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Le vrai monde?
Du 18 septembre au 13 octobre 2018,
supplémentaire 9 octobre 19h30

À 23 ans, Claude rêve de devenir écrivain. Sa première pièce met en scène trois personnages qui portent les noms de son père, de sa mère et de sa sœur, auprès desquels il a puisé son inspiration. Ses personnages prennent vie et côtoient leurs modèles; une fascinante confrontation s'ensuit, où s'agitent le double fond des choses, la multiplicité des perceptions et des réalités. Où est le vrai monde lorsque chacun crie au mensonge? Qu’est-ce que le vrai? Qu’est-ce que le faux? Qui sommes-nous dans le regard des autres?


Texte Michel Tremblay
Mise en scène Marie-Hélène Gendreau
Interprétation Jean-Denis Beaudoin, Nancy Bernier, Claude Breton-Potvin, Ariel Charest, Jean-Michel Déry, Christian Michaud, Anne-Marie Olivier


Crédits supplémentaires et autres informations

Musique Josué Beaucage
Assistance à la mise en scène Émile Beauchemin
Lumières Keven Dubois
Costumes Virginie Leclerc
Scénographie Ariane Sauvé

Mardis et mercredi 19h30, jeudis au samedis 20h, dimanches à 15h et les deux derniers samedis à 16h

Durée : à venir

Mardi au dimanche
Adulte 52$
Ainés* 46$
Étudiants** 39$

Les taxes sont incluses dans les prix affichés, mais les frais de service en ligne doivent être ajoutés.

Production Le Trident


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Critique disponible
            
Critique





Crédit photos : Stéphane Bourgeois

En ouverture de saison 2018-19, le Théâtre du Trident nous présente Le vrai monde, de Michel Tremblay, dans une mise en scène habile et très fluide de Marie-Hélène Gendreau. On nous sert un texte qui n’a pas pris une ride depuis sa parution en 1987, il y a donc plus de 30 ans: même si l’action se situe dans les années 60, le spectateur d’aujourd’hui est interpellé directement par une réalité dont l’écho perdure encore.

Claude, 23 ans, veut écrire du théâtre. Il vient de terminer son premier texte et l’a fait lire à sa mère, qui attend et espère ce moment depuis des années. Or, Claude a mis en scène sa famille, sans changer leurs noms, et en présentant SA version d’événements familiaux ; où commence la fiction, où s’arrête la réalité? Sur scène, la «vraie» famille de Claude côtoie sa famille «fictive», mettant le spectateur au défi de déceler qui dit vrai, qui dit faux – comme dans la «vraie» vie, on suppose que c’est probablement un peu entre les deux versions.

Le texte de Tremblay est porté de façon magistrale par les comédiens – il faut souligner le jeu de Nancy Bernier et de Christian Michaud. Ils sont tous deux tellement naturels et justes qu’on en oublie les comédiens qu’on voit évoluer sur les planches de Québec depuis des années. Il serait réducteur de dire qu’ils offrent la performance de leur carrière, mais ils sont tout simplement remarquables. Dans le rôle de la «vraie» mère, Nancy Bernier exprime toute la douleur de cette femme qui voit la façade qu’elle s’est construite pour se protéger percée par ce fils qu’elle chérit. Christian Michaud, dans le rôle du «vrai» père, est si touchant dans ce rôle d’homme incapable de parler de ses sentiments qu’on espère follement que les gestes que lui reproche Claude n’existent que dans la fiction.

Le vrai monde, en plus d’être une pièce sur la place de la femme, est aussi une pièce sur le choc des générations et leurs difficultés à communiquer.

Dans Le vrai monde, Tremblay donne la parole aux femmes de son époque, qui trop souvent (et même toujours) devaient se taire, tenir maison et vivre dans l’ombre de leur mari. Alors qu’on pourrait les juger faibles et soumises, Tremblay fait ressortir toute leur force et leur compassion en leur donnant un espace où elles peuvent s’exprimer. C’est le premier niveau de lecture de la pièce, qui peint un sombre portrait des mâles de l’époque en dénonçant les façades qui protègent les sacro-saintes apparences.

Or, le jeu de miroirs entre la fiction et la réalité multiplie les pistes de réflexion. Tremblay donne la parole à la «vraie» mère, et son alter ego, Claude, donne la parole à la mère «fictive». L’auteur est superbement habile ici : alors qu’il écrit Le vrai monde, Tremblay a la quarantaine – son propos livré par la «vraie» mère est plus nuancé. Sans pardonner ni excuser les gestes du père, elle trouve la compassion suffisante pour le voir clairement, sans le diaboliser, comme elle le dit à Claude : c’est juste un pauvre homme sans envergure, qui cache son manque de génie sous des blagues cochonnes. Claude, s’exprimant à travers la mère «fictive», fait preuve de toute l’impatience et l’arrogance de la vingtaine, qui veut se faire entendre à tout prix et qui juge les générations précédentes en exigeant une confrontation immédiate, sans compromis. Le vrai monde, en plus d’être une pièce sur la place de la femme, est aussi une pièce sur le choc des générations et leurs difficultés à communiquer.

Le sens de la pièce est aussi magnifié par le temps. En présentant Le vrai monde dans la foulée du mouvement de dénonciation #metoo, on ne peut mettre un aspect de la situation de côté. On a beaucoup parlé du droit à dénoncer les agressions qui tombe sous le sens, mais on a aussi souligné le droit des victimes de choisir de ne pas porter plainte, sans être jugées pour autant et être ainsi victimisées à nouveau. La soeur «fictive» de Claude confronte son père – elle se tient debout et rend coup pour coup.  La «vraie» soeur de Claude a enfoui dans sa mémoire les «vrais» événements de cette nuit où son père s’est introduit dans sa chambre ; elle est heureuse, elle aime son métier de danseuse à gogo et elle aime son père. Qui sommes-nous pour la juger… et qui est Claude pour le faire ?

Enfin, en cette ère de réseaux sociaux, de likes et de superficialité, on ne peut s’empêcher de penser que si dans les années 60, les apparences étaient maintenues par le silence, on les construit aujourd’hui à coup de selfies, de mots clics et de statuts habilement rédigés. Est-ce une amélioration? En sommes-nous plus libres, plus heureux?

Le Trident marque donc un excellent coup en nous replongeant dans Le vrai monde, une production qui vaut le détour.

23-09-2018


 

Théâtre du Trident
269, boul. René-Lévesque Est
Billetterie : 418-643-8131 - 1-877-643-8131

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