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Du 22 février au 19 mars 2011, supplémentaire 12 mars 20h
The Dragonfly of Chicoutimi
Texte : Larry Tremblay
Mise en scène : Claude Poissant
Avec : Dany Boudreault, Patrice Dubois, Daniel Parent, Étienne Pilon et Mani Soleymanlou

Gaston Talbot vous dit d'emblée : « I travel a lot. » Mais vous comprenez rapidement qu'il n'a jamais voyagé. Il dit : « To keep in touch. » Mais déjà, vous saisissez qu'il ne parle pas anglais, mais français à travers des mots anglais. Gaston Talbot ne cesse de se reprendre et de corriger ce qu'il dit de lui-même, de sa mère, de ses jeux d'enfant troubles avec Pierre Gagnon et aussi de ce rêve agité au sortir duquel, après des années de mutisme, il s'est éveillé parlant anglais. Peu à peu, Gaston Talbot vous aspire dans sa spirale où les vérités, à force de tournoyer, vous entraînent dans un gouffre.

L'œuvre de Larry Tremblay nous transporte dans des univers aux multiples significations et se distingue par la diversité des genres qu'il exploite. La pièce THE DRAGONFLY OF CHICOUTIMI avait provoqué une véritable onde de choc lors de sa création au Festival de Théâtre des Amériques en 1995, grâce à l'interprétation grandiose de Jean-Louis Millette. Cette fois-ci, Claude Poissant, dont les affinités avec le théâtre de Larry Tremblay sont profondes (LE VENTRILOQUE en 2001 et ABRAHAM LINCOLN VA AU THÉÂTRE en 2008) déploiera le monologue de Gaston Talbot pour cinq comédiens.

Metteur en scène surtout, auteur souvent et comédien à l'occasion, Claude Poissant est une figure de proue du théâtre québécois depuis près de trente ans. Il est découvreur, défricheur, défenseur de paroles. Parmi ses mises en scène récentes, rappelons LE TRAITEMENT de Martin Crimp, UNITY, MIL NEUF CENT DIX-HUIT de Kevin Kerr, MUTANTÈS, le dernier spectacle de Pierre Lapointe et, tout dernièrement, ROUGE GUEULE d'Étienne Lepage.

Assistance à la mise en scène : Catherine La Frenière
Scénographie : Olivier Landreville
Costumes : Marie-Chantale Vaillancourt
Éclairages : Erwann Bernard
Musique : Te Tairas-tu? + Éric Forget
Accessoires : David Ouellet
Maquillages : Florence Cornet
Mouvement : Caroline Laurin-Beaucage
Coaching anglais : Maryse Warda

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Une création du Théâtre PÀP, en coproduction avec le Festival TransAmériques
Cette pièce a été créée au Festival TransAmériques à Montréal en 2010

Espace Go
4890, boul. Saint-Laurent
Billetterie : 514-845-4890
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 Critique
Critique
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par Sara Fauteux

Concerné par la problématique du français en Amérique du Nord, Larry Tremblay écrit en 1995 The Dragonfly of Chicoutimi. Pour parler de lui-même et de sa langue, il utilise un anglais dont la structure est calquée sur celle du français. Retrouvant la parole après un épisode traumatisant, Gaston Talbot n’a plus que cette langue étrangère et commune à la fois pour raconter son histoire incertaine entre rêve et réalité.

Cette pièce culte de Larry Tremblay a été créée il y a plus de 15 ans, dans une mise en scène de l’auteur. Lors de la quatrième édition du FTA au printemps dernier, Claude Poissant en proposait une relecture pour la première fois depuis que Jean-Louis Millette avait immortalisé le personnage de Gaston Talbot. Vu l’accueil très chaleureux du public, la pièce est présentée à nouveau, et ce, jusqu’au 19 mars 2011, à l’Espace Go. Dans cette production, Dany Broudeault, Mani Soleymanlou, Patrice Dubous, Étienne Pilon et Daniel Parent incarnent les multiples facettes de ce personnage et les différents aspects de l’oeuvre.

La scénographie d’Olivier Landreville isole les comédiens dans des espaces clos et suspendus, définissant cinq univers distincts.  Pour ceux, comme moi, qui n’ont pas assisté à la création du spectacle, ne pouvant ainsi comparer les productions, il est pertinent de se demander si l’utilisation de plusieurs comédiens pour ce monologue ne rend pas le personnage de Talbot encore plus insaisissable. Ces voix qui s’entremêlent brouillent les pistes et rendent peut-être plus difficile d’entrevoir et de saisir l’homme derrière les mots. Mais cette vision a le mérite d’explorer et de tenter d’en réinventer la portée théâtrale et politique.

Comme plusieurs l’ont mentionné, la question de la langue et celle de l’identité soulevées dans la pièce résonnent différemment aujourd’hui. Le Québec n’est plus seulement confronté au fait anglais, mais à toutes les cultures. Pour ce texte traitant d’identité, la multiplication des voix est un choix judicieux et révélateur. Gaston Talbot, qui cherche en quelque sorte à se définir à travers les mots, se trouve confronté à plus d’une réalité, plus d’un univers, plus d’un corps. La mise en scène de Poissant permet d’illustrer la question du rapport à l’autre, très vivante au Québec, de manière pertinente. Mais aussi et surtout, elle permet d’explorer différents mécanismes de performance à partir d’un texte. Le travail de chorale effectué par le metteur en scène révèle de nouveaux aspects du discours du personnage et  amène le spectateur à questionner ce qu’il entend et ce qu’il connaît de la pièce. Il s’agit là de la plus grande réussite de ce spectacle qui a la curiosité et l’audace de chercher plus loin et différemment afin de voir ce que le théâtre peut encore révéler, ébranler.

02-03-2011

par Daphné Bathalon (FTA 2010)

Absent des scènes québécoises depuis que le comédien Jean-Louis Millette avait incarné de mémorable manière le personnage de Gaston Talbot, The dragonfly of Chicoutimi adopte, pour cette mouture 2010, la forme d’une pièce chorale. Le metteur en scène Claude Poissant a pris le parti de diviser ce long monologue en un texte pour cinq comédiens. Chacun interprète une facette de cet homme qui, après une période d’aphasie survenue à la suite d’un cauchemar, se réveille en ne parlant plus qu’anglais. Il s’exprime par petites touches successives, revenant sur ses pas, rajustant quelques éléments de son récit. Ainsi, cinq voix s’entrechoquent et s’entremêlent pendant les 75 minutes que dure la représentation. Bien vite, on réalise qu’elles parlent un anglais étrange, peu naturel et calqué sur la syntaxe française.

On ne sait jamais ce qui est vrai de ce qui est faux dans le récit de Gaston Talbot, il passe en effet son temps à affirmer une chose, puis à se rétracter quelques minutes plus tard. Ainsi, si d’emblée il nous affirme : « I travel a lot », il admet ensuite qu’il n’a jamais quitté Chicoutimi et qu’il a dit cela pour rendre son histoire plus intéressante. Cette contradiction au sein même du personnage est ici soulignée par le profond clivage entre les différentes versions de Gaston ainsi que par leur séparation physique. La vérité n’a finalement aucune importance, car c’est d’abord avec lui-même que Gaston cherche à reprendre contact.

Séparés par des cloisons, les Gaston sont confinés dans leur univers étriqué : un cadre décoré à leur image et qui, dans le noir, semble suspendu au milieu de nulle part. Tout en étant statique, du fait de la scénographie « en boîtes » signée Olivier Landreville, la mise en scène de Poissant nous donne pourtant une impression de mouvement par des jeux d’éclairage vifs et colorés provenant de différentes sources. Et, bien qu’il n’y ait d’abord aucun contact physique entre les comédiens, il y a clairement interaction entre les versions de Gaston tout au long de la représentation grâce au découpage précis du texte et à son enchaînement très efficace. Le rythme est excellent ; la partition pratiquement sans accroc.

Une grande part de la réussite de cette nouvelle proposition revient aux acteurs. Outre le grand travail de groupe nécessaire à ce genre de production, une telle chorale exige précision et maîtrise du texte, ce dont toute la distribution fait preuve. Encore plus important, même si le personnage est subdivisé en cinq caractères, aucun ne verse dans le cliché, l’interprétation est juste, bien dosée, le jeu de l’un venant souligner celui de l’autre dans une parfaite synchronie.

Qu’on ait vu Millette dans ce rôle extraordinaire ou qu’on soit de ceux qui n’ont pas eu cette chance, la proposition audacieuse de Poissant se révèle une expérience pertinente, différente, mais tout aussi forte que celle de 1995. The dragonfly of Chicoutimi porte indubitablement la marque du Théâtre PàP et c’est tant mieux!

01-06-2010
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