De 2 à 5 ans

La première tétée, les premières odeurs, les premiers pas, les premiers mots, la première neige. Toutes ces premières fois ponctuent la dramaturgie éclatée de cette première fois au théâtre! Glouglou illustre les différentes étapes qui jalonnent, depuis la naissance, le développement des tout-petits comme autant de moments croqués sur le vif. Un spectacle intimiste, bercé par une musique enveloppante.

Une œuvre des plus audacieuses par sa forme novatrice, son contenu original et le très jeune auditoire auquel elle s’adresse!

C’est au cours des nombreuses représentations du spectacle des Petits orteils, qui suscite depuis 1991 l’enthousiasme d’un public de 4 à 8 ans, que le Théâtre de Quartier se découvre un intérêt pour un public encore plus jeune. Puis, l’exploration en ateliers révèle toutes sortes de situations d’une richesse inattendue. Et voilà qu’avec ce nouveau spectacle, la compagnie qui fêtera cette année son trentième anniversaire, poursuit son aventure conjuguant quotidien et poésie, humour et émotion pour un tout jeune public.

Durée de 45 minutes

Lieu de présentation : Théâtre des Gros Becs

Interprétation
Simone Chevalot
Jean-Sébastien Lavoie

Interprétation musicale
Femke Bergsma

Texte
Louis-Dominique Lavigne

Conception du spectacle et Mise en scène
Lise Gionet

Conception scénographique et lumière
Nicolas Descôteaux

Musique
Vincent Beaulne

Costumes
Nadia Bellefeuille

Accessoires
Alain Jenkins

Collaboration au mouvement
Hélène Blackburn

Une création du Théâtre de Quartier

Du 22 septembre au 3 octobre 2004


Crédit photos: Nicolas Descôteaux

par Magali Paquin

S’adressant au public extrêmement jeune que sont les 2 à 5 ans, la pièce « Glouglou » du Théâtre de quartier, présentée au Théâtre des Gros Becs du 22 septembre au 3 octobre 2004, a pur but d’initier les enfants à l’art théâtral en leur parlant d’eux, dans leurs mots. Accompagnée de Jérémy, 4 ans, et de sa maman, m’appuyant également sur ma propre expérience de mère, j’ai tenté de revenir quelques années en arrière…

Axé sur la découverte du monde par l’enfant, les mots « aujourd’hui, c’est la première fois… » constituent la trame par laquelle on rappelle la première tétée, la purée, les coucous de maman, les vilaines peurs, la conscience des autres et du monde extérieur ; bref, toutes ces petites choses qui constitueront désormais l’univers des bambins, mais qui sont à chaque première fois une grande révélation sur la vie. Évoluant dans une atmosphère tout en tendresse, le petit Fred (Jean-Sébastien Lavoie) prend peu à peu conscience de ses sens, de lui, des autres, est transporté par toutes sortes d’émotions et sort vainqueur de grands défis. Sa maman, son papa et sa petite voisine (tous joués par Simone Chevalot) sont quant à eux auprès de lui au cours de ces étapes marquantes.

Les enfants constituent un public exigeant, surtout lorsqu’ils sont en si bas âge : difficile de ne pas se tortiller sur son siège et de rester silencieux aussi longtemps. Après une demi-heure de spectacle, l’attention s’était déjà relâchée de beaucoup. Quelques surprises et scènes amusantes ont toutefois permis de les concentrer de nouveau sur l’action pour une quinzaine de minutes qui n’aurait pas pu être étirée plus longtemps. La chose est d’autant plus difficile qu’il s’agit d’une pièce qui ne fait pas directement interagir les enfants avec les acteurs. Ici, pas d’animation de foule, pas de spectacle de clown, ni de tours de magie. Si les bambins participent, c’est d’eux que provient l’élan : en nommant les animaux imités, en répétant des mots, en rigolant des simagrées des personnages. Une première incursion dans le théâtre traditionnel qui peut être ardue pour certains, tous les enfants ne supportant pas aussi aisément d’être sur le mode contemplatif pendant 45 minutes. Mais une première incitation à réfléchir, aussi, sur des sous-entendus qui ont soulevé les interrogations de mon jeune invité : pourquoi les parents pleuraient ? Voilà une bonne amorce pour expliquer à son enfant les chagrins incompris des adultes…

Pour leur rendre l’expérience plus agréable, on a amassé le jeune public sur la scène, en demi-cercle autour de l’espace scénique. En plus de favoriser leur intégration au spectacle, on renforce par là l’atmosphère de cocon tout chaud tout rond dans lequel baignent les personnages. La qualité de la mise en scène de Lise Gionet témoigne d’un respect envers les bambins : c’est pas parce qu’on est petit qu’on ne pas voir de grandes choses ! En utilisant un voile diaphane monté sur une tringle circulaire, en exploitant l’éclairage pour jouer avec les transparences ou simuler un arc-en-ciel, en extirpant d’une structure de bois des trouvailles de toutes sortes, on leur fait cadeau d’une belle expérience théâtrale. La rythmique gestuelle prend aussi une grande importance et a d’ailleurs retenu l’attention de mon petit invité, de même que la répétition des mots « glou glou », qui, en plus de l’amuser, le ramenait à des images connues (boire de l’eau, la douche, etc.). Pour ajouter à la douce ambiance qui règne sur scène, une flûtiste (Femke Bergsma) se fond dans le jeu tout en demeurant hors de l’action et assure une bonne partie de la trame sonore. Tous sont de blanc ou de beige vêtus, avec superposition de tissus leur donnant un air angélique et quasi aérien. Par contre, pour aider les bambins à mieux départager les différents personnages, des accessoires plus caricaturaux qu’esthétiques auraient pu être favorisés pour minimiser les incompréhensions.

« Glouglou » comporte aussi une part d’audace, que ne pourront s’empêcher de noter les spectateurs adultes. Les interactions entre personnages ont le mérite d’être extrêmement proches de la réalité ; maman fait des prouts sur la bedaine de fiston, elle le touche et le cajole avec tendresse. Mais si les adultes comprennent que l’homme assez costaud que voilà joue le rôle d’un bébé, les bambins, eux, ne peuvent le considérer comme un des leurs. « Qu’est-ce qu’il fait, le monsieur ? », ais-je entendu dans la salle. Un acteur au corps plus chétif aurait peut-être permis de mieux rendre cette personnification aux yeux du jeune public. L’audace, pour le regard adulte, vient de cette proximité du corps entre les acteurs, entre autres dans la scène où l’enfant/homme tète véritablement le sein de sa mère. On ne peut s’empêcher d’y voir ce que je me permets de qualifier comme un « érotisme naïf », touchant beaucoup plus que choquant, mais qui laisse tout de même surpris par sa témérité.

Très belle initiation au théâtre traitant de sujets que connaissent tous les enfants, « Glouglou » relève bien le défi que se sont lancé les membres du Théâtre de quartier. Et pour l’adulte que je suis, il m’est maintenant possible d’affirmer : « aujourd’hui, c’est la première fois »… que j’assiste à une pièce d’une aussi belle qualité pour un aussi jeune public!