Satrangi : Les lumières de l’Inde

par | 27 novembre 2012

par Sara Fauteux

Après Poutine Masala, présenté au Mainline au printemps dernier, Deepali Lindblom propose Satrangi: Seven Stories of Light, au Bain St-Michel. J’ai pu la rencontrer pour discuter de son travail et de sa vision de la danse et du théâtre d’ici et d’ailleurs.

Satrangi est une production multidisciplinaire qui combine la danse, le conte et la vidéo. Dans ce spectacle, Lindblom partage avec son auditoire sept histoires vraies, de L’Isle-aux-Coudres à une zone de guerre bosniaque. Pour elle, chacune de ces histoires est porteuse se lumière et touche notre humanité intérieure. À l’instar du théâtre de rue indien, sa vision du théâtre se rapproche beaucoup du conte et implique un lien très intime avec le public. Ces histoires ne seront pas jouées, mais bien racontées par elle-même et dansées par les quatre danseurs qui partagent la scène avec elle.

Deepali Lindblom est formée comme danseuse de Kathak, une danse classique indienne. Elle est également actrice et chorégraphe de Bollywood et de Bhangra. La danse indienne est un univers très particulier : on y dénombre une quantité phénoménale de formes et de styles, et chacun d’eux possède une signification plus ou moins sacrée pour le peuple indien. En Inde, l’univers de la danse est régi par des règles très strictes qui ne permettent pas à tous de pratiquer la danse, encore moins la danse traditionnelle. Pour danser, il faut être issu d’une famille de danseurs et apprendre cet art auprès d’un gourou qui nous confère le droit et la crédibilité pour le pratiquer. Pour Deepali Lindblom, le fait de collaborer dans Satrangi avec des danseurs qui ne sont pas à priori initiés aux danses indiennes n’est donc pas fortuit.

La danseuse indienne établie à Montréal souhaite démocratiser cette forme d’art afin de la rendre accessible à tous. Cette démarche est tout à fait en accord avec la vision de l’art et de la culture en général qu’elle préconise. Deepali Lindblom travaille avec acharnement pour faire découvrir à son public de nouvelles cultures et des traditions provenant de partout autour du monde. Par exemple, Satrangi est présenté dans la continuité des festivités hivernales qui sont célébrées à Montréal. Nous connaissons tous Noël et Hanoukka, mais les Montréalais fêtent aussi Diwali (Inde), Santa Lucia (Scandinavie), Los Posadas (Mexique), Kwanzaa (Afrique)…

Pour le spectacle Satrangi, la créatrice fusionne des styles de danse indienne traditionnels et contemporains. Si Bollywood a permis au public occidental de se familiariser avec une des formes de la danse indienne, que savons-nous de la danse contemporaine qui se pratique aujourd’hui en Inde ?  Est-ce que la danse indienne évolue de la même manière que la danse contemporaine en Europe et en Amérique du Nord?

Deepali admet que son travail est très différent de ce qu’elle voit sur les scènes montréalaises. En théâtre comme en danse, les spectacles qu’elle voit lui semblent souvent statiques, très introspectifs et parfois réellement sombres. De son côté, elle travaille dans univers de couleurs et de lumières qui vise à stimuler constamment le public. La danse indienne se construit autour d’une histoire et d’une narration très simple et très littérale ; même les formes plus modernes de danse indienne sont à des années-lumière de celles plus abstraites des créations occidentales.

Notre conversation m’a rendue très curieuse de découvrir son travail. Sa démarche artistique très personnelle et son héritage culturel semblent marquer son travail de manière très forte et je n‘ai aucun doute que l’expérience de son spectacle sera très différente de celles que je vis habituellement à Montréal. En tant que spectatrice de théâtre contemporain, les spectacles conçus autour d’évocations abstraites et des plus obscures croisent très souvent mon chemin. En ce mois de décembre, je ne dirai certainement pas non aux couleurs et aux lumière que me promet Satrangi : Seven Stories of Light.

Satrangi : Seven Stories of Light, du 28 novembre au 9 décembre 2012, Bain St-Michel