Suppl. le 29, 30 avril, 1er, 4, 5, 6 et 7 mai 2004 du mardi au vendredi, 20 h, les samedi 15 h et 20 h
Suppl. le 8 mai à 15h et 20hIl y a plus de cent ans, Feydeau présentait l'institution du mariage comme un état d'instabilité permanente, produit d'une société qui développe le cynisme comme art d'une guerre entre les sexes... Pure imagination ou signe précurseur des temps modernes? Un homme poursuit de ses assiduités une femme mariée, dont le mari figure parmi... ses anciens amis! Dès que la dame, bien imprudente mais si sûre de son couple, finit par lâcher: «Je ne serai à vous que si un jour mon mari me trompe», tout bascule : les mensonges les plus anodins vont ouvrir la porte aux malentendus les plus grotesques, laissant libre cours aux croisements d'intrigues sentimentales qui tissent, dans une mécanique diabolique, des situations de plus en plus inextricables. Affolement, duplicité, corruption générale et joyeuse qui entraîne tout le monde dans un tourbillon effréné: plus personne ne maîtrise la situation et chacun se retrouve à occuper une place qui n'est pas la sienne!
Texte de
Georges FeydeauMise en scène de
Normand ChouinardAvec
Félix Beaulieu-Duchesneau UN COMMISSIONNAIRE, UN AGENT,
Benoît Brière PINGLET,
Violette Chauveau MARCELLE,
Sandrine Chauveau-Sauvé PÂQUERETTE (en alternance)
Rosine Chouinard-Chauveau PÂQUERETTE (en alternance),
David-Alexandre Després BOULOT,
Émilie Dionne MARGUERITE,
Sébastien Dodge UN COMMISSIONNAIRE, UN AGENT,
Rémy Girard PAILLARDIN,
Mathieu Gosselin UN COMMISSIONNAIRE, BOUCHARD,
Guillermina Kerwin VIOLETTE,
Roger La Rue BASTIEN,
Célmentine Labrecque PERVENCHE (en alternance).
Jean-Dominic Leduc MAXIME,
Juliette Mondoux-Fournier PERVENCHE (en alternance),
Yves Morin LE MUSICIEN,
Pierrette Robitaille ANGÉLIQUE,
Catherine Trudeau VICTOIRE,
Alain Zouvi MATHIEUBilletterie 866-8668
Du 30 mars au 24 avril, 20h,
Suppl. le 29, 30 avril, 1er, 4, 5, 6 et 7 mai 2004 du mardi au vendredi, 20 h, les samedi 15 h et 20 h
Suppl. le 8 mai à 15h et 20h
par David Lefebvre
Georges Feydeau est tout un personnage : fils d'une romancier et d'une très belle Polonaise, il est attiré par le théâtre très jeune. À 14 ans, il fonde une association, le Cercle des Castagnettes et commence à écrire des pièces en un acte et des monologues comiques qu'il interprète dans des cabarets et des salons de Paris. Il connaît finalement la gloire en 1892 avec plusieurs créations dont Monsieur chasse, Champignol malgré lui et Le Système Ribadier. Il enchaîne les pièces rapidement, au rythme d'une par année. Mais sa vie conjugale se détériore. Il quitte femme et enfants en 1909, flambe son argent dans les tableaux, le casino et s'installe dans un chic hôtel en s'entourant d'admiratrices et d'admirateurs. Atteint de la syphilis, qui lui aurait été transmise par un groom de l'hôtel, il sombre dans la folie et se fait interner à Rueil Malmaison et s'éteint à 58 ans, en 1921. Malgré tout, il aura écrit plus de quarante pièces. Par son travail, Feydeau aura donné au vaudeville ses lettres de noblesse.
Pinglet (Benoît Brière), entrepreneur en bâtiment, convoite Marcelle (Violette Chauveau) la femme de son ami, voisin et associé, l'architecte Paillardin (Rémy Girard). Par plusieurs mensonges et astuces (dont le fait que sa femme (Pierrette Robitaille) quitte la maison pour la nuit), Pinglet finit par avoir un rendez-vous secret avec Mme Paillardin dans un hôtel pour qu'elle se venge des insultes de son mari, et du fait qu'il la laisse souvent seule. Puis un ami de campagne, Mathieu (Alain Zouvi), débarque chez Pinglet avec ses quatre charmantes filles. Pendant ce temps, le neveu de Paillardin (Jean-Dominic Leduc) s'amourache de la bonne délurée de Pinglet (Catherine Trudeau). Et tout ces gens se croisent finalement dans ce fameux hôtel de cinquième ordre : rien ne va plus! On ajoute à la sauce une descente de police et c'est la débandade, l'humiliation. Mais de retour à la maison le lendemain, on doit faire face à la musique, ou bien continuer de mentir du mieux que l'on peut...
L'Hôtel du Libre-Échange est une des premières pièces de Feydeau, écrite en 1894. Et qui de mieux placé pour la mettre en scène que Normand Chouinard, qui a maintenant plus de 30 ans de carrière, qui a joué dans au moins trois Feydeau, plusieurs vaudeville et comédies. Un grand défi attendait quand même le metteur en scène, pour tenter de faire apprécier à sa juste valeur ce type de théâtre sans tomber dans la facilité et le ridicule-qui-tue. Par bonheur, nous avons droit ici à une réussite sans contredit.
Une réussite en fait qui réunit plusieurs facteurs. Parlons tout d'abord du jeu des comédiens. Inutile de déblatérer sur le talent de chacun : on les connaît et les admire. Tous et toutes sont à leur place et interprètent ces personnages avec panache, en les caricaturant mais en leur donnant ce côté "humain" qui crée toute cette comédie et cette déconfiture. Brière excelle encore avec un jeu très physique et son franc parler, Girard ne peut être mieux placé qu'en cet architecte ; Robitaille et Chauveau jouent admirablement bien leurs rôles. Encore une fois, Catherine Trudeau nous impressionne dans un tout autre registre qui l'a fait connaître. Elle interprète cette servante d'une façon si délurée qu'un sourire naît sur nos lèvres au moment de ses entrées sur scène. Les femmes, d'ailleurs, prennent un ton de voix assez aigu et nasillard, presque désagréable mais qui ajoute un côté extrêmement drôle aux personnages. Puis le décor et les éclairages. Un seul mot : magnifique. Comme cela se passe à Paris du siècle dernier, on ne pouvait pas laisser passer le blanc crème, le rayé bleu et blanc, la Tour Eiffel, immense en fond de scène et tous les meubles inspirés par cette fameuse construction. Le décor est impressionnant et même versatile, puisqu'on a qu'à le retourner pour que tout ceci devienne l'Hôtel du Libre-Échange (avec un clair de lune énorme!).
Mais c'est quand même grâce à la mise en scène de Chouinard que la pièce tient la route adroitement. Sans être terriblement nouvelle, les techniques qu'il utilise sont éprouvées et font rire immanquablement. En fait, les personnages sont conscients qu'ils sont sur scène, ce qui donne une toute autre marge de manoeuvre qu'une pièce dite classique pourrait offrir. Les spectateurs et les comédiens peuvent ainsi interagir. On ne se gênera pas non plus pour courir dans la salle, faire déplacer les gens et créer de l'animation (par les comédiens) dans le hall et dans la salle lors de l'entracte (ne manquez pas la chansonnette de Catherine Trudeau et Pierrette Robitaille... vous chercherez où elle est!). Ce genre de pièce, mêlant les quiproquos et les situations loufoques, demande un rythme calculé au quart de tour. Tout est prévu à la seconde près, et la machine roule admirablement bien. Nous avons de toute façon affaire à des comédiens d'expérience, qui peuvent jongler avec les imprévues mais qui les minimalisent au possible, du moins sur scène.
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Empruntant le style XIXe siècle, autant au niveau des costumes que du style, la pièce touche la cible autant par ses blagues bien lancées que par le cynisme qu'elle dégage à propos du mariage, du mensonge et de la bourgeoisie de l'époque. Un vaudeville au-dessus de la moyenne, par (tous) ses interprètes, sa mise en scène délurée mais bien structurée, classique mais d'un humour soit enfantin, précis ou grinçant. Quelle excellente idée de terminer la saison et d'accueillir le printemps avec cette pièce !