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1er mai 2011, 15h*, 8 mai 2011, 11h et 15h - supplémentaire 7 mai 15h
*rencontre avec les artistes
Matinées scolaires : du 26 au 29 avril 2011, du 3 au 6 mai 2011, 9h30 et/ou 13h30
Nuit d'orage
(dès 5 ans)
Texte : Michèle Lemieux
Adaptation pour la scène et mise en scène : Gervais Gaudreault
Interprètes : Ludger Côté et Émilie Lévesque

L’orage gronde à l’horizon alors qu’une petite fille est avec son chien dans la chambre au moment du coucher. Mille questions surgissent dans sa tête. Ses réflexions s'élancent, s'envolent, reviennent en piqué et rebondissent sur les parois invisibles de sa conscience qui s’éveille au monde. Au seuil de la nuit, l'enfant interroge le sens de la vie, soulève des questions sur les origines et sur « plus tard, je serai comment? ». Elle observe l’intime aussi bien que l'universel, puis s’endort.

Écrit et illustré par la québécoise Michèle Lemieux, ce « petit condensé philosophique » fut d’abord édité en Allemagne en 1996 sous le titre Gewitternacht, puis traduit en 13 langues et publié de par le monde. Ensuite créé en film d’animation à l’ONF en 2003, il s'anime et passe de la planche à dessin aux planches du théâtre dans une mise en scène de Gervais Gaudreault, codirecteur artistique du Carrousel. En s’appropriant cette œuvre, il relève un magnifique défi de simplicité et d’authenticité théâtrale, lui qui a déjà marqué l’esthétique du théâtre jeune public des 30 dernières années.

Assistance à la mise en scène : Milena Buziak
Conception :Linda Brunelle, Dominique Gagnon, Diane Labrosse, Stéphane Longpré

Durée du spectacle : environ 50 minutes

Production : Le Carrousel, compagnie de théâtre (Montréal)

Les Gros Becs
1143, rue Saint-Jean
Billetterie : 418-522-7880 poste 1

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Autres dates (entre autres)

Maison Théâtre du 4 au 28 novembre 2010

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 Critique
Critique
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par David Lefebvre

Et si la vie était un rêve, et le rêve la vraie vie?

L'éveil de la conscience, de la pensée réflexive et des doutes philosophiques est un moment tout aussi magique qu'effroyable pour l'enfant. Se questionner tout à coup sur sa vie, celles des autres et au-delà de ce monde, sur sa place sur terre, sur l'infini, sur son corps, sur la mort... L'artiste et auteure québécoise Michèle Lemieux a publié, en 1996, un magnifique livre en noir et blanc, intitulé Nuit d'orage, qui illustre avec intelligence, simplicité et imagination une jeune fille qui passe la nuit à se poser cent questions, «sans concession ni réponse». En 2003, elle adapte cette histoire pour un film d'animation splendide, en couleur, disponible, entre autres, à la Cinérobothèque de l'ONF.

La théâtralité de Nuit d'orage ne fait aucun doute. Les questions que se pose la jeune fille, assise sur son lit, toujours en compagnie de son chien, ne peuvent qu'intéresser les enfants qui s'associent facilement à elle. Cette toute nouvelle création du Théâtre Le Carrousel a certainement plusieurs points forts, mais aussi quelques faiblesses.

L'idée du metteur en scène, Gervais Gaudreault, de recréer sur scène les images du livre plutôt que celles du film est tout à fait appropriée. La scénographie est au plus simple, se résumant au lit de la jeune protagoniste, incarnée avec brio par Émilie Lévesque. Petits rires, petites frayeurs, sa voix est superbe et ses craintes font sourire et rire petits et grands. Quelques créatures, manipulées ou interprétées par le comédien Ludger Côté, viendront lui rendre visite, dont un extraterrestre (lorsqu'elle se pose des questions sur la vie et les autres planètes) et un homme-arrosoir (qui symbolise l'homme recyclé et le donneur de vie, quand elle s'imagine tomber enceinte).


Crédit photos : François-Xavier Gaudreault

Monsieur Gaudreault expérimente ici avec le noir et blanc, et respecte ainsi totalement l'ambiance du livre de Michèle Lemieux. Alors que le blanc évoque l'intérieur, le connu, la sécurité (les draps du lit, la lumière autour de la jeune fille, sa robe de chambre, son chien), le noir, lui, l'extérieur : le reste de la chambre, l'inconnu. Un écran translucide sépare la foule de la comédienne, sur lequel on projette en format géant des dessins tirés du livre. Ces projections, créées par Stéphane Longpré, avec le savant éclairage de Dominique Gagnon, permettent à la fillette d’apparaître au beau milieu d'un champ, au travers d’un ciel parsemé de nuages, d'une forêt sans feuilles ou d'éclairs. Visuellement, le résultat est remarquable. L'utilisation d'une trame sonore ambiophonique, spécifiquement lors de l'orage, et concoctée par Diane Labrosse, est saisissante, mais légèrement sous-exploitée.

Par contre, le spectacle s'étire en longueur, malgré les 48 minutes de la représentation. Quelques minutes en moins seraient bénéfiques, surtout si on le compare au film d'animation, qui reprend sensiblement le même texte et qui ne dure que 9 minutes. Le rythme n'en serait que plus naturel, plus resserré et moins onirique. La réflexion de la jeune fille s’en trouverait plus aisée à suivre, à comprendre. Quelques personnages ou accessoires sont aussi difficiles à saisir ou à identifier, soit à cause de l'écran qui les rend flous ou indéfinissables, ou alors le manque de précision dans la narration, qui se contente de suivre les questionnements de la petite. Le choix d'utiliser un français normatif est louable, surtout si le spectacle est présenté à l'extérieur de la province, mais un langage québécois soutenu serait tout aussi apprécié, sinon davantage, pour que les enfants puissent mieux s'associer à la jeune fille.

Nuit d'orage plonge le public au coeur des réflexions universelles et des craintes d'une enfant curieuse, à l'imagination fertile, jusqu’à ce que le jour se lève. Chaque question nous transporte dans la pénombre d’un nouveau tableau, d’une nouvelle esquisse. La mise en scène de Gervais Gaudreault rend hommage au bouquin, tout en continuité avec ses plus récentes créations.

06-11-2010

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