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Du 8 au 26 mars 2011, 20h
Le 20 novembre
(théâtre - public averti 14 ans et +)
Texte Lars Norén
Traduction Katrin Ahlgren
Mise en scène Brigitte Haentjens
Avec Christian Lapointe

Au lendemain d’une fusillade en Allemagne, Lars Norén écrit un monologue percutant. L’auteur puise à même le journal intime laissé par le jeune homme de 18 ans qui s’est enlevé la vie après avoir ouvert le feu sur les professeurs et les élèves de son ancienne école. 1 heure et 12 minutes avant le massacre, le garçon se fait entendre. Dans un mélange de haine, de fragilité, de lucidité et de désespoir, il raconte l’insoutenable mal-être qui l’habite, dont la ligne de faille révèle un malaise social infiniment plus profond. Nous serions tous complices d’un système froid et sans pitié pour les individus qui ne cadrent pas, traités en bannis, en exclus, en ratés, au point de pousser certains à bout comme Sebastian Bosse. Personne n’est innocent dans ce théâtre de la comparution. Le verdict tombe, accablant, mais il en découle une prise de conscience immédiate et nécessaire.

Sous la bannière de Sibyllines, compagnie fondée en 1997, Brigitte Haentjens en découd avec la facilité et les idées reçues. Au fil des auteurs convoqués sur le plateau de théâtre, parmi lesquels figurent Koltès, Müller, Duras, Kane et Büchner, la metteure en scène a su défendre un art profond, rigoureux, ciselé, composé de couches multiples traversant l’espace comme les corps. Blasté, Woyzeck et Douleur exquise, pour ne nommer que ses spectacles les plus récents, en témoignent impérieusement. Ils disent aussi à quel point sa pratique est en phase avec le monde, avec les êtres, talonnant sans relâche les maux qui les dévastent. Pour ce nouveau projet, Brigitte Haentjens a fait appel à Christian Lapointe, engagé de plain-pied lui aussi dans son art et dans son temps. Parions que leur collaboration explosive transformera la scène en une zone de tension et d’intensité.

Assistance à la mise en scène Marie-Hélène Dufort
Dramaturgie Mélanie Dumont
Scénographie Anick La Bissonnière
Costume Yso
Maquillage et coiffure Angelo Barsetti
Lumière Claude Cournoyer
Crédit photo: Angelo Barsetti

Une création de Sibyllines

La Chapelle
3700, rue Saint-Dominique
Billetterie : 514-843-7738

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 Critique
Critique
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par Sara Fauteux

Le 20 novembre 2006, Sebastian Bosse entre dans son ancien collège et blesse plusieurs personnes avant de retourner son arme contre lui-même. Quelques semaines après la mort du jeune homme, Lars Norén écrit la pièce Le 20 novembre en récupérant les mots du tueur, publiés sur Internet quelque temps avant son crime et tirés de son journal intime. Lors de la création du texte au Festival de Liège, c’est la comédienne allemande Anne Tismer qui tient le rôle de Sebastian B. Après elle, beaucoup de metteurs en scène ont également confié le rôle à des femmes. Brigitte Haentjens et Christian Lapointe font ici un choix différent.

Le spectacle mise sur un rapport direct, forcé, entre le public et l’interprète. Pris au piège par les rangées de néons qui se dressent juste au-dessus de nos têtes, écrasantes, et qui ne s’éteindront jamais, par le regard froid et terrifiant, mais étrangement déterminé du personnage, on perd la liberté de faire vagabonder notre esprit en même temps que notre anonymat de spectateur. Il n’y a pas d’échappatoire. Il faut rester là, assis, à écouter se déverser la haine et la détresse du jeune homme, à la provoquer, à la juger, à la comprendre, à répondre à ses questions. Cette rage nous est adressée, destinée personnellement.

Sebastian B. décrit une société froide et dure, élitiste et matérialiste qui n’accepte que ceux qui se plient à ses règles et ses normes, isolant tous ceux qui sont différents. Il dénonce et condamne nos vies sans détour. Excessivement durs et naïfs à la fois, ses mots nous semblent souvent un peu puérils et simplistes. Il est tentant d’utiliser la radicalité adolescente de son discours pour le discréditer. Mais la souffrance est bien réelle, radicale, et cette souffrance va amener ce jeune homme à sortir de chez lui avec une carabine pour blesser huit personnes et s’enlever la vie.

Là réside le véritable piège de cette pièce. Parce que, sachant cela, on est forcé de se positionner par rapport à la réalité qu’il décrit, d’admettre que peu importe la place que nous pensons occuper dans ce système, nous vivons dans le même monde que Sebastian B, que les jeunes de Colombine, de Dawson, de Red Lake High School...  Les sentiments qui les habitent nous concernent, ils nous appartiennent. Le fait de voir une femme incarner le rôle du tueur devait d’ailleurs amplifier cet effet en nous rappelant que personne n’est exclu, ni de la souffrance, ni de la violence.

Brigitte Haentjens est une habituée des objets de théâtre puissants et terrifiants. Elle a su encore une fois manipuler avec doigté ce texte-choc et déployer sur scène des signes évocateurs, notamment dans le travail du corps effectué avec Lapointe. Malheureusement, l’interprétation de celui-ci n’est pas tout à fait aussi puissante qu’on le souhaiterait. De plus, bien que le texte ait été adapté par Haentjens, Lapointe et la dramaturge Mélanie Dumont, les mots manquent de fluidité dans la bouche du comédien. Ces faiblesses atténuent quelque peu l’effet de choc recherché par le spectacle, mais ne nous empêchent pas de sortir de la salle passablement ébranlés.   

12-03-2011

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