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Deux jeunes anticonformistes résistent à la manipulation de leur milieu et refusent l'ordre établi. Ils se battent pour leurs droits, leur liberté. Ils contestent l'aliénation à l'autorité. Leurs destins parallèles, qui baignent dans un monde corrompu, sont réunis par une même intégrité. Ils trouveront ensemble la résolution inévitable de leurs idéaux. Un monde passionnel occulte, religieux et tragique.
Phare de la dramaturgie symboliste française du 19e siècle, Villiers de L'Isle-Adam mène les personnages de ce roman aux confins de leurs engagements. Son écriture célèbre le culte du sacré et la puissance du mythe. L'auteur évite le vraisemblable et la reconstitution historique. Ses héros au langage métaphorique transforment leur histoire en véritable allégorie.
Christian Lapointe, directeur artistique du Théâtre Péril, met en scène la première production de la compagnie, Le chien de Culann de W.B. Yeats, en 2001. Il dirige, en 2003, Au seuil du palais du roi, au Théâtre Périscope. Récemment, il montait 4.48 Psychose de Sarah Kane ainsi que Les Grappes Lucides de Claude Gauvreau à l'École nationale de théâtre puis il dirigait un projet de création Faisceau d'épingles de verre de Claude Gauvreau, réalisé dans le cadre du Mois Multi à Méduse.
Source: théâtre Périscope
Du roman de Villiers de l'Isle-Adam
Adaptation
Mise en scène
Christian LapointeAvec
Eric Robidoux
Denis Lavalou
Richard Thériault
Lise Castonguay
Marie-Hélène GendreaultUne production du Théâtre Péril (de Québec)
Au théâtre Prospero
Du 14 au 25 février 2006
Billetterie : 526-6582Au Théâtre Périscope
Du 21 mars au 8 avril 2006
Billetterie : (418) 529-2183Crédit photos : Yan Turcotte
par Marzia Pellissier (Montréal)
Christian Lapointe, sortant récemment du perfectionnement en mise en scène de l'École Nationale de Théâtre, s'intéresse beaucoup au courant symboliste du théâtre. Depuis quatre ans, il dépouille, déconstruit, restructure la pièce Axël, de Villiers de L'Isle Adam. Ce texte, sur lequel l'auteur a travaillé durant une vingtaine d'années et n'a jamais achevé, n'est pas voué à la représentation. Lapointe y voit là un défi : moi, j'essaye de monter ça pour que ce soit vivant, accessible à tout le monde. Mais je refuse de niveler par le bas. Je veux que le public puisse se laisser aller au sens pour que le sens leur parvienne. Et là est la nuance, si cette oeuvre est d'une densité monumentale, il ne mène pas à une représentation d'élite intellectuelle; elle vient interpeller la sensibilité d'un public prêt à se laisser guider dans une expérience théâtrale hors du commun.
Le texte, doté d'une trame narrative romanesque, simple, ne veut pas la raconter, mais bien évoquer des pensées et des sensations poétiques et philosophiques. Il nous parle de suicide, de deux êtres qui refusent les valeurs humaines telles que la richesse et l'amour et qui se retrouveront unis pour tenter d'atteindre l'infinie lumière. Ce faisant, on aborde tout un questionnement sur la condition humaine, sur le sens de la vie et la façon de l'approcher. L'abord d'un texte d'une telle grandeur ne facilite pas la mise en scène. L'importance d'évoquer le sentiment, de laisser transpirer son propos par le biais de la représentation est un projet d'envergure. Christian Lapointe opte pour le quasi-statisme des interprètes, pour laisser place à l'idée, en ponctuant l'expérience de micromouvements définis.
Les comédiens, confrontés à cette tâche ardue, sont là pour donner un sens à tout cela par leur générosité et leur humilité à s'effacer pour n'être que véhicule de l'essence. Certains y parviennent mieux que d'autres, rendant les deux premières parties du spectacle arides et insupportables. Les protagonistes (Axël (Éric Robidoux) et Sara (Marie-Hélène Gendreau) viennent cependant rattraper le tout en vouant une performance indéfinissable, comme possédés par la densité de l'oeuvre. D'ailleurs, la pièce atteint son apogée lors de leur rencontre, où tout prend forme et nous invite dans un voyage riche de couleurs, d'odeurs et de sensations. Sara, de sa voix onctueuse, nous y guide à merveille.
L'éclairage et les projections multimédia sont aussi de l'ordre de l'évocation. La lumière est subtile, légèrement changeante et chargée d'émotion alors que les projections sont d'un flou qui laisse place à l'imagination. De même pour la conception sonore de Mathieu Campagna et le décor qui place un non lieu transformable; ce sont des outils légers qui suggèrent des sensations et qui laissent libre cours à l'imaginaire du spectateur.
L'important de cette expérience est d'arriver sans attente, de ne pas essayer de comprendre à tout prix et de lâcher prise pour que l'oeuvre domine et nous mène là où elle le décide. C'est à ce moment qu'elle nous est accessible et donne accès à un univers propre à chacun.
19-02-2006par Magali Paquin
La pièce « Axël » de Villiers de L’Isle-Adam (1838-1889), mise en scène par Christian Lapointe, fait de la scène du Théâtre Périscope un socle dans lequel s’enracinent des acteurs immobiles. Considérée comme « la bible du théâtre symboliste », l’œuvre est ici retranchée de plusieurs extraits, tout comme de toute fioriture… qui aurait peut-être été salutaire.
Le destin de Sara (Marie-Hélène Gendreau), jeune et riche orpheline refusant de faire vœu de pauvreté, croise celui d’Axël (Paul-Patrick Charbonneau), fils de gentilhomme devant justifier ses titres auprès de l’État. Résistant à la manipulation de leur entourage respectif (Denis Lavalou, Éric Robidoux, Richard Thériault) et refusant l’ordre établi, ces jeunes épris de liberté trouveront la réalisation de leurs idéaux dans leur passage solidaire vers l’au-delà.
Si la volonté de mettre le texte de Villiers de L’Isle-Adam en valeur motivait les choix du metteur en scène, peut-être aurait-il fallu prendre en compte le fait que la majorité des spectateurs n’en feront pas une lecture préalable. La mise en scène hyper statique de Christian Lapointe fait des acteurs de véritables statues, au point où ceux-ci deviennent lassants de par leur immobilité, leurs gestes minimaux, calculés. Le mouvement de leurs lèvres est certes le plus considérable d’entre tous... Car pour réciter, les acteurs récitent. Et ils le font bien, fort heureusement, car à l’éternité que semble durer la pièce, quel supplice cela aurait-il été s’il avait fallu y trouver ses oreilles écorchées. Or, la profondeur des didascalies fleuves se fond rapidement dans le rythme quasi monocorde de la récitation, nuisant ainsi à leur compréhension.Favoriser une évocation dénudée au détriment d’un jeu complet est risqué, voire même à la frontière de l’inconcevable envers un public qui ne cherche pas à assister seulement à la lecture d’un texte. Les nombreux départs tout au long de la représentation témoignent malheureusement de la déception de plusieurs spectateurs. Et de leur ennui, peut-être et surtout. Toute pièce de théâtre n’a pas à être du divertissement, mais juxtaposé aux possibles de la création, toute pièce devrait avoir un minimum de sensibilité envers le public et ses limites.
Il faut par contre être honnête ; l’intérêt qui fait défaut à sa mise en scène soporifique, « Axël » le suscite au niveau esthétique. En concordance visuelle avec le rythme et l’atmosphère de la pièce, l’espace n’est que de noir et blanc teinté. Sur la scène complètement dépouillée, une projection vidéo, en noir et blanc sur larges bandes de tissus translucides, fait office de décor. Magnifique, cette oeuvre visuelle de Lionel Arnould juxtapose formes abstraites et figuratives, comme un long ballet tout en lenteur. Les costumes de Valérie Gagnon-Hamel, tout en s’accaparant les mêmes teintes que leur environnement, se démarquent quant à eux par leur originalité et leur intemporalité.
Bien que ces éléments permettent d’extirper en partie les personnages de leur époque originelle, leur qualité ne permet malheureusement pas de palier à l’ennui de l’ensemble. Minimalement a-t-on l’opportunité de les admirer deux heures durant.
28-03-06