[Toronto] À la rencontre de l’autre : théâtre pour la très petite enfance au Wee Festival

Par Jean-François St-Arnault

La 4e édition du Wee Festival prenait d’assaut différents lieux de la capitale ontarienne ce printemps. Plusieurs spectacles en français étaient proposés dans une programmation destinée principalement à la très petite enfance. Les bouts de chou entre 0 et 6 ans étaient conviés une fois de plus à la découverte du théâtre. À l’extrême ouest de la Ville Reine, à Etobicoke, l’Assembly Hall a vibré du 11 au 20 mai sous le tonnerre des cris de joie. Deux spectacles ont retenu notre attention.

Mokatek et l’étoile disparue

Mokatek et l’étoile disparue est un joli conte autochtone pour les 2 à 6 ans. C’est un spectacle sous la tente, dans lequel le public assiste à la quête du petit Mokatek qui a perdu son étoile. Chaque soir avant de s’endormir, notre ami raconte sa journée aux étoiles, mais, un soir de pleine lune, sa préférée, l’étoile du Nord, a disparu. Avec l’aide du corbeau, de l’esturgeon, de l’ours et de l’orignal, Mokatek la retrouvera en parcourant les quatre coins cardinaux.

Dave Jenniss, qui interprète et manipule la marionnette de Mokatek, partage la scène avec Élise Boucher-DeGonzague, conteuse et musicienne qui interprète Pojinskwes, l’esprit des sons qui guide Mokatek dans son aventure. Sur le rythme du tambour et des chants abénaquis, une grande solennité et une grande douceur se dégagent de leur jeu. L’utilisation de la langue anishinabe qui s’entremêle au français contribue grandement à l’atmosphère sacrée composée par la musique, l’espace intime et l’odeur de sauge. Les marionnettes, les masques et les différents instruments de musique traditionnelle s’intègrent à la scénographie de sorte que la tente devient tout un univers en symbiose dans lequel la gentillesse, le respect et la douceur sont autant de clés qui permettront le succès de cette première quête initiatique.

Le public montréalais aura la chance de découvrir Mokatek et l’étoile disparue à la Maison Théâtre du 18 au 29 septembre 2019 (voir la fiche sur MonTheatre).

Crédit photo Marianne Duval

Mwana and the Turtle’s secret

Dans un tout autre registre, le Théâtre à l’envers revient à Toronto, mais en anglais cette fois. Mwana et le secret de la tortue était à l’affiche du Spanida Theatre de l’Alliance française, en février dernier. Pour la première fois, le spectacle de Patricia Bergeron et Patience Bonheur Fayulu Mupolonga brûlait les planches dans la langue de Shakespeare dans Mwana and the Turtle’s secret.

L’irrévérencieuse Patsy (Patricia Bergeron) rend visite à son ami Patience. Elle adore les mangoustans. Elle est un peu gourmande. Patience, qui la surprend à voler un fruit, profitera de l’occasion pour lui raconter l’histoire de Mwana. Cette adaptation d’un conte traditionnel congolais transporte le public de 4 à 8 ans dans un tourbillon clownesque alliant le théâtre d’ombre et d’objets. Sans vouloir divulgâcher, il y a un monstre. « I’m scared Mommy », avoue discrètement une jeune spectatrice à la vue de gigantesques ombres. Quel plaisir toujours renouvelé de voir un public en feu répondre en chœur « She’s there!!! She’s there!!! » à la question « Where is she? »

Le jeu comique des deux interprètes est en complet unisson. Lazzi, points fixes, pirouettes et quolibets sont au rendez-vous. Les duos chantés sont aussi magnifiquement harmoniques. En ce qui a trait au texte, l’accent des deux acteurs et la complexité du vocabulaire ont parfois rendu la compréhension laborieuse. La méconnaissance du « mangousteen » par exemple, ce fruit africain qui joue un rôle primordial dans le conte peut causer une certaine étrangeté. Le public cible, lui, ne semble cependant pas s’en soucier. Il participe au quart de tour et comprend plus rapidement que les adultes qui l’accompagnent.  

Crédit Michel Pinault
Catégorie : Critiques Étiquettes : , ,

A propos Jean-François St-Arnault

Acteur et marionnettiste au parcours atypique, Jean-François St-Arnault est diplômé de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil jeu). Il a fondé le Petit Théâtre International à Trois-Rivières qu’il a dirigé de 1999 à 2008. À Montréal, on a pu le voir dans L’Inspecteur Specteur et le doigt mort, de Ghislain Taschereau. Ce sont principalement les arts de la marionnette qui ont occupé son XXIe siècle. Après avoir vécu la vie de tournée avec différentes compagnies de Montréal et de Mexico, il s’installe en 2014 dans la région du Grand Toronto pour initier la jeunesse franco-ontarienne au théâtre et à la marionnette. Depuis 2018, il entreprend des études supérieures en traductologie au Collège Glendon de l’Université York.