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Du 12 décembre au 22 décembre 2012
Le Père Noël est une ordureLe Père Noël est une ordure
Texte par la troupe du Splendid
Mise en scène Benoit Ruel
Avec Alexandre Bergeron, Clément Cazelais, Gabriel Dagenais, Annie Darisse, Gabrielle Forcier et Michel-Maxime Legault

Thérèse et Pierre, bénévoles chez Détresse-Amitié, un centre d’aide et d’écoute pour les désespérés, assure la permanence toute la nuit le soir de Noël. La soirée s’annonce peinarde jusqu’à ce qu’une poignée d’individus, tous plus marginaux les uns que les autres, viennent perturber le cours des événements.Tout d’abord, il y a Preskovich, le voisin immigré du dessus en quête de compagnie qui s’incruste à tous moments en apportant toutes sortes de cadeaux inusités provenant de son pays, suivi de Katia, un travesti seul et paumé à la recherche d’un peu de réconfort, puis, Josette, une jeune clocharde, cousine de Thérèse, enceinte jusqu’aux dents qui se réfugie au bureau afin d’échapper à Félix, son fiancé alcoolique et colérique, qui la poursuit avec un pistolet. Thérèse et Pierre tentent alors de gérer toutes ces situations, sans grand succès, et finissent par se livrer eux-mêmes à leur vice.

Une comédie crue, bouillante et explosive qui met en scène des personnages dysfonctionnels criants leur besoin d’exister et d’être entendus. Voilà le défi que s'est donné [la compagnie]; adapter l’univers du Splendid tout en se détachant de la caricature pour faire place au drame et au réalisme des personnages.

Le Père Noël est une ordure a été créé en 1979 par la troupe du Splendid composée entre autres de Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Christian Clavier, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot et Anémone. Suite à la création de cette pièce, suivit en 1982 une adaptation cinématographique de Jean-Marie Poiré qui est aujourd’hui le classique du temps des Fêtes bien connu de tous.

[la compagnie] est une toute nouvelle compagnie artistique qui s'est donnée pour mandat de n'avoir aucun mandat. Dans notre monde culturel où chacun se donne un créneau de travail et une vision artistique précise, les membres fondateurs de [la compagnie]- [Robin Kittel-Ouimet, Gabrielle Forcier, Benoit Ruel] croient en la liberté de création où chacun est libre d'apporter un point de vue nouveau à tous types d'oeuvres afin de garder frais et vivant ce désir de refléter la jeunesse d'aujourd'hui dans un monde où tout s'axe sur le changement et l'imprévu.


Décor et costumes : Noémie Demers et Carole-Anne Turcotte
Éclairages et musique : Robin Kittel-Ouimet
Assistance à la mise en scène et régie : Mélanie Primeau

Une production [la compagnie]


MainLine Theatre
3997, St-Laurent
Billetterie : (514) 849-3378

 
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 Critique
Critique

par David Lefebvre

Quand le malheur des uns fait crouler de rire les autres


La troupe [la compagnie] - Crédit photo : Benoit Ruel

Après que le Petit Champlain de Québec l'eut présenté durant quelques années et que Art Neuf l'ait offert il y a quelques jours à peine à Calixa-Lavallée, voici que Le Père Noël est une ordure, texte explosif, corrosif et savoureux de la troupe du Splendid débarque au MainLine dans une production de [la compagnie]. Cette création culte de 1979 (connue essentiellement de ce côté de l'Atlantique grâce au film du même titre, sorti en 1982) mettait en scène, à l'époque, faut-il encore le mentionner, une brochette d'acteurs extraordinaires : Thierry Lhermitte, Anémone, Marie-Anne Chazel, Gérard Jugnot, Bruno Moynot et Christian Clavier. Même si [la compagnie] désirait se détacher de cet objet auquel plusieurs vouent un culte depuis près de 30 ans, les comparaisons restent néanmoins pratiquement inévitables. De ce côté, la troupe s’en sort plutôt bien, exploitant à merveille les croustillants côtés de la production française, tout en s’en éloignant grâce à certains choix de mise en scène, dont certains, par contre, ne sont pas toujours heureux.

Pierre. Thérèse et leur joyeuse bande de déprimés et de déglingués envahissent donc la salle de la rue St-Laurent sous la direction de Benoit Ruel, qui ramène Noël au coeur de cette pièce décapante. Dès le début, Thérère entonne un chant des Fêtes au lieu d'écouter le pauvre homme au bout du fil – alors qu’elle devrait éprouver simplement des difficultés avec la ligne. Dans cette tentative d'actualiser le gag par une nouvelle approche « festive » et surprenante, on le casse et le rend inopérant, alors qu'il devait donner le ton, cynique et si particulier, au reste du spectacle. D'autres mises à jour sont aussi perceptibles, dont la substitution du nom d'Albert Simon, la fausse connaissance de Katia, par celui d'un chanteur beaucoup plus populaire. D’ailleurs, la musique occupe beaucoup plus d'espace que prévu, mais les morceaux sont plutôt bien choisis. Du côté de Noël, on se balade entre l'Ave Maria de Schubert et le Minuit Chrétiens de Verreau ; puis, on utilise le personnage de Katia pour insérer deux petits bijoux de la musique française. Lors du fameux slow avec Pierre, dans un moment de malaise délectable, c'est Aznavour et ses Plaisirs démodés que l'on entend, permettant une courte incursion dans le fantasme de Katia – un intéressant ajout. Puis, juste avant sa dernière réplique assassine, c'est Dalida qui s'insère au coeur du dialogue.

Le duo composé de Thérèse (sympathique Gabrielle Forcier, qui exploite les qualités de l'interprétation d'Anémone tout en y mettant une touche plus actuelle et peut-être même personnelle) et de Pierre (Michel-Maxime Legault, savoureux, qui a su emprunter le fameux « c'est cela oui » à Lhermitte, et ce, d'une manière fort naturelle) est ici impayable. Annie Darisse offre une Josette peut-être moins piquante que celle de Marie-Anne Chazel, mais beaucoup moins agaçante, et Alexandre Bergeron joue une Katia fort respectable, attachante et amusante. Clément Cazelais interprète avec honnêteté, mais avec un peu trop de joie de vivre ce vieux Preskovich, qui, ici, prend ses aises alors qu'il est censé être un peu plus réservé et, lui aussi, au bout du rouleau, à plat. Gabriel Dagenais, fidèle à lui-même, compose un Félix explosif et pittoresque, qui mériterait par contre d'avoir l'air franchement plus bourré et peinard, question d'y voir un côté plus pitoyable du personnage : c’est lui l'ordure, après tout.

Si la pièce rencontre son lot de petits pépins (les voix hors champ, lors de la première, ont eu la vie dure, manquant de synchronisme, d’amplification ou d’écoute ; l’accent franchouillard qu’on a décidé de conserver se perd lors de quelques scènes, essentiellement au début, et quelques blagues passent malheureusement sous le tapis), il est inutile de bouder son plaisir : cette version sans prétention du Père Noël est une ordure propose de jolis moments de pur burlesque et fait éclater de rire le public, qu’il connaisse les répliques ou non. Ce classique de la période des Fêtes, tout aussi cinglant que divertissant, vaut largement le détour.

12-12-2012