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Du 2 au 12 mars 2011, 20h
InsomnieInsomnie
Texte : Daniel Brooks en collaboration avec Guillermo L. Verdecchia
Mise en scène : Michel Nadeau
Avec

Insomnie mélange le réel, le rêve, le fantasme, le cauchemar sans que jamais on ne puisse savoir où se situe la « vraie » réalité. John F. est un jeune auteur en manque de sommeil depuis l’arrivée de son premier enfant. À cause de cet état de veille obligé, sa conscience se fragilise. Ajoutez à cela un mariage qui bat de l’aile, une carrière qui ne lève pas, des problèmes d’argent, puis l’arrivée d’un frère gavé de succès... Dans cette pièce, le Théâtre Niveau Parking explore les contradictions, les désirs et les doutes de l’âme humaine. Les spectateurs se trouvent entraînés dans une étonnante spirale, au coeur du délire brumeux de l’insomnie de John F. 

Échelle des prix réguliers : de 15,94$ à 24,81$

Une création du Théâtre Niveau Parking

Cinquième salle de la Place des Arts
Place des Arts
Billetterie : (514) 842-2112

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 Critique
Critique
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par Olivier Dumas


Depuis quelques années, le théâtre du dramaturge torontois Daniel Brook suscite un vif intérêt au Québec avec des pièces telles que Half Life, Eco park et Bigger than Jesus. Traduit en français par la prolifique Maryse Warda, le texte d’Insomnie (Insomnia en langue originale) créé dans les années 1990 bénéficie d’une mise en scène stimulante de Michel Nadeau. Compagnie basée dans la ville de Québec, le Théâtre du Niveau Parking avait déjà foulé les planches montréalaises avec ses productions antérieures, dont l’émouvante création collective Lentement la beauté.

Le ton d’Insomnie se rapproche beaucoup de l’atmosphère de David Lynch (inspiration assumée du cinéaste par le metteur en scène) où la réalité se confond avec les fantasmes cauchemardesques d’une étrangeté kafkaïenne. D’une durée de 80 minutes, l’histoire du spectacle traque John F. (Nicolas-Frank Vachon), un jeune auteur en manque de sommeil depuis l’arrivée de son premier enfant. Tourmenté et en panne d’inspiration, son univers perd ses repères rassurants. Son mariage avec sa femme dépressive (Catherine Larochelle) bat de l’aile, sa carrière se retrouve au point mort, sans oublier les problèmes d’argent qui se pointent à l’horizon. De plus, l’arrivée d’un frère arriviste (Normand Bissonnette), jouissant d’une brillante réussite professionnelle et mariée à une mystérieuse blonde (Sophie Martin), brouille les cartes. Avec des accents rappelant par moment Harold Pinter, la pièce À présent de Catherine-Anne Toupin ou encore Qui a peur de Virginia Woolf? d’Albee, le récit se poursuit en joutes verbales musclées dans un climat à la frontière de l’horreur et de l’absurde.

Le découpage très serré entre les scènes donne un effet saisissant au spectacle. Soutenue par une trame musicale aux accents d’effroi, l’action bénéficie d’un espace scénique presque dépouillé, avec seulement quelques accessoires de mobilier de maison. Le public regarde et écoute avec grand intérêt cette progression dramatique fulgurante qui n’exclut pas plusieurs éclairs humoristiques, surtout durant la première heure, grâce à quatre personnages aux caractères très contrastés.

Par contre, le dernier quart de la pièce fait malheureusement baisser une tension qui aurait dû atteindre un sommet d’intensité. Le protagoniste principal s’avance, seul en scène, comme dans un numéro de stand-up comique pour raconter ses malheurs d’homme déboussolé par les événements. Beaucoup trop longue, cette digression philosophique sans éclat et plutôt décousue tombe à plat. Par la suite, l’impression se fait sentir que l’auteur a voulu étirer la sauce sans convaincre véritablement (dont la dernière scène de repas, plus loufoque qu’inquiétante).


Malgré ces réserves, la pièce Insomnie de Daniel Brook demeure un étrange morceau d’humour noir et de sensations fortes. Les quatre comédiens constituent l’une des plus agréables surprises par leur jeu nuancé d’une très grande justesse, notamment Catherine Larochelle par ses répliques virulentes d’épouse blasée et Normand Bissonnette par son amusante caricature d’homme d’affaires cupide. Le personnage de John F. m’a paru toutefois manquer de relief et de contraste, malgré la composition sensible de Nicolas-Frank Vachon.

Figure de proue de la scène artistique de Québec, le Théâtre Niveau Parking poursuit une démarche singulière, jamais redondante et toujours surprenante, qui gagne à revenir plus souvent dans la métropole québécoise.

04-03-2011

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