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On croyait que la guerre était finie…
Automne 1918, dans une petite agglomération des Prairies, la terrible épidémie de grippe espagnole s’installe. Des personnages attachants se démènent pour combattre le fléau. En écrivant son journal intime, Beatrice lève le voile sur la vie quotidienne et les angoisses de ce petit village de la Saskatchewan. C’est à travers son regard lucide que nous découvrons cette communauté qui doit affronter l’épidémie meurtrière en accueillant ses soldats à la fin de la Première Guerre mondiale.
Kevin Kerr est un auteur canadien contemporain qui vit à Vancouver. En 2002, il est lauréat du Prix du Gouverneur général du Canada avec UNITY (1918), version originale anglaise, qui lui avait aussi valu deux prix Jessie Awards en 2001. Evelyne Rompré est récipiendaire du Masque 2004 de l’interprétation féminine de l’année dans un rôle de soutien pour le rôle de Sunna.
Kerr réussit à aborder un sujet où la petite histoire rejoint la grande histoire. Il en fait une sorte de liturgie qui se transforme en une ode à l’amour, à la mort et à l’humanité tout entière.
De
Kevin KerrTraduction
Paul LefebvreMise en scène
Claude PoissantAvec
Gary Boudreault, Mireille Brullemans, Sophie Cadieux, Alexandre Frenette, Erika Gagnon, Steve Laplante, Jean-Sébastien Lavoie, Evelyne Rompré, Karine Saint-Arnaud, Jennie-Anne WalkerCollaborateurs
Jean Gaudreau, Catherine La Frenière, Simon Guilbault, Marc Senécal, Martin Labrecque, Angelo Barsetti, Yves Morin, Suzanne Trépanier, Philippe PointardUne production du Théâtre PàP
Billetterie : 253-8974Lisez la critique de David Lefebvre
par David Lefebvre
Le Théâtre Denise-Pelletier présente, à partir du 21 septembre, une pièce créée lors du 25e anniversaire du Théâtre PàP à l’Espace GO, en 2003, intitulée Unity, mil neuf cents dix-huit. Le texte de Kevin Kerr, parlant de grippe espagnole et du retour des soldats d’Europe lors de la Première Guerre, est toujours d’actualité. L’Irak est encore aux nouvelles, et on parle toujours de maladies, dont de SRAS et de grippe aviaire.
Jennie-Anne Walker retrouve avec plaisir son personnage de Beatrice. Cette jeune comédienne aux grands yeux noisette a bien voulu se prêter au jeu et me parler de sa jeune carrière et de Unity.
Jouer
Originaire de Gatineau, elle gagne, à 9 ans, un concours à l'école, appelé "Les talentueux" puis remporte le prix régional. Les juges, persuadés de son talent, incitent sa mère à l’inscrire à des cours. «Je faisais déjà du ballet classique, et l’école a ouvert une section théâtre pour les danseuses. À 12 ans j’ai dû arrêter de faire du ballet, n’ayant malheureusement pas le corps pour cette discipline, et je me suis concentrée sur le théâtre» dit-elle. Elle fait donc ses études secondaires en Ontario, la moitié de la journée étant consacrée au jeu et l’autre aux matières académiques. Son chemin était tracé : elle décide de poursuivre dans cette voie à l’École de théâtre de Saint-Hyacinthe. Sa première pièce professionnelle, après ses études, a été Les fourberies de Scapin, dans une mise en scène de Joseph Saint-Gelais, présentée en 1999 au Théâtre Denise-Pelletier. Puis, pendant trois ans, elle sillonne les planches des théâtres d’été et visite plusieurs villes dont Asbestos, Terrebonne et Trois-Rivières. Elle enseigne aux personnes ayant une déficience intellectuelle (une belle expérience, très humaine, raconte-t-elle) et fait beaucoup d’improvisation. «L’impro, ce n’est pas un produit fini, c’est un moyen d’apprentissage, une prémisse. Plusieurs comédiens disent qu’ils ont appris leur métier grâce à l’improvisation ; pas moi. Je le prends comme un jeu. J’aime jouer, c’est un laboratoire. Je suis très intuitive. Les personnages que tu crées peuvent mourir là, ou te donner le goût de les élaborer, d’écrire sur eux.» Pourtant, même si elle aime créer, elle avoue avoir encore peur de ses idées. «Pour l’instant j’ai des flash, des flash d’affaires que je voudrais jouer, des choses que j’aimerais voir jouer.»
Elle se fait connaître du grand public très rapidement, en apparaissant dans plusieurs publicités du magasin Brault et Martineau. Malgré la sécurité économique que cela lui apporte, elle juge que ça lui a fait mal. «On ne voulait même plus me voir en audition, me confie-t-elle. Je venais de sortir de l’école et j’ai été mal conseillée.» Elle a quand même enregistré des pubs pendant deux ans, tout en continuant à jouer dans certains théâtres d’été. «Il s’agit de bien choisir ses projets de pubs. Il y a eu aussi celle de Jean Coutu, avec le nom du bébé, et pour celle-ci, il n’y a eu que du bon. La publicité a gagné un prix, un Coq d’argent au PCM (Publicité Club de Montréal), elle était très drôle… Mais en même temps, parfois, tu n’as pas le choix, on a un loyer à payer.»
Les hasards de Unity
Kevin Kerr est un jeune auteur canadien dont la famille est originaire de la Saskatchewan. Il vit maintenant à Vancouver, où il a remporté, pour sa pièce Unity (1918), la version originale anglaise, deux Jessie Awards : Meilleur texte original et Meilleur auteur de la relève. Lors de la création de la version française de Unity, en 2003, tous les liens d’actualité ont été, semble-t-il, des coïncidences. Même les masques qu’ils portent lors des représentations, et qui rappellent le SRAS, fut un hasard. «C’est sûr qu’on en parlait entre nous, de ces événements, les bombardements en Irak, du SRAS… Mais ce n’était pas une influence majeure.» Dégageant une grande simplicité au niveau de la mise en scène, la comédienne me dit à ce propos : «Ce fut un long travail. Le décor est déjà surréaliste, les éclairages sont vraiment bien faits, on n’a pas besoin d’en faire beaucoup. Alors fallait trouver le ton juste. Mais j’ai hâte de voir ce que ça va donner sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier, ça va être différent.» Les retrouvailles ont été heureuses, dont celles avec Sophie Cadieux. «Après ces années, je nous trouve plus solides, moins nerveuses.» Cette reprise n’a demandé que 40 heures de répétition, puisqu’il n’y a eu que peu de changement de la part du metteur en scène, Claude Poissant. Un metteur en scène magnifique : «Il apprend à te connaître, et te dirige différemment des autres. Il sait s’il doit te dire beaucoup de choses ou si tu n’as besoin que de très peu de suggestions, dépendamment de ce que tu as besoin.» Elle n’a eu aucune difficulté à retrouver son personnage, avouant même qu’elle lui aurait beaucoup ressemblé si elle avait été dans la même situation, à la même époque. Les deux jeunes femmes se ressemblent, partagent la peur des maladies, de la mort, de la guerre.
Unity est une pièce charnière dans la jeune carrière de Jennie-Anne Walker, une carrière qui a débuté «tout doucement», selon elle. Après la tournée de Unity à travers le Québec, on aura la chance de la revoir bientôt sur les planches à Montréal, dans C'est ma vie au Théâtre Jean Duceppe...