Un rêve en paillette – Entrevue avec Joëlle Bond et Ann-Sophie Archer

par | 18 janvier 2013

par Geneviève Décarie

Joëlle Bond et Ann-Sophie Archer en sont à leur deuxième collaboration au théâtre. Après Le cardigan de Gloria Esteban, c’est Joëlle Bond qui enfile le chapeau de metteur en scène pour la création sur laquelle elle a buché pendant cinq ans. Rencontre avec deux amies, complices et collègues de travail hors du commun.

L’idée d’un tel spectacle est partie de quoi ou de qui?

Joëlle Bond : En fait, c’est parti d’un livre, qui est justement dans le décor, et qui s’appelle Charme cours de personnalité féminine. Ce livre date de 1968, c’est donc ce qui a inspiré l’ambiance rétro tout au long de la pièce, même si certains tableaux se déroulent aujourd’hui.
Ma famille m’a aussi beaucoup inspirée, particulièrement ma mère. Elle n’est pas un personnage en particulier, mais un peu de tout. J’ai également trois tantes et une grand-mère assez colorées qui m’ont donné beaucoup d’inspiration. Charme c’est un hommage aux femmes de ma famille, mais aussi à mes comédiennes dans la pièce. Elles m’ont en effet beaucoup inspirée, car ce sont mes amies dans la vie. Pendant que j’écrivais, j’avais leur voix dans la tête.

Le processus a été de longue haleine, soit près de cinq ans…

J.B : J’avais commencé à écrire Charme au Conservatoire et lorsque j’en suis sorti en 2008 j’ai décidé de la terminer. On a aussi fait une présentation au Chantier du Carrefour international de théâtre en 2009. Ensuite, on a eu la chance de faire une lecture impression d’ici au Périscope, c’était l’un des prix qui venait avec la bourse Première œuvre que la pièce a obtenue. Entre temps, j’ai fait Le cardigan avec Ann-Sophie et maintenant on est rendu, enfin, à la présentation de Charme.

Ann-Sophie Archer : Je trouve aussi que c’est enrichissant de travailler sur un long moment et de faire des pauses. On a travaillé par périodes. Les personnages se sont enrichis au fil du temps, parce que les comédiennes aussi ont changé en cinq ans.

Pourquoi avoir voulu mettre à l’avant-scène la beauté féminine?

J.B : Parce qu’on n’y échappe pas. Toutes les filles réfléchissent encore à tout cela. Le monde rit, ils se disent que les cours de personnalité féminine ça n’a pas de bon sens, que les conseils qu’ils donnent sont épouvantables. Pourtant, cette semaine, je regardais l’émission  « Le trésor en moi » du canal Mademoiselle et c’est la même chose, mais dit différemment. Ce n’est pas pour autant une mauvaise chose, il y a plein de conseils qui ne sont pas totalement inutiles. On juge souvent en disant que nous, on n’est pas comme ça, on n’est pas superficielle. Ce n’est pas vrai. On met toutes du rouge à lèvres, on se coiffe toutes les cheveux à Noël et on va toutes chez le coiffeur. Il y a quelque chose qui porte à la réflexion, car c’est un grand mensonge de se faire croire qu’on n’est pas comme ça. Même les gens qui sont un peu hippies travaillent leur image. Ce n’est pas un manque d’intelligence, on veut juste que les gens nous voient comme nous on se voit.

Quel a été le plus gros défi de ce spectacle?

J .B : Mettre cet univers-là en scène, le faire voir aux spectateurs. C’est tellement intense et coloré. Tout au long du processus, on a beaucoup travaillé dans le réalisme et là, on voit le produit final dans un environnement super intense avec des éclairages fluo. Il fallait rendre ça fluide, il fallait que ça passe vite, que ce soit comme un rêve.

Vous en êtes à votre deuxième collaboration. Comment cette expérience s’est-elle déroulée?

J.B : Ça s’est très bien passé. Dans Le Cardigan c’est Ann-Sophie qui faisait la mise en scène et moi je jouais dans la pièce. Au fond, je trouve ça beaucoup plus facile de mettre en scène mon texte que de le jouer. Je ne crois pas que je vais en rejouer un, c’est une expérience très difficile et douloureuse, parce qu’on se remet toujours en question. Maintenant, en tant que metteur en scène, je vois d’un œil extérieur. C’est plus stressant, mais j’ai pu exercer beaucoup de contrôle sur ce spectacle-là. Quand t’es dans la pièce, tu ne vois pas ton spectacle et c’est difficile de ne pas savoir comment les gens réagissent.

A-S. A : C’est drôle, parce que j’ai été l’œil extérieur pour Le cardigan et en même temps je mettais en scène les mots de Joëlle. On est capable de se parler sans se manquer de respect. Aujourd’hui c’est moi qui joue et c’est une expérience différence, mais tout aussi agréable que la première fois.

Était-ce difficile de travailler avec une équipe de filles et d’amies?

J.B : Ça a super bien été, même si ça pouvait être difficile. Les choses se règlent alors de façon très féminine, donc dans les larmes et les « je m’excuse » (rires). On se parle beaucoup, parce qu’on est des amies et que notre amitié passe avant tout. C’est déjà arrivé que nous n’ayons pas répété parce qu’une d’entre nous ne feelait pas et qu’on a parlé à la place. Parfois je leur donnais le choix de faire ce qu’elles voulaient et elles me demandaient ce que moi je désirais. Je voulais qu’elles fassent ce qu’elles aimaient le mieux, pour qu’elles se sentent bien, qu’elles soient fières de jouer ça. De toute façon, elles ne se gênaient pas non plus pour me le dire si elles n’étaient pas contentes. Je crois sincèrement que dans notre cas, l’amitié a été un avantage, un atout. On est toutes des filles ayant un caractère très fort, on se parle et on est capable d’avoir des sautes d’humeur, mais il y a toujours un grand respect entre nous. Je suis contente qu’elles jouent avec moi. Il n’y a pas de compétition, parce que nos liens remontent à plus longtemps.

A-S.A : On est capable de se dire les vraies affaires et je ne trouve pas que c’était mêlé d’une mauvaise façon dans le travail. Par exemple, avec celle qui fait ma fille dans la pièce, on a vraiment notre petite bulle mère-fille. Parfois, on se parle même de façon assez maternelle. Ça nourrit nos personnages, nos liens, bien au-delà du texte. D’un autre côté, quand une répétition dure trop longtemps, on va déjeuner ensemble et ce n’est pas parce qu’on travaille ensemble, c’est parce que c’est comme ça dans la vie.

Donc ce fut une belle expérience de groupe?

J.B : C’était très spécial, c’est un hommage aux liens qui nous unissent. Je n’avais pas revécu une aussi belle chimie entre toute une équipe depuis le Conservatoire.

A-S. A: En plus, on n’avait pas le stress de la performance, le stress du professionnel. On a seulement donné tout notre cœur.

Charme est à l’affiche de Premier Acte du 15 janvier au 2 février 2013