Séraphin ou le capitalisme revisité – entrevue avec Frédéric Dubois

par | 23 novembre 2013

par Gabrielle Brassard

Rarement nous n’aurons entendu parler autant d’économie au théâtre que cette année. Après Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui abolirait la fête de Noël, texte de Michael MacKenzie, traduit par Alexis Martin, monté plus tôt cet automne au Théâtre d’Aujourd’hui, ce dernier s’est attaqué à Viande à chien, présenté ces jours-ci à l’Espace Libre.

Jonathan Gagnon, Frédéric Dubois et Alexis Martin - crédit photo Guillaume Saur

Jonathan Gagnon, Frédéric Dubois et Alexis Martin – crédit photo Guillaume Saur

Ses collègues auteurs, Jonathan Gagnon et Frédéric Dubois, ont choisi de revisiter la célèbre œuvre de Claude-Henri Grignon, Séraphin, un homme et son péché. Croisement entre l’histoire de cet homme méchant et avare et celle des économistes Gilles Dostaler et Bernard Maris, Capitalisme et pulsion de mort, Viande à chien se veut une critique du capitalisme sur fond de fable québécoise.

« Même s’il s’agit d’une vieille histoire, la fable fonctionne encore vraiment bien, et est tout à fait d’actualité dans le contexte présent, où notre économie est corrompue et pleine de bandits», affirme Frédéric Dubois, coauteur et metteur en scène de la pièce.

Après avoir adapté La Cerisaie de Tchekhov cet automne, Dubois continue d’expérimenter dans le style « classique modernisé ». Celui dont les mises en scène pour Ha Ha!… de Réjean Ducharme et Zazie dans le métro ont été applaudies, joue pour la première fois les rôles d’auteurs et de metteur en scène en même temps. « C’est en effet une première pour moi. On a fait beaucoup de recherche avant de se mettre à l’écriture ; faire les deux en même temps a été intéressant. Les images de la mise en scène se constituaient dans ma tête au fur et à mesure que le travail d’écriture avançait », explique Dubois.

Viande à chien s’avère être plus qu’une critique, elle veut aussi poser des questions. Y a-t-il une vie après le capitalisme? Peut-on y survivre? Comment? À travers les personnages de Donalda et de Séraphin, sur fond de discours économique, les questions de l’époque se posent encore. Un homme vient-il avec son péché? Est-il possible de résister à l’appât du gain dans notre société capitaliste axée sur le profit? « On ne se veut pas moralisateurs par contre. On est critique du système, mais on fait vraiment passer ça par les personnages, sans dire aux gens quoi penser ou quoi faire. On veut apporter la réflexion pour que le public tire ses propres conclusions », explique Dubois.

Viande à chien, juron préféré du vieil avare Séraphin Poudrier, est présenté par le Nouveau théâtre expérimental à Espace Libre jusqu’au 6 décembre.