Du 2 au 30 novembre 2004
En reprise le 20 mars 2005 (Salle Jean-Grimaldi, 20h, 29 $ tx incl)Et s’il y avait huit jumeaux?
Le rideau se lève sur une troupe qui répète la célèbre pièce les Jumeaux vénitiensde Goldoni. Le directeur du théâtre a bien du mal à diriger son équipe de comédiens dont certains ne jurent que par l’improvisation et d’autres que par le texte écrit. La querelle dépasse les acteurs et devient celle de la réforme du théâtre. Cet affrontement entre adeptes de la commedia dell’arte et ceux de la réforme goldonienne nous entraîne dans les quiproquos, les déguisements, les manigances et les multiples rebondissements des savoureuses comédies de l’auteur italien.
Pour mieux plonger dans l’exubérance et la folie vénitienne, Jean-Guy Legault nous propose une adaptation qui entremêle deux pièces de Goldoni : le Théâtre comique et les Jumeaux vénitiens. Une véritable performance avec des comédiens chanteurs, des acrobates, des masques et des jumeaux qui s’amusent à nous tromper..
Texte de
Carlo GoldoniLibrement adapté et mise en scène par
Jean-Guy LegaultAvec
Eloi Cousineau, Diane Lavallée, Gary Boudreault, David Savard, Daniel Parent, Luc Bourgeois, Valérie Blais, Delphine Bienvenue et deux acrobatesAssistance à la mise en scène et régie
Nathalie GodboutScénographie
Étienne RicardCostumes
Pierre-Guy LapointeAccessoires
Michèle MagnanMaquillages et coiffures
Florence CornetÉclairages
Kareen HoudeMusique
Yves MorinTextes des chansons
Simon BoudreaultConception sonore
Joël Melançon
par David Lefebvre (nov. 2004)
Quand les Guignols deviennent humains
L'automne est triste? Il pleut? Il fait noir trop tôt? Vous manquez de lumière? Un remède: Les Jumeaux vénitiens présenté au Théâtre Denise-Pelletier. Absolument parfait pour combattre la morosité des jours gris.
Un directeur de théâtre, qui incarne spirituellement aussi le célèbre Goldoni, a du mal à diriger son équipe de comédiens qui pratiquent Les Jumeaux vénitiens. Ils passeront quand même au travers, mais la pièce déteindra sur eux et les quiproquo et les gags à la commedia dell'arte passeront de la fiction à la réalité. Goldoni est connu pour avoir réformé le théâtre; nous avons donc droit ici à un affrontement entre ceux qui sont pour et contre. Garde-t-on le masque ou l'enlève-t-on? Devons-nous jouer à la façon traditionnelle (personnages qui reviennent au trois actes, pas plus de trois personnages sur scène en même temps) ou osons-nous un peu plus? Tout ceci conduit inévitablement à d'incroyables situations auxquelles les comédiens et le directeur font face.
Librement adapté par Jean-Guy Legault, on ne peut que saluer l'audace, la pertinence et l'effort de l'adaptation. Autant les effets comiques sont désopilants, en passant du cliché à la trouvaille savoureuse, autant les propos sur le théâtre et ses réformes sont intéressants. Pour donner un air encore plus Goldoni, certains échanges se font même en italien (du moins dans sa forme). Le tout débute avec un semblant de prologue, nous présentant les comédiens et le directeur, comme à un procès. On comprend tout de suite que la véritable pièce est presque secondaire, mettant de l'avant l'histoire du théâtre, la tradition, le jeu et le travail du comédien, la mise en scène, l'improvisation (Goldoni ne laissait aucune place à l'impro dans ses écrits), et le gag. Beaucoup de gags. Le jeu est extrêmement physique, demandant beaucoup aux comédiens. Il y a même deux acrobates pour les scènes plus spectaculaires qui font un excellent travail. Malgré le refus du directeur du théâtre, on y trouve aussi du chant et de la musique (il est drôle de le voir regarder la régie et faire signe qu'il ne veut pas de musique...). À plusieurs reprises, les comédiens décrochent, inventent, reformulent leurs répliques ou les oublient carrément. Le directeur tente par tous les moyens de les faire revenir sur le droit chemin mais ils se perdent toujours, à notre grand bonheur. L'adaptation glisse quelques farces sur des sujets d'actualité comme des quizz télé, Star Académie, le Moyen Orient, les États-Unis...
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Certains moments sont très forts, comme lorsque Arlequino (Daniel Parent) affronte les Crazy 88 de Kill Bill... euh pardon, la polizia, ou ce duo-solo entre les deux jumeaux (Eloi Cousineau) qui doivent être sur la scène en même temps. Il est d'ailleurs incroyable dans ce rôle, faisant un exercice de virtuosité et l'unanimité dans la salle comme sur la scène (ou presque : les filles sont en extase et les hommes sont tous jaloux de son talent et de sa beauté, un autre gag très réussi). Le directeur (Luc Bourgeois) est plaisant à regarder aller, David Savard, rigolo, joue un comédien qui ne veut pas rester dans l'ombre de celui qui interprète les jumeaux, Daniel Parent interprète un Arlequino près du macho connu et un Lelio très comique, qui ne fait que pousser des expressions à toutes les sauces. Gary Boudreault en Docteur Balanzoni (et quelques autres rôles) est juste et les femmes ne sont pas en reste: Delphine Bienvenu joue une Colombine à croquer et sans caricaturer le personnage (malgré qu'elle déteste sa robe), Valérie Blais (Beatrice) et Diane Lavallée sont amusantes, l'une avec ses "my love, my love!" et l'autre qui veut interpréter à tout prix la première amoureuse, et ce toute sa vie...
Hommage farfelu ou étude hilarante, ce Jumeaux vénitiens est terriblement drôle, actuel et fort intelligent. On pardonne les quelques clichés, adroitement servis, et on applaudit la mise en scène hyper dynamique, sans temps mort, le décor aux grands rideaux rapiécés et la petite scène pivotante où ils jouent la plupart du temps. Les éclairages servent admirablement bien l'ambiance (à noter le jeu de lumières et d'ombres, fantastique, au tout début de la pièce). Le jeu est si rafraîchissant qu'on ne peut que sortir du théâtre qu'avec le sourire aux lèvres. À voir et revoir.
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Crédit photos: Robert Etcheverry