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Du 11 au 29 septembre 2012, les mardis 19h, mercredi au samedi 20h
Le mécanicienLe mécanicien
Texte Guillaume Corbeil
Mise en scène Francis Richard
Avec Pierre-Luc Léveillé, Anne-Hélène Prévost

Un couple rentre à la maison après être allé porter la voiture au garage. Les deux sont troublés, tentent de reprendre le manège de leur quotidien, mais n’y arrivent pas. Dans leur conversation apparemment banale, on sent que quelque chose plane, une sorte de menace au sens où l’entendait Pinter. Oui, quelque chose les habite, et alors qu’ils voudraient l’ignorer, malgré eux ils lui donnent la parole. On comprend que le mécanicien à qui ils ont confié leur voiture vient tout juste de s’attaquer violemment, sous leurs yeux, à un pauvre animal sans défense. La femme dissimule mal son bouleversement : elle ne cesse de vouloir reparler du mécanicien bien que son action l’ait terrorisée, voire dégoûtée. L’homme, quant à lui, tente de diminuer l’impact qu’a eu sur lui cette étrange rencontre en traitant le tout rationnellement : agir comme on agirait après avoir rencontré n’importe quel mécanicien. Pour lui, mieux vaut ignorer ce qui vient d’arriver, faire comme si rien n’était. Peu importe les sujets qu’ils abordent, tout les ramène à la part d’ombre du mécanicien. Pour parvenir à incarner cet étrange sentiment, ils ne peuvent faire autrement que de se raconter, en l’imaginant, la vie de cet étranger qu’ils viendront à soupçonner d’être une ancien tortionnaire de guerre. Leur réalité se transforme en un écran sur lequel ils projettent des images qu’ils fabriquent à mesure, et peu à peu ce fantasme agit de façon contagieuse sur leur réalité : leurs caresses portent tout à coup l’écho des viols que le mécanicien aurait commis ; une petite coupure à la main, celui d’une amputation à froid… Leur trouble fait place à la fascination – ils deviennent de plus en plus captifs de leurs imaginaires.

Fondé en 2008 par Anne-Hélène Prévost, Francis Richard et Pierre-Luc Léveillé, Aquilon Théâtre s’est donné comme mandat de dépeindre l’être humain dans sa fragilité, ses troubles et sa complexité. En offrant à ses spectateurs des créations ou des relectures de textes connus, Aquilon Théâtre souhaite mettre en lumière l’obsession de conformité de l’homme face à son constant déséquilibre causé par la vie en société. Dans un monde où tout fonctionne selon des règles préétablies, où tout bouge selon des modes d’emploi bien précis, où persiste une pression à se conformer à nos semblables, qu’arrive-t-il lorsqu’on ne s’identifie à aucun de ces moules prédigérés ? En avril 2009, L’Amant, pièce à succès de l’auteur britannique Harold Pinter, est produite par Aquilon Théâtre et présentée à l’Espace 4001. La réponse du public, de même que celle des artistes établis qui ont assisté à la production, est très enthousiaste et met du vent dans les voiles de la jeune compagnie. Avec Le Mécanicien, Aquilon Théâtre souhaite s’inscrire au paysage culturel québécois en défendant la parole de Guillaume Corbeil.


Assistance à la mise en scène Vincent de Repentigny
Décors et costumes Adam Provencher
Éclairages André Rioux
Environnement sonore Ariel Harrod
Direction de production Émilie Martel
Direction technique Catherine Germain
Recherche et création Jessica Poirier-Chang

Rencontre avec l’équipe à l’issue de la représentation du 18 septembre

Carte Prem1ères
Cartes Prem1ères
Date Premières : du 11 au 19 septembre
Régulier : 26$
Carte premières : 13$

Une création d’Aquilon Théâtre


Théâtre d'Aujourd'hui, salle Jean-Claude Germain
3900, rue Saint-Denis
Billetterie : 514-282-3900

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 Critique
Critique

par Pascale St-Onge


Crédit photo : Véronique Boncompagni

« Si le gazon du voisin est toujours plus vert, c'est que sa vie semble toujours plus trépidante ». L'auteur Guillaume Corbeil, diplômé en écriture dramatique de l’École nationale de théâtre du Canada en 2011, dont on attendait le baptême théâtral avec impatience, remet entre les mains du jeune metteur en scène Francis Richard un texte où le couple ennuyeux et piégé par la routine tente de prendre son existence en main, de rendre sa vie excitante, mais le fera par un moyen risqué : le danger et l'horreur qui en découle.

Dans un condo qui sent encore la peinture fraîche, un couple termine une autre journée de travail après une visite chez le mécanicien du coin. Ce dernier, dans un élan de rage qui lui semblait anodin, a écrasé la tête d'un écureuil à coup de barre de fer. En réponse à cet événement qui chamboule démesurément leur routine, l'épouse devient hystérique, prise entre effroi et fantasme, tandis que le mari, tentant tout pour la réconforter, arrive à bout de moyens et de patience, pour finalement lever le masque sur une violence en dormance.

Parlons d’abord du jeu : lors de la première, les acteurs ne maîtrisaient pas totalement le niveau de langage du texte. Est-ce à cause du passé de romancier de l’auteur, ou de la direction d’acteur? Le choix des comédiens soulève aussi quelques doutes : si Anne-Hélène Prévost gagne en assurance au fil de la représentation, Pierre-Luc Léveillé, malgré son bon vouloir, ne convainc pas, ni lors des nombreux moments de tendresse, rappelant davantage l’ami que l’amoureux attentionné, ni lors des moments plus violents, trop en retenu, où il semble plus craintif de blesser sa partenaire de jeu que d’imposer sa soudaine furie. Rapidement, le couple nous semble faux et dénué d'âme. Leurs questionnements et leur rage refoulée nous semblent soudain caricaturaux et la violence qui finira par régner sur cette dispute, plaquée.

Les différents éléments de la mise en scène de Francis Richard cohabitent mal dans la même proposition et celle-ci devient, dans sa relation avec le texte, à la limite de l'incohérence. Certaines voies qu'emprunte le texte ne semblent pas être assumées par la mise en scène, créant ainsi un manque au niveau narratif. De ce fait, les personnages ne vivent pas la situation décrite dans le texte jusqu'au bout, comme si la direction d'acteurs avait forcé les comédiens à changer de registre émotionnel trop rapidement, à créer des ruptures qui nous font perdre le fil, qui nous empêchent de croire à l'entièreté du drame. À la fois, d'autres voies nous sont présentées trop tardivement pour justifier leur pertinence, malgré le questionnement fort intéressant qu'elles provoquent : l'apparition de l'utilisation de la vidéo suivie d'une interpellation directe au public dans les quinze dernières minutes du spectacle en sont un exemple, puisque le procédé, ici très cliché, détonne de la structure du reste de la pièce, bien que ces pistes auraient pu s'avérer fort intéressantes pour aborder le voyeurisme.

Les thématiques abordées ne sont pas simples : le voyeurisme, la fascination de l'horreur, les conséquences subtiles de la télévision sur nos vies et cette façon que certains ont de vouloir s'approprier le drame dans leur vie, comme s'il s'agissait de la seule façon de vivre. Corbeil maîtrise ces sujets dans une écriture fluide, bien que traditionnelle, et ramène à l'intime la fascination que nous avons pour toutes les horreurs du monde. 

Le Mécanien pourrait se résumer à un texte aux thématiques troublantes et bien élaborées, aux personnages complexes et intéressants, mais mal servi par sa mise en scène. Une incompréhension de la limite entre le fantasme horrible et le réel, deux univers dans lesquels se transportent les personnages, est causée par un flou qui semble avoir été créé volontairement par la mise en scène. Les réponses nous manquent et c'est à déplorer, car cela gâche l'expérience théâtrale du spectateur puisque, finalement, le vécu de ce couple nous échappe complètement et le temps finit par s'éterniser dans cette pièce déjà courte. Dommage.

16-09-2012