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Du 2 au 19 février 2011
Persona
Texte Ingmar Bergman
Traduction Jacques Robnard
Mise en scène Philippe Dumaine
Avec Luc Chandonnet, Marie-Ève de Courcy et Danièle Simon

Deux femmes. L'une, actrice, l'autre, infirmière. Une île isolée. Les mots d'Alma contre le mur du silence d'Élisabeth. Une langue désintégrée, poussée dans ses derniers retranchements. Un homme, peut-être. Médecin? Mari? Le choc de ces individualités, la dissolution de leurs limites. Je est un autre.

Dramaturgie et assistance à la mise en scène Roxanne Robillard
Scénographie Andréane Bernard
Éclairage Estelle Frenette-Vallières
Costumes Anne-Marie Taillefer

Carte Premières
Cartes Prem1ères
Date Premières : 2 au 10 février 2011
Régulier : 22$
Carte premières : 11$

Une production de Hybris.Théâtre

Union française
429, avenue Viger Est
Billetterie 514-871-2224

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 Critique
Critique
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par Olivier Dumas

Pour plusieurs cinéphiles et exégètes du septième art, le film Persona du réalisateur suédois Ingmar Bergman est considéré comme un chef d’œuvre autant par sa richesse technique que par son propos d’une densité impitoyable. Œuvre complexe sur le dédoublement de personnalité, le mensonge, la fourberie et la psychose, il constitue un matériau précieux pour de nombreuses analyses à caractère psychologique. Toute reprise ou adaptation demeure donc un exercice ardu pour quiconque ose affronter ces eaux tumultueuses, particulièrement dans une adaptation sur les planches. La jeune compagnie Hybris Théâtre s’est aventurée dans ce périlleux exercice sans véritablement convaincre de la pertinence de son entreprise.

«Je est un autre», écrivait Rimbaud. Dans Persona, l’autre n’existe qu’en présence d’un double, comme le reflet inconscient devant un miroir. Le célèbre réalisateur et auteur prend un malin plaisir à disséquer les émotions avec une précision chirurgicale, en recréant une atmosphère insaisissable qui évoque les théories jungiennes. L’histoire traque Elisabeth Volger, une actrice devenue muette à la suite d’une représentation théâtrale d’Électre. Après un séjour en hôpital psychiatrique, elle part se reposer au bord de la mer avec son infirmière Alma. Les deux femmes se lient d’amitié. Or, dans l’univers bergmanien, les failles humaines entraînent inévitablement des tragédies psychologiques d’une intensité à la limite du tolérable.

Au théâtre, il faut trouver un moyen de substitution à la lentille voyeuse de la caméra pour exprimer toute la rage et la fourberie démesurées des deux protagonistes. Le metteur en scène Philippe Duhaime a privilégié une approche, disons, excessive. Il a misé sur des choix tendant vers l’exagération, autant dans le ton employé par son trio d’acteurs que par la présence de nombreuses bouteilles d’eau que l’on vide pendant la quasi-totalité de la représentation. La métaphore artistique ou l’intention esthétique a malheureusement échappé à l’auteur de ces lignes. Au lever du rideau, les interprètes restent silencieux pendant plusieurs longues minutes. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est pour réciter un texte avec une lenteur extrême et grandiloquente, procédé rapidement lassant, et cela pendant les trois quarts d’une pièce qui approche les deux heures.

Heureusement, la dernière partie du spectacle suscite un intérêt grâce au duel athlétique, passionné et ressenti par Danièle Simon et Marie-Ève Courcy. En aspergeant l’espace scénique, leurs corps et leurs bouches d’eau et se jetant à maintes reprises sur le sol mouillé, elles sortent le public de sa léthargie pour se rapprocher de la rage et des tourments si présents et si angoissants qui hantent presque toutes les réalisations de Bergman. Leur générosité et leur ferveur donnent quelques éclats à la soirée. Mentionnant également la beauté du décor stylisé et évocateur d’Andréanne Bernard.  

En sortant de l’espace aménagé de l’Union française, nous avions le sentiment d’avoir assisté davantage à un exercice de style ou à un laboratoire d’idées qu’à une relecture percutante d’un film phare des années 1960.

Avec Persona, Hydris Théâtre a voulu relever un défi casse-cou en se frottant à l’un des scénarios les plus obscurs et enchevêtrés du maître Bergman. On peut saluer l’audace et l’engagement de ses créateurs sans juger l’expérience concluante pour autant.

07-02-2011

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