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Bilan
Du 13 novembre au 8 décembre 2018
À la Salle Albert-Rousseau (Québec) le 5 février 2019, 20h

Prise dans son ensemble, l’oeuvre de Marcel Dubé constitue une formidable chronique du Québec traditionnel se transformant en une société assoiffée de modernité. Créée à l’aube de la Révolution tranquille, Bilan est la pièce charnière de l’auteur d’Un simple soldat ; pour la première fois, il situe son action dans un milieu aisé afin de montrer l’héritage des magouilleurs de l’ère duplessiste. Pour porter un regard contemporain sur ces personnages — en particulier les femmes, qui incarnent la soif d’une vie plus libre — Lorraine Pintal a choisi un metteur en scène sensible et brillant, à l’impressionnante feuille de route internationale, mais trop peu connu du grand public : Benoît Vermeulen.

C’est la fête chez William Larose. Homme d’affaires prospère, perpétuellement enivré de sa propre puissance, il célèbre ce soir-là son entrée en politique comme organisateur des Bleus, alors que « l’équipe du tonnerre » de Jean Lesage vient tout juste de prendre le pouvoir. Mais au cours de cette soirée destinée à célébrer son accession au sommet de la pyramide sociale, il réalise peu à peu que son ascendance sur son épouse, sur ses enfants, son entreprise, en fait, sur sa propre vie, s’est effritée et qu’il ne comprend rien au monde nouveau qu’il n’a pas vu se mettre en place autour de lui.

Guy Jodoin et Sylvie Léonard jouent le couple rageur que William et Margot sont devenus, face à la nouvelle génération des années soixante.


Texte Marcel Dubé
Mise en scène Benoît Vermeulen
Avec Christine Beaulieu, Joseph Bellerose, Philippe Cousineau, Mickaël Gouin, Rachel Graton, Guy Jodoin, Sylvie Léonard, Marie-Ève Milot, Jonathan Morier, Jean-Philippe Perras, Mathieu Quesnel, Denis Trudel


Crédits supplémentaires et autres informations

Conseil à la dramaturgie Marie-Claude Verdier
Conception Raymond Marius Boucher, Linda Brunelle, André Rioux, David B. Ricard, Nathalie Trépanier, Nicolas Basque, Angelo Barsetti
Assistance à la mise en scène Marie-Christine Martel

Mardis 19h30, mercredis au samedis 20h, certains samedis 15h

Discussion avec l'équipe du spectacle après la représentation du 3e mardi

Salle Albert-Rousseau - 2410, chemin Ste-Foy
Billetterie : 418-659-6710 - 1-877-659-6710

Prix courants
Parterre 56,00$
Corbeille 56,00$
Balcon 56,00$
Handicapé 56,00$
Étudiant 31,00$

Taxes et frais de service inclus

Production Théâtre du Nouveau Monde


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Critique disponible
            
Critique

En novembre 2000, dans le mensuel satirique Le Couac, l’auteur Victor-Lévy Beaulieu qualifiait Marcel Dubé de « grand dramaturge de la Révolution tranquille », en comparaison avec Gratien Gélinas et Michel Tremblay respectivement « du régime duplessiste et du règne bourassien » (en référence aux deux anciens premiers ministres provinciaux). Pour en célébrer le 50e anniversaire, le Théâtre du Nouveau Monde remonte son Bilan. La nouvelle production laisse percevoir des instants sensibles malgré la direction surchargée de Benoit Vermeulen.  








Crédit photos : Yves Renaud

Dans cette pièce, l’écrivain, qui a aussi signé l’indémodable Un simple soldat, a osé une critique des dérives possibles d’une classe sociale aisée à une période où, au Québec, de nombreux artistes prévoyaient des lendemains qui chantent après la « Grande noirceur ». Aujourd’hui, de nouvelles générations jettent un regard actuel ou actualisé sur son répertoire. En plus de la présentation au TNM, nous verrons Les Beaux Dimanches (autre texte de la même période que Bilan) prochainement sous la gouverne de Christian Lapointe.

Bilan fut d’abord créé à la télévision de Radio-Canada en 1960, huit ans avant son entrée au TNM par Albert Millaire (la directrice artistique actuelle, Lorraine Pintal, a souligné son récent décès avant la représentation) avec Jean Duceppe, Janine Sutto, Monique Miller, Andrée Lachapelle, Hubert Loiselle et Benoit Girard. En 2002, une nouvelle adaptation télévisuelle par Lorraine Pintal a vu le jour. Bilan demeure moins connue que Les Beaux Dimanches ou qu’Au retour des oies blanches, même si sa dénonciation d’une bourgeoisie décadente se révèle encore plus incisive. Un demi-siècle plus tard, l’écriture de l’auteur n’a rien (ou peu) perdu de sa lucidité et de son sens aiguisé de l’observation. Certaines des répliques résonnent encore à l’ère des polarisations idéologiques.  

Pendant deux heures sans entracte, nous faisons la connaissance de William Larose (Guy Jodoin), un homme d’affaires qui s’apprête à se lancer en politique. Une somptueuse réception est donnée dans sa résidence où ce dernier annonce ses intentions à ses proches (dont sa femme Margot incarnée par Sylvie Léonard). Cet homme à la poigne de fer verra ses valeurs et ses ambitions mises à rudes épreuves, notamment par ses enfants Suzie (Rachel Graton), Étienne (Jonathan Morier) et Guillaume (Mickaël Gouin).

Par ailleurs, la deuxième moitié comprend heureusement des moments forts et prenants. Le dénouement, implacable donne enfin à Bilan sa pleine mesure.

Dans sa première incursion au théâtre de la rue Sainte-Catherine, Benoit Vermeulen garde sa signature distinctive avec le recours à de nombreuses projections vidéos (des captations d’archives en noir et blanc du petit écran du début des années 1960 et des zooms sur les différents personnages). La trame musicale conçue par Nicolas Basque constitue l’une des dimensions les plus ingénieuses du spectacle avec ces boucles sonores qui s’interrompent abruptement, telles des prémonitions de la chute du héros et d’une société en pleine transformation. Ayant auparavant superposé différentes époques dans Je cherche une maison qui vous ressemble (autour du couple Gérard Godin et Pauline Julien), l’orchestrateur de la partition se permet des libertés, entre autres lorsque les comédiens immortalisent de nombreux moments de l’intrigue par des photos prises à l’aide de iPad. Cette « audace » n’apporte toutefois rien à l’ensemble.

Si une exploitation aussi marquée de la technologie avait servi son travail dans le touchant Je cherche…, ici, elle distrait souvent, car trop axée sur les effets. Précédemment, une autre de ses réalisations (Le Garçon au visage disparu de Larry Tremblay) avait été elle aussi amoindrie par une surenchère audiovisuelle. La première partie de Bilan se regarde et s’écoute donc sans que notre intérêt soit entièrement comblé. La superposition du passé et du présent, avec la présence d’un DJ lors des scènes de danse et même des autoréférences à l’univers du dramaturge (le générique de l’émission Les Beaux Dimanches avec le présentateur Henri Bergeron, ou encore une allusion à Un retard composé par Claude Léveillée, ritournelle qui a marqué toute une génération), ne convainc pas toujours. Par ailleurs, la deuxième moitié comprend heureusement des moments forts et prenants. Le dénouement, implacable, donne enfin à Bilan sa pleine mesure. Si les enjeux socio-économiques et les mœurs ont évolué depuis (entre autres sur le divorce et les pressions familiales), la quête de transgression évoquée par ses individus n’a pas faibli.  

Certains interprètes (surtout les plus jeunes) ne projettent pas toujours suffisamment leur voix, ce qui entraîne une baisse de la tension dramatique. Sous les traits du protagoniste, Guy Jodoin se débrouille bien, mais sa prestation aurait dû faire ressortir davantage l’autorité de ce chef de clan qui voit au fur et à mesure son pouvoir lui échapper. Digne et vêtue comme une Jackie Kennedy (figure historique qu’elle a même déjà incarnée), Sylvie Léonard campe avec aplomb et sensibilité cette épouse meurtrie. Dans un registre plus léger, Christine Beaulieu étonne par son attitude plus rétro, mais d’une grande justesse, qui laisse voir un amusant décalage avec les compositions plus réalistes de ses partenaires.

Dépouillé d’une partie de son souffle féroce, ce Bilan pique néanmoins la curiosité.

20-11-2018


 
TNM
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