Mario Jimenez est facteur. Il a comme client et ami le célèbre poète Pablo Neruda. Ensemble ils parlent des métaphores du poète, des amours du facteur. La vie pourrait être paisible dans leur petit village, mais voilà qu’une violente tempête politique éclate.

Lorsque Mario voit Neruda plonger au cœur de la lutte, il comprend que c’est pour la liberté de son peuple qu’il est parti se battre. Et que plus rien ne sera comme avant. Une seule chose demeurera intacte : son immense amour pour Beatriz qui verra, avec lui, son monde se transformer.

Une ardente patience est inspirée des événements qui ont marqué le Chili au début des années 1970. Mais au-delà du récit historique, cette histoire est d’abord un hommage au courage du peuple chilien dont Pablo Neruda a dit qu’il était le peuple le plus trahi de notre temps.

Pour porter ce roman d’Antonio Skármeta à la scène, Eric Jean retrouve Olivier Kemeid, avec qui il a coécrit le spectacle Les mains, présenté au Quat’Sous à l’automne 2004. Cette fois-ci, ils nous présentent un spectacle où les enjeux politiques et amoureux se fondent pour former un tableau somptueux.

Texte
Antonio Skarmeta

Traduction
François Maspero

Adaptation
Olivier Kemeid

Mise en scène
Éric Jean

Avec
Jocelyn Blanchard, Evelyne Gélinas, Alexis Lefebvre, Vincent-Guillaume Otis, Dominique Quesnel, Jack Robitaille

Concepteurs
Magalie Amyot, Angelo Barsetti, Manon Bouchard, Priscille Gendron, André Rioux, Marc Senécal

Une coproduction du Théâtre des gens d'en bas en codiffusion avec le Théâtre du Quat'Sous

Du 10 octobre au 12 novembre 2005
Supplémentaires les 18 et 19 novembre à 20h30
Billetterie : 514.845.7277

 

par David Lefebvre

Au sein de la terre, j'écarterai
les émeraudes pour t'apercevoir
et toi d'une plume d'eau messagère
tu seras en train de copier l'épi.
-extrait du Chant général de Pablo Neruda

La date du 11 septembre a une grande résonance au nord de l'équateur. Les malheureux événements de 2001 ont bouleversé notre mode de vie. Il semble que cette date soit maudite dans les Amériques... En 1970, la droite et la gauche au Chili se livrent un dur combat. C'est pourtant le candidat socialiste, Salvador Allende, qui remportera la victoire et sera élu président. Le Chili saute de joie. Il prône d'importantes réformes et met rapidement en place le programme de l'Union populaire. Des difficultés d'approvisionnement, l'inflation galopante, l'échec de sa politique économique et les grèves ont vite fait de mettre Allende dos au mur. Les États-Unis non plus ne sont pas contents. 11 septembre 1973, la démocratie est assassinée. À 9 h du matin, sous le commandement de Pinochet, la Moneda est assiégée par l'armée. Allende refuse de s'exiler, il fait évacuer sa famille et le personnel et meurt dans son bureau. Sous la nouvelle dictature, des milliers de Chiliens sont arrêtés, torturés, déportés, exécutés (les célèbres «Caravanes de la Mort»).

Mais nul besoin de tout connaître de cet affreux attentat pour apprécier Une ardente patiente, présentée au Quat'Sous. Adapté du roman d'Antonio Skármeta par Olivier Kemeid, la pièce nous propose de vivre de l'intérieur cette crise, en faisant la connaissance d'un véritable poète, Pablo Neruda, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1971, et d'un petit facteur de 17 ans, Mario Jimenez. Le vieux poète plonge dans la lutte politique, étant nommé à la direction du partie socialiste. L'autre, amoureux fou de la jeune Beatriz de l'auberge du village, demande l'aide du poète chilien. Les deux se lieront d'amitié et verront le monde se transformer. Ils auront un point en commun, l'engagement. L'un envers l'amour, l'autre, le peuple et le pouvoir.

Magnifiquement adapté, aux mots bien choisis et à la belle répartie, la mise en scène d'Éric Jean est d'une grande efficacité. Sans temps mort, on fait rapidement la connaissance des différents protagonistes et on s'attache facilement à tous ces personnages, en commençant par le naïf Mario (Vincent-Guillaume Otis), son ami pêcheur Domingo (Alexis Lefebvre), la jeune muse aux jambes éternelles, Beatriz (Évelyne Gélinas), la veuve Gonzales, sa mère, et tenancière de l'auberge (Dominique Quesnel), Cosme (chef des postes) et Labbé, député chrétien-démocrate (Jocelyn Blanchard) et le poète Pablo Neruda (Jack Robitaille). Évoluant dans un décor passe-partout, aux multiples persiennes de bois (conception de Magalie Amyot), et grâce aux éclairages d'André Rioux, on plonge dans cette chaleur chilienne, dans ce petit coin de pays latin, où le corps parle, danse, chante, et boit. Les comédiens (surtout Alexis Lefebvre en excellent guitariste) jouent eux-mêmes des instruments - guitares, piano, trombone, trompette-, directement sur scène, puisque la musique fait aussi partie de la vie. Même les nombreux changements se font au son des tambours. Avec aisance, le temps coule et on se laisse entraîner avec eux dans les événements tragiques, comme dans les moments terriblement sensuels entre les amoureux. Les élections, violente tempête politique, les promesses, la vie au jour le jour, la déception, l'armée dans les rues, la perte... La finale, pente douce vers la douleur et l'horreur, frappe avec précision et nous happe droit au coeur.

Ne mourrez pas, poète...
Ode touchante à la poésie de l'homme et au courage du peuple chilien, dont Pablo Neruda a dit qu’il était "le peuple le plus trahi de notre temps", Une ardente patience démontre la pertinence de continuer de parler de ces tragédies, puisque les tortionnaires sont toujours en liberté.

12-10-2005