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Du 3 au 19 février 2011, 20h - samedi 5 et 12 15h et 20h
Vertiges
Texte Marie-Claude Garneau
Mise en scène Luc Bouffard
Avec Kim Gourdeau, Marie-Claude Garneau, Christelle Juteau et Frédéric-Antoine Guimond

Vertiges, c’est une histoire de famille, de liberté, de fuite, d’incompréhension et de quête identitaire. C’est aussi l'aventure de deux soeurs dans la vingtaine qui ont déserté leur famille en compagnie de Mathilde, leur cousine présentant une déficience intellectuelle, afin de lui permettre d’avoir une vie libre et normale, malgré son handicap. Mais le tout à quel prix?

Au bord du gouffre, elles feront la rencontre d'un homme. Cet homme, sans famille, hanté par la mort et à qui l'une d'elle doit la vie, changera leur existence. Face à leurs constats, leurs échecs, leur réalité, que décidera ce trio inséparable?

Fondé en 2006, les Ouvriers Théâtre sont nés du désir de prendre parole et de poser un regard personnel sur le monde qui les entoure. Ils ont choisi de témoigner de leurs observations sur la société et sur l'individu en perte de repères. La compagnie, composée de quatre artistes et amis : Luc Bouffard, Philippe Cyr, Stéphanie Julien et Valérie Parent, construit un théâtre vivant, actuel, et engagé. La dernière production de la compagnie ...et si je n’étais pas passé par là ?, mis en scène par Philippe Cyr, fut présentée au Théâtre Prospero à l'automne 2008 et reprise au OFFTA au printemps 2009.

Décors Loïc Lacroix
Costumes Mona-Dominique Régnier
Éclairages et son Virginie Brault

Carte Premières
Cartes Prem1ères
Date Premières : 4 au 10 février 2011
Régulier : 20$
Carte premières : 10$

Une création Les Ouvriers Théâtre

Espace 4001
4001, rue Berri
Billetterie 514-678-5088

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 Critique
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par David Lefebvre

La compagnie Les Ouvriers Théâtre s’est fait connaître au printemps 2007 grâce à son premier projet, Les escaliers du Sacré-Cœur, de Copi. Elle revient avec un tout nouveau texte, original, de Marie-Claude Garneau, intitulé Vertiges

Vertiges aborde l’étourdissement des esprits dans une société moderne, le manque d’air, la vitesse de nos vies, la pression, la fuite, le deuil, la recherche d’un bonheur simple, ordinaire, tout ceci par l’entremise de la dépression, des problèmes familiaux et des maladies mentales. La grande sœur, qui tente de survivre depuis sa naissance, retient sa sœur cadette dans une chambre de motel. Celle-ci, délinquante, n’en est pas à ses premières frasques. La cousine, Mathilde, atteinte d’une déficience intellectuelle, se pointe sans crier gare. À priori simple d’esprit, elle est pourtant beaucoup plus lucide qu’elle n’y paraît. Puis, tout se bouscule. Après la tentative de suicide de la grande sœur, un infirmier étrange s’immisce dans leur vie, un être incompris, rejeté par le système de santé, qui désire simplement se confier à quelqu’un qui écoutera vraiment.

Si la compagnie travaille sur ce projet depuis deux ans, Vertiges semble, malheureusement, toujours en mode work in progress. Le texte de Marie-Claude Garneau manque de limpidité. Une question revient, répétée sans cesse par les personnages : mais qu’est-ce qui se passe? C’est ce que l’auditoire se demande aussi, tout au long de la représentation. Malgré certaines explications, les motivations premières des personnages restent confuses, leurs histoires, incomplètes. On aimerait s’attacher aux sœurs, à Mathilde, mais peu de choses touchent une réelle corde sensible ; leur détresse nous est ainsi futile. Les répliques sautent du coq à l’âne, de dialogues souvent sans profondeur aux faux apartés, étalant quelques états d’âme et réflexions personnelles. Si ces dernières nous permettent un coup d’œil beaucoup trop furtif sur l’intériorité des personnages, ils coupent l’action et nous font rapidement décrocher. La trame narrative aussi navigue en eaux troubles : Vertiges, qui commence comme un drame familial, se termine étrangement en thriller sans étincelle.

La mise en scène de Luc Bouffard se veut tout aussi classique, brechtienne que fantaisiste. La pièce souffre d’un rythme lancinant, en grande partie à cause des nombreuses questions sans réponses. Quelques idées restent intéressantes : le rouge et le noir qui reviennent dans les costumes, ou encore l’idée d’un grand miroir, qui déforme la perception de la réalité ou qui permet de se regarder en pleine face. Le jeu des comédiens s’avère sommairement honnête, malgré quelques inégalités au niveau des différentes émotions, neutre ou en dent de scie. Marie-Claude Garneau, qui interprète la petite sœur, est cohérente et conserve l’idée générale qu’elle nous propose du personnage tout au long de la pièce. Christelle Juteau, la grande sœur, est beaucoup plus juste et appuyée en deuxième partie qu’en première. Kim Gourdeau, en Mathilde, une jeune femme obnubilée par McDo et Mulholland Drive de David Lynch, est l’élément humoristique de la pièce, grâce à plusieurs répliques qui font sourire. Frédéric-Antoine Guimond interprète l’infirmier, aussi nébuleux qu’étrangement doux. Si, par ces deux derniers personnages, on tente d’aborder la déficience intellectuelle et l’homosexualité, les tentatives restent malheureusement veines, sans chair, presque anecdotique.

Malgré de bonnes intentions, Vertiges s’égare dans son propos et sa transposition scénique, sans nous offrir le plaisir du parcours théâtral labyrinthique, sans le coup d’éclat qu’il aurait peut-être fallu pour rendre le projet un brin plus captivant.

04-02-2011

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