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Du 19 au 22 novembre 2014, 21h
RésonancesRésonances
Inspiration libre de Quartett de Heiner Müller et des toiles du peintre Francis Bacon
Conception et vidéographie Carole Nadeau
Performance vidéo Francine Beaudry, Wilfrid Dubé, Isidore Lapin, Rolande Lapointe, Micheline Letourneur, Éric Raymond  Loiseau, Michel Ouellette, Suzanne St-Michel
Performance in situ Sarah Chouinard-Poirier, Steeve Dumais, Alain Francoeur, Lucas Jolly, R M Le Guerrier, Jacqueline Van De Geer

« Les liaisons dangereuses » de Laclos, version Müller, porté par des corps vieillis projetés nus sur des écrans transparents. Un érotisme de la pourriture, une extase de l’épuisement, les ravages du désir exhibés, mais n’ayant plus la force de l’assouvissement. Une simplicité du geste, un quotidien à tuer le temps qui nous tue. La beauté de ces corps, d’où persiste la volonté du désir. Une volonté exacerbée par la perte de la foi, la dégradation des repères, la dégénérescence des organes. Un combat perdu d’avance, le pourrissement ne fait jamais marche arrière. Tant politique qu’organique. Le capitalisme porterait-il en lui son propre abcès?

Carole Nadeau propose un brouillage disciplinaire, un espace déambulatoire où le spectateur peut quadriller le territoire scénique mis à sa disposition agissant sur son parcours sensible, dans une relation mobile et fluctuante avec les paroles, les corps, les espaces et les images en présence, opérant son propre corps à corps à l’œuvre.

Le Pont Bridge crée des fables urbaines qui agissent sur les sens et la perception du spectateur. À la jonction du théâtre, de l’installation et de la vidéo, on y explore l’interrelation entre la parole, le corps, l’espace et l’image.


Section vidéo

Capsule vidéo disponible au http://vimeo.com/111363270

Production Lucie Mineau
Direction technique et éclairage Michel Fordin
Environnement sonore Martine H. Crispo et Guillaume Thibert
Promo vidéo Rachel et Michel
Graphisme Geneviève Le Guerrier-Aubry

Billets : 23$ régulier, 18$ étudiant (argent comptant seulement, à la porte)

Production Pont Brigde


Église Ste-Brigide
1155, rue Alexandre de Sève
Billetterie : pontbridge.com ou à la porte
 
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 Critique
Critique

par Sara Thibault


Crédit photo : Michel De Silva

Plusieurs spectacles de Carole Nadeau ont été marqués par l’influence de Francis Bacon. Du 19 au 22 novembre, Nadeau présentait Résonances à l’église Sainte-Brigide de Montréal, poursuivant le travail qu’elle avait amorcé avec Spasmes il y a deux ans et affirmant encore davantage sa filiation avec le peintre irlandais. Cette fois, elle fait entrer en dialogue des toiles de Francis Bacon et la pièce Quartett de l’auteur Heiner Müller, deux artistes qui partagent un regard similaire sur le corps et l’érotisme, où se côtoient pudeur et impudeur.

Quartett est une adaptation des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, pour laquelle Heiner Müller n’a conservé que les deux personnages principaux, soit la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. En condensant l’immense ouvrage de Laclos en une vingtaine de pages seulement, Müller a su accentuer le duel amoureux entre les deux protagonistes, la qualité de leur joute verbale et la cruauté de leurs jeux de pouvoir. Toutefois, lorsque Nadeau choisit de travailler à partir de Quartett, c’est avant tout pour en faire ressortir la profondeur de l’enjeu de la mort et l’usure du désir.

Résonances consiste en un brouillage disciplinaire alliant le théâtre, le déambulatoire, la vidéo et l’esthétique muséale. Le spectateur est invité à parcourir à son rythme l’église Sainte-Brigide dans la pénombre de la nuit. Sur trois écrans sont projetés grandeur nature huit personnages nus, au crépuscule de leur vie, reproduits également sur l’immensité des murs de l’église. Ceux-ci exécutent des gestes minimalistes, rappelant la banalité de la vie quotidienne. À eux s’ajoutent six performeurs live qui évoquent les corps en distorsion de certaines toiles de Francis Bacon. Le dialogue entre les spectres et leur environnement sacré se fait donc naturellement, prenant le public à témoin de cette rencontre.


Crédit photo : Michel De Silva

Rarement le spectateur a eu la possibilité d’investir autant le territoire scénique mis à sa disposition. Il y vit une relation mobile avec les paroles, les images, les corps et les espaces qui lui sont présentés. Prenant conscience dès le début du spectacle qu’il ne pourra pas tout voir, que certaines parties de la représentation lui échapperont inexorablement, il est libre de s’attarder plus spécifiquement à un performeur ou de tenter de diviser son temps pour en voir plusieurs. À l’occasion, il pourra interagir avec des performeurs qui lui feront écouter des passages de Quartett sur un lecteur mp3, on encore l’enregistreront en train d’en lire des extraits. L’environnement sonore créé par Guillaume Thibert et Martine H. Crispo mélange des bruits organiques issus des interprètes (friction des corps, cri de jouissance, soupirs) et des extraits de la pièce de Müller, d’abord prononcés discrètement, puis répétés jusqu’à en devenir cacophoniques.

L’heure et quart que dure le spectacle permet un temps d’adaptation pour que le public puisse apprivoiser l’environnement technologique qui est mis à sa disposition. Le choc de départ fait vite place à une grande curiosité et à une volonté de s’approprier le lieu. Le choix de l’église, la qualité des projections et l’atmosphère sonore plongent le spectateur dans un état de recueillement pouvant même se rapprocher de la méditation. Cette impression perdure encore plusieurs heures après la fin de la représentation. Résonances est sans conteste une proposition très forte qui se démarque dans le paysage artistique actuel.

24-11-2014