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Du 23 mars au 9 avril 2011
Le costume neuf de l'empereur
Librement inspiré de l’œuvre de Hans Christian Andersen
Texte et mise en scène de Cristina Iovita
Avec Charles Baillargeon, Étienne Blanchette, Maxime Cormier, Frédéric Jeanrie, Marie Pascale, Milane Ricard, Raphaël Roussel, Manuel Sinor et Érick Tremblay

Traitée dans un style flamboyant rappelant le théâtre baroque et l'avant-garde européenne du début du 20e siècle, alternant le jeu masqué et le jeu sans masque, cette fable raconte la lutte entre l'innocence et l'hypocrisie, l'idéalisme et le mercantilisme, le courage et la lâcheté dans un Nouveau Monde prospère, désireux de préserver à tout prix son confort. Par lâcheté ou par simple vanité, personne n'osera signaler les escroqueries à l'exception près d'un petit paysan qui sera désavoué par son paternel et arrêté, sur l'ordre du premier ministre, pour avoir troublé la paix publique. Le jeune qui ose briser les conventions gagnera-t-il la sympathie du spectateur?

Écrite et mise en scène par Cristina Iovita, cette créaction originale, la quatrième pour la compagnie du Théâtre de l'Utopie, dépeint avec humour les rouages d'un gouvernement où la corruption est devenue endémique au point où toutes les valeurs sont renversées, la sottise et la vanité tenant lieu de vertus suprêmes et l'escroquerie celui de sport national.

Assistance à la mise en scène et régie Alexandra Sutto
Scénographie Madeleine Saint-Jacques
Costumes et maquillages Fruzsina Lanyi
Musique originale Julian Menezes
Éclairages et direction technique Anne-Catherine Simard Desrape

Une production du Théâtre de l’Utopie en codiffusion avec le TDP

Fred-Barry
4353, rue Sainte-Catherine Est
Billetterie : (514) 253-8974

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 Critique
Critique
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par Daphné Bathalon

Une commedia dell’arte trop bavarde

Dans un royaume lointain, où l’innovation et le jamais vu sont prisés de l’empereur et de son gouvernement, les artistes tentent par tous les moyens d’obtenir des subventions pour leurs créations. Quelques filous en profitent... De faux tisserands présentent ainsi une étoffe merveilleuse que seuls les grands esprits peuvent voir. Chacun pousse les hauts cris et s’émerveille devant ce tissu magnifique qu’il feint de voir pour prouver son intelligence. On en habillera l’empereur pour le défilé. La supercherie fonctionne parfaitement jusqu’à ce qu’un enfant innocent clame la vérité : l’empereur est nu!

Cristina Iovita, directrice du Théâtre de l’Utopie, propose à la salle Fred-Barry une relecture originale de ce conte de Hans Christian Andersen. Alors qu’on a davantage l’habitude de voir des adaptations destinées au jeune public, Iovita a plutôt choisi la commedia dell’arte, ses masques et ses conventions (jeu exagéré, apartés, interaction avec le public, etc.). Malheureusement, la production s’étire sur près de deux heures et certaines scènes inutilement longues reformulent à plusieurs reprises la morale du conte en variant le ton et la forme.

On soulignera toutefois l’intelligence derrière cette adaptation : l’idée de faire des parallèles avec notre société où culture rime souvent avec argent est très intéressante, les allusions au processus de soumissions de projets artistiques faisant particulièrement mouche. Combien souvent, en effet, a-t-on entendu parler des formulaires à remplir pour obtenir du financement et des questions pointues sur ce que l’œuvre apportera de plus à la société, ce qu’elle a de neuf à offrir. Tout comme son empereur, le ministre des Tendances culturelles du Costume neuf cultive une obsession pour le jamais vu. Ainsi réplique-t-il au jeune sculpteur : « Non, non, et non. Vous oubliez notre devise : "À empire nouveau, culture nouvelle!" Vous n’apportez rien de nouveau à notre culture. […] Nous ne subventionnons pas le banal. »

Étienne Blanchette et Raphaël Roussel en compères malfaiteurs, jouent à fond la carte de la commedia, intégrant les simagrées et les gesticulations dans leurs échanges fort réjouissants. De son côté, Érick Tremblay passe aisément du rôle du ministre des Finances à celui de garçon trop honnête et curieux. Toute sa physionomie appuie son jeu, tant lorsqu’il incarne un Pantalon ministre et pingre à souhait, que lorsqu’il glisse sous le masque d’un garçon de ferme pétillant d’énergie. Hélas, si certains comédiens se démarquent bien, la majorité crie plus qu’elle ne joue. Dans une petite salle comme Fred-Barry, cela ne pardonne pas. Le spectacle gagnerait beaucoup à baisser d’un cran son intensité sonore pour s’adapter à la taille du lieu de représentation.

Malgré sa critique sous-jacente, Le costume neuf de l’empereur perd rapidement en saveur. On espérait plus du mélange des genres.

29-03-2011

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