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14 décembre 2013, 19h, 15 décembre 2013, 11h
Les chaisesLes chaises
Danse - 8 ans et +
Chorégraphie et mise en scène : Pierre-Paul Savoie
Avec Sylvain Lafortune, Heather Mah et David Rancourt

Dans cette tragi-comédie chorégraphiée, un couple de vieillards, 94 et 95 ans, pour égayer l’ennui, la solitude et  l’isolement de leur existence, s’inventent une ribambelle d’invités invisibles qui se bousculent à leur porte. Parmi eux le colonel, une Belle au Bois Dormant, un groupe d’enfants, des animaux journalistes et même le Roi en personne.

Dans ce tohu-bohu absurde animé par le mouvement incessant des chaises qu'on dispose dans l'espace pour les invités fantômes, s’amène enfin celui que tous sont venus entendre : l’orateur. Contre toute attente, il se révèle être un enfant muet et danseur. C’est lui qui, par le langage de la danse, livrera au monde, le message universel qui traduit à la fois la pensée du vieillard et celle que les enfants  souhaitent pour la suite du monde. Cette adaptation originale de l’œuvre d’Eugène Ionesco intègre harmonieusement la danse, le théâtre et la musique.


Collaboration chorégraphique : David Rancourt
Dramaturge : Lise Vaillancourt
Musique : Benoît Coté
Scénographie et éclairage: Jocelyn Proulx
Costumes : Linda Brunelle
Crédit photo : Rolline Lapointe

Billet : 16,18$

Une production PPS Danse


Cinquième salle de la Place des Arts
Place des Arts
Billetterie : 514-842-2112
 
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 Critique
Critique

par Olivier Dumas


Crédit photo : Rolline Laporte

Avec son adaptation des Chaises, le chorégraphe Pierre-Paul Savoie s’approprie avec bonheur, tendresse et sensibilité un joyau du théâtre mondial pour le jeune public.

Après son exploration de l’univers poétique du grand Jacques Prévert dans Contes pour enfants pas sages et des chansons envoûtantes de Lhasa de Sela (particulièrement de ses magnifiques deux premiers albums La Llorona et The Living Road) dans Danse Lhasa Danse, la compagnie PPS Danse fait une incursion réussie dans une œuvre emblématique d’Eugène Ionesco. Écrite en 1952, la pièce, qui n’a pas pris une ride, est considérée par plusieurs spécialistes du théâtre comme son chef d’œuvre. Pour l’auteur de ces lignes, elle demeure certainement l’un de ses textes les plus émouvants et les plus fulgurants dans sa capacité à traduire toutes les fragilités et élans de l’âme humaine. Si son propos reprend le leitmotiv récurent du corpus ionescien de l’incommunicabilité du langage, elle se démarque par ses effets scéniques où la matière, soit ici la multiplication des chaises, devient un matériau essentiel à une production scénique. 

Le récit à deux personnages met en scène un couple de vieillards hétérosexuels de 94 et 95 ans qui, pour tromper l’ennui avant la venue de la mort, décident d’inventer une réception mondaine avec des invités imaginaires qui défilent à tour de rôle dans leur résidence. Derrière cette tragi-comédie sur la solitude effroyable, qui sait rejoindre l’essentiel sous ses allures de simplicité et de truculence, on retrouve surtout un hymne à la vie et à la solidarité.
 
Au premier abord, les thèmes de l’histoire peuvent paraître lourds ou trop abstraits pour des enfants spectateurs. Pourtant, et fort heureusement, le public de la représentation scolaire à la Cinquième salle de la Place des Arts a grandement réagi à cette proposition audacieuse et exigeante de soixante minutes. Durant la première demi-heure, les rires et étonnements fusent à de nombreuses reprises. Par la suite, ils ont cédé la place à un recueillement, d’autant plus qu’une rupture de ton assez radicale entraîne le spectacle vers des eaux plus noires. L’adaptation de Lise Vaillancourt (auteure, entre autres, du magnifique Tout est encore possible en 2009 au Théâtre d’Aujourd’hui) a su simplifier la trame narrative sans en perdre la substance.

La facture visuelle et sonore du spectacle étonne par son aisance à transposer autant les couleurs humoristiques de la partition que son sens du drame qui pointe surtout son nez durant les derniers instants de la pièce. Avec leurs vêtements de couleurs grises, les interprètes Sylvain Lafortune et Heather Mah rendent toutes les nuances de ce couple attachant. Les gestes du quotidien prennent ici une dimension éloquente et s’inscrivent dans une suite de mouvements d’une grande cohérence qui suscite parfois l’amusement et toujours l’intérêt. Les chaises deviennent des personnages en elles-mêmes, qui, dans toutes les positions possibles, exposent toute la légèreté et la vivacité du monde qui se démènent contre l’apesanteur du temps qui s’égrène comme un sablier.

Peu de temps avant la tombée du rideau, un personnage d’orateur (une idée de Pierre-Paul Savoie) incarné par un agile David Rancourt s’exécute en silence, après le départ des deux protagonistes. Sur une musique prenante de Benoît Côté, le danseur vêtu de blanc brille par son agilité à rendre avec énergie la tristesse et le chagrin d’un monde qui s’éteint sans crier gare.

Pour petits et grands, chérubins et ceux qui le restent dans leur cœur et leur âme, cette relecture des Chaises d’Ionesco par la compagnie PPS Danse nous rend heureux et nous réconforte en ce début de saison hivernale.

13-12-2013