Simplicité et passion – entrevue avec Monia Chokri pour Peepshow

par | 4 septembre 2015

par Gabrielle Brassard

MonThéâtre a rencontré Monia Chokri, qui reprendra dans quelques jours « Peepshow », de Marie Brassard, sur les planches d’Espace Go.

Monia Chokri - crédit photo Maude Chauvin

Monia Chokri – crédit photo Maude Chauvin

« Quand Marie Brassard t’appelle pour te donner son solo, c’est pas mal impossible de dire non » s’exclame la comédienne. Attablée sur la terrasse de la Casa Del Popolo, juste en face d’Espace Go, duquel elle sort d’une répétition, Monia Chokri parle avec passion du défi qui l’attend. « Je crois que je n’aurais jamais dit oui à un solo dans ma vie si ce n’avait pas été de Marie. Mais Marie qui m’appelle pour m’offrir ça, je suis obligée de dire oui, je n’avais comme pas le choix. Je lui ai dit que la peur n’était pas un moteur pour dire non à ce projet », raconte-t-elle.

Ce solo fut d’abord interprété par Brassard elle-même, en 2005, après une résidence de création à l’Usine C. Son auteure a décidé, pour la reprise, de passer le flambeau de l’interprétation : « Je crois qu’elle [Marie Brassard] aime bien être dans un rôle de metteure en scène. Je pense qu’elle avait envie de revisiter son œuvre, et qu’elle avait aimé son expérience dans ce rôle, et avec moi, avec La Fureur de ce que je pense (2013, Espace Go) ».

Malgré que Peep Show soit un solo, l’actrice, que l’on voit aussi bien au théâtre, au cinéma (Les amours imaginaires) et à la télévision (Nouvelle adresse), tente de ne pas trop se laisser intimider par la pression : « Je me dis que si Marie et Espace Go pensent que je suis capable de le faire, c’est que je dois en effet en être capable. Et j’aime beaucoup Marie. Je la trouve très intelligente, et elle est probablement la femme que j’admire le plus en théâtre au Québec ».

Peepshow raconte un chagrin d’amour à travers les yeux de Beautiful, qui interprète sa peine à travers plusieurs personnages : un enfant, un homme, une femme. Pour les incarner, Brassard et Chokri travaillent principalement les voix, à l’aide de micros et de processeurs. « Il y a un aspect très technique dans le spectacle, ce qui m’enlève un certain stress. On travaille vraiment à ce que l’oeuvre soit la plus intéressante et limpide possible, et surprenante pour le spectateur, plutôt que dire « vous allez assister à une grande performance », explique Chokri.

Plusieurs choses lui ont plu dans le texte. « C’est un chagrin d’amour, mais le personnage qui le raconte est étrange. C’est un personnage qui pense que le monde peut avoir d’autres perspectives que ce qui lui est offert, qui est excentrique, mais qui vit quelque chose d’universel. J’aime l’idée que le spectateur puisse s’identifier à un personnage différent. Je trouve ça assez beau, et je pense que le théâtre permet ça, une identification forte à des états, à des sentiments, malgré les différences de personnalités. »

Le thème conducteur de ce solo est le désir, qui est d’ailleurs la thématique choisie par Espace Go pour toute sa saison. « Il y en a beaucoup dans le texte, donc pas besoin de le jouer forcément. C’est dans les rythmes et dans l’histoire de la peine d’amour. Parce que c’est ce que c’est, un chagrin, surtout d’amour. C’est le désir de l’autre qui nous est dérobé », raconte Chokri, qui ajoute s’être à la fois inspirée d’histoires personnelles et de « crooners », comme Sammy Davis Junior, ou James Dean, pour les voix d’hommes et le reste du texte.

Le plus grand défi de l’actrice, c’est de trouver son plaisir à jouer. « Je me mets beaucoup de pression, et le travail de scène n’est pas toujours un passage facile pour moi. J’essaie vraiment de laisser aller, de trouver des projets dans lesquels je suis bien », confie Chokri. Grâce à une belle communication avec Brassard et à une équipe de collaborateurs solides autour d’elle, l’actrice se sent en confiance.

Elle souhaite que les spectateurs se sentent apaisés en écoutant l’histoire de son personnage.

« Ce qui est intéressant avec Marie, et c’est quelque chose que je crois qu’elle a gardée de son travail avec Robert Lepage, c’est qu’on est vraiment en processus. Si ce n’est pas exactement la musique parfaite le soir de la première, ce n’est pas grave. On va continuer et s’ajuster, comme pour le reste », explique Chokri, qui apprécie la liberté et la latitude que lui permet sa metteure en scène. « J’ai peur d’oublier mon texte, comme tout le monde. Je crois qu’à part ça, rien ne peut m’arriver vraiment », conclut l’actrice en riant.

Peepshow, du 15 septembre au 10 octobre 2015
http://www.montheatre.qc.ca/archives/04-espacego/2016/peepshow.html