Une demi-finale entre deux eaux

par | 21 mai 2014

Par Daphné Bathalon

Malgré les couleurs de feu des deux équipes combattant ce lundi 19 mai pour une place en finale, la rencontre entre les Rouges et les Oranges n’a pas donné lieu aux grands éclats attendus d’une demi-finale. Dans un affrontement parfois échevelé, mais souvent brouillon, les improvisateurs ont mis une bonne période à s’échauffer avant de donner la pleine mesure de leur talent.

P1030057Lancé par une mixte au titre le plus improbable de la saison, Mon veau vaut vos veaux, le match a démarré cahin-caha avec Réal Bossé (Oranges) et Diane Lefrançois (Rouges) jouant un père et sa fille, et Louis Courchesne (Oranges) en veau plutôt bruyant. C’est d’ailleurs la pantomime et les grimaces de celui-ci qui ont permis aux Oranges d’ouvrir la marque. Une impro que l’arbitre Simon Rousseau a invité les équipes à vite mettre derrière elles… L’arbitre n’a d’ailleurs pas semblé plus enclin à la clémence lors de cette demi-finale que tout au long de la saison, décernant une punition aux deux équipes dès la deuxième impro, une comparée, pour non-respect de la catégorie, estimant que le style documentaire de Ken Burns (que peu semblaient connaître sur scène et dans la salle) n’était pas respecté, en dépit de propositions plutôt intéressantes.

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P1030078L’intérêt du public a monté d’un cran en fin de période avec Des perles sur le balcon, une mixte chantée par Marie-Soleil Dion (Oranges) et Ève Landry (Rouges) — un duo vraiment payant —, dans la peau de deux femmes pleines de haine et de jalousie. En remportant la dernière impro de la période, les Rouges ont pu se ménager une avance de deux points.

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La deuxième période a été difficile pour les Oranges qui ont manqué de rythme. À quelques reprises, leurs comparées ont souffert d’une faiblesse de structure et d’un mauvais chronométrage (d’autant plus évident dans une impro de 30 secondes), donnant raison à l’analyste Christian Vanasse qui soulignait que les Oranges avaient eu du mal à s’imposer sur la patinoire en saison régulière. L’équipe n’a pourtant pas été en panne de bonnes idées, mais elles ont été mieux développées lors des mixtes. C’était le cas pour l’impro Les phylactères philosophiques qui a offert un bon moment de délire BD. Réal Bossé et Ève Landry y ont tenté d’échapper à leur case, où toutes leurs pensées s’étalaient au grand jour sous forme de bulles, pour explorer d’autres univers et finalement se rendre compte qu’ils étaient mieux dans leur case d’origine. L’impro a permis la découverte de quelques styles et a même donné lieu à une rencontre cocasse avec Archie. De beaux échanges et clins d’œil entre les joueurs. Bien qu’ils aient remporté le point de cette impro, les Oranges ont dû composer avec une troisième punition qui les a contraints à accorder un point supplémentaire à leurs adversaires, qui ont ainsi maintenu leur avance.

P1030099Heureusement, la troisième période s’est présentée sous un meilleur jour pour les Oranges. Les improvisateurs des deux équipes ont offert un excellent spectacle avec une improvisation de 16 minutes, à peine entamée en fin de deuxième période. Marie-Soleil Dion et Simon Boudreault, tous deux décidément très en forme, ont ouvert le bal d’une impro à plusieurs couches, sorte de kaléidoscope d’histoires se déroulant toutes sur La berge du titre. Quatre tandems se sont formés au fil d’histoires tendres, touchantes et poétiques… et une plutôt burlesque, qui détonait de l’ensemble. Les improvisateurs ont joué à un jeu dangereux en cherchant à superposer toutes les histoires, mais le résultat était convaincant.

Les deux équipes ont eu l’occasion de donner le meilleur d’eux-mêmes en fin de match dans une dernière improvisation, une comparée de huit minutes. Ils ont proposé des univers totalement différents, mais tous deux décalés. Du côté des Oranges, deux snobinards amateurs de tapis humains, incarnés par Courchesne et Dion, se sont retrouvés pris à leur propre piège, tandis que du côté des Rouges, des amoureux contrariés et difformes, l’un bossu l’autre énorme, complotaient pour éliminer leurs parents. Le public a eu bien du mal à trancher entre les deux belles improvisations, l’arbitre a dû demander l’aide des juges de ligne pour compter les cartons. Les Rouges ont finalement remporté leur place en finale à l’arraché avec une différence d’à peine une trentaine de votes.

P1030082Les Rouges, que l’analyste Christian Vanasse qualifie d’équipe « la plus intrigante » cette saison, ont su imposer leur rythme et leur style tout au long de la demi-finale, ne se laissant pas aller à la panique lorsque les Oranges ont égalisé la marque en toute fin de partie. Au contraire, l’équipe, menée par Jean-Philippe Durand, a su garder le cap avec un style bien équilibré entre humour et émotion, et ce, malgré le handicap d’un joueur en décalage horaire, Jean-Michel Anctil revenant tout juste de voyage.

Ils affronteront les Verts le 26 mai à 19 h au Club Soda pour tenter de mettre la main sur la mythique Coupe Charade. La remise des trophées individuels aura lieu le même soir.

Les étoiles de la rencontre

Première étoile : Ève Landry
Deuxième étoile : Simon Boudreault
Troisième étoile : Marie-Soleil Dion

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Photo : Hugues Hugues Photos

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.