Savoir compter – Les mathématiques appliqués aux relations

par Geneviève Germain

MonTheatre couvrira cette année quelques lectures du JAMAIS LU 2015, voici la critique de Savoir compter.

Quand les mathématiques rencontrent le monde complexe des relations amoureuses, rien ne va plus. Dans Savoir compter, on ne sait plus quoi, comment, ou sur quoi compter. Lorsque de jeunes amoureux se retrouvent au cœur d’une histoire de trahison, les variables s’entremêlent et le résultat est dramatique.

La jeune auteure Marianne Dansereau, fraîchement diplômée de l’École nationale de théâtre du Canada (2014) et lauréate du Prix du CEAD du texte le plus prometteur pour sa première pièce intitulée Hamster (Zone Homa, 2013),  offre avec Savoir compter  un texte original et savoureux. Original car la trame narrative est déconstruite, naviguant entre le présent, le passé et le monde imaginaire. Savoureux car il utilise des mots crus et présente des personnages forts en émotions. L’amour, la sexualité et la vengeance sont des thèmes abordés sans détour et vécus pleinement par les personnages. Le texte présente également un humour un peu trash qui mise sur les caractéristiques particulières des personnages.

Les mathématiques servent de toile de fond à l’histoire qui nous est présentée. Au début de la pièce, dans un monologue de La fille qui se demande «Combien?», cette dernière se confond en interrogations et hypothèses pour obtenir une réponse simple à la question «Combien?» ; on finit par comprendre que le chiffre qu’elle recherche est en fait le nombre de fois que son ami de coeur l’a trahie. La question «Combien?» découle d’ailleurs d’autres événements qui sont présentés par après. Dans l’univers mathématique créé par l’auteure, le public doit lui-même reconstruire l’équation pour comprendre l’intrigue et saisir le résultat.

JamaisLu4mai-7596_copieLa mise en lecture de Geoffrey Gaquère s’avère simple, avec les sept interprètes des personnages alignés devant des chevalets et un écran comme toile de fond, qui projette les titres des différents actes de la pièce : L’hypothèse, Multiplier, Diviser, L’inconnu(e), Soustraire, Additionner et Le résultat.  Entre les personnages aux noms évocateurs, tels La fille qui compte sur ses doigts, Le gars qui a cessé de calculer ou encore Le gars de chez Vidéotron qui cruise les filles en file au McDo, et la narration qui dépeint les mises en situation tout en commentant l’action avec beaucoup de répartie, le texte ne présente aucun temps mort et invite habilement le public à demeurer attentif jusqu’à la toute fin.

La salle était comble pour cette première lecture devant public du texte de Marianne Dansereau et il a suscité bien des rires dans la salle. Les interprètes Alex Bergeron, Catherine Chabot, Violette Chauveau, Joanie Guérin, Simon Landry-Désy, Gabrielle Lessard, Sébastien René et Maxime René de Cotret ont tous réussi à apporter des couleurs particulières à chacun des personnages. Même si on peine un peu à recoller les morceaux de l’histoire à la fin de la présentation pour en faire un tout, Savoir compter est un texte qui sait surprendre et déstabiliser pour le plus grand plaisir du public qui semblait conquis au sortir de la salle.