FTA 2021 – Un temps pour tout : Liberté créatrice

par | 6 juin 2021

Planté sur la grande scène du Théâtre Maisonneuve, le plateau ouvert et convivial d’Un temps pour tout, de Sovann Rochon-Prom Tep, invite le public à la détente. La production crée un environnement chaleureux où se poser pour un moment et se mettre à l’écoute des rythmes et des courants qui nous traversent à chaque instant.

Crédit Vivien Gaumand

Réunissant sur scène trois danseurs et deux musiciens, Un temps pour tout, qui devait être présenté au FTA en 2020, nous revient comme si cette longue pause forcée n’avait pas existé. Énergie et bonne humeur débordante sont au rendez-vous sur le plateau encadré de plantes vertes et de bancs, et entouré par un public attentif, à demi éclairé par des lampes posées ici et là.

Sans affecter l’élan des interprètes, l’éparpillement des spectateurs sur la scène crée néanmoins un vide difficile à combler pour les interprètes. L’espace de jeu semble démesurément loin et les spectateurs demeurent figés et silencieux dans leur siège, semant par moments un certain froid, alors que sur scène la camaraderie est constante. Ce sont heureusement ces moments d’échange et le plaisir qui émane des artistes que l’on retient le plus au sortir de la salle.

Le créateur Sovann Rochon-Prom Tep propose un espace de liberté à ses interprètes, les invitant à s’y aventurer pour mieux vivre l’instant présent et bâtir une œuvre chaque soir légèrement différente, car s’ils suivent quelques indications données par Rochon-Prom Tep, ils bâtissent eux-mêmes les moments d’émotion. Accompagnés ou non par la musique réalisée en direct par Thomas Sauvé-Lafrance et Vithou Thurber-Prom Tep, en solo, en duo ou en trio, Jigsaw, Pax et Sangwn s’offrent sans retenue dans cet espace où le corps prend le pas sur la parole et où le regard échangé avec l’autre, le public, en dit tout autant. Œil malicieux, sourire aux lèvres, les danseurs semblent davantage danser par besoin de s’exprimer que par nécessité de performer. Les solos se répondent et s’enrichissent tandis que la personnalité de chaque danseur colore les ensembles.

Largement influencé par la culture hip-hop, le spectacle s’en émancipe pourtant rapidement, empruntant autant au jazz qu’à la danse contemporaine. La performance délaisse l’idée de la confrontation pour mieux laisser libre cours aux inspirations de chacun et voir comment leur langage physique et leur style entrent en résonance. Il en résulte une production décontractée dont les différents tableaux coulent l’un dans l’autre de manière fluide, suivant un flux naturel qui tantôt fascine par de lents entrecroisements, tantôt se fait brusque et électrique.

Crédit Vivien Gaumand

Le spectacle stimule les sens au même titre que la sauge purificatrice cérémonieusement brûlée en début de représentation. On se surprend à marquer le rythme au détour d’une impromptue musicale (fantastique duo de clavier et de percussion), à retenir son souffle quand un danseur semble aboutir dans un cul de sac, et à respirer de nouveau quand les nœuds se dénouent.

Un temps pour tout est avant tout un temps pour soi, une invitation à puiser dans les mouvements des danseurs et dans les vibrations de la musique afin de respirer à l’unisson.

Du 4 au 7 juin 2021, Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
fta.ca

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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.