de l’auteure pour un « réalisme magique » crée un spectacle en deux temps qui part par moment un peu dans tous les sens. Son analyse du monde du travail actuel est cependant d’une justesse remarquable. Quelle que soit la génération à laquelle on appartient ou on s’identifie, impossible de ne pas reconnaître dans les agissements de ses personnages la société dans laquelle on évolue avec ses traits de génie comme ses contradictions.

Le public assiste d’abord, dans une ancienne fabrique de sous-vêtements (inspiration de départ pour la pièce), à une entrevue entre un jeune publicitaire branché et la journaliste incarnée par Christine Beaulieu, avec tout le naturel et le charisme qu’on lui connaît. Une mise en place un peu longue, mais qui met la table pour un délire fiévreux et fascinant, produit par l’esprit en quête de vide, d’un instant de déshumanisation, de la journaliste exténuée. Macha Limonchik (toujours aussi lumineuse) et Philippe Racine (aussi solide que polyvalent) complètent l’excellente distribution en incarnant les personnages qui gravitent autour de la jeune femme ou qui viennent peupler les vagabondages de son esprit.

Malgré les péripéties surréalistes dans lesquelles Sarah Berthiaume fait basculer son personnage principal, l’auteure ne perd jamais de vue sa critique sociale, son questionnement sur la société de consommation et sur l’aliénation physique ou psychologique du travailleur, quel que soit son travail ou sa situation géographique. Le style éclaté de Nyotaimori permet en fait la rencontre de différents univers, ceux des travailleurs considérés comme les rouages d’une machine et traités comme tels, et ceux des consommateurs de ces produits fabriqués à la chaîne, chacun enviant la situation de l’autre.

La cohésion du spectacle tient beaucoup à l’interprétation sans failles de Christine Beaulieu, qui connaît une période artistique exceptionnelle, et à la qualité d’écriture de Berthiaume, qui jongle sur plusieurs niveaux. Nyotaimori se révèle une bulle onirique qui semble parfois directement connectée à notre subconscient individuel et collectif, de sorte que la pièce amène tout doucement le spectateur à se questionner sur sa propre aliénation.

19-01-2018
 
Centre du Théâtre d'Aujourd'hui
3900, rue Saint-Denis
Billetterie : 514-282-3900 - billetterie.theatredaujourdhui.qc.ca

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