S’ancrer dans le Jamais Lu – entrevue avec Marcelle Dubois

par | 30 avril 2015

par Gabrielle Brassard

À l’aube du début de la 14e édition du Festival du Jamais Lu, qui commence ce vendredi 1er mai, MonTheatre s’est entretenu avec sa fondatrice, Marcelle Dubois.

Cette année, c’est sous le thème « S’appartenir » qu’est articulée la quinzaine de textes, qui s’étaleront sur 10 jours. Thème vaste s’il en est un, « S’appartenir » sera décliné en plusieurs sous-thèmes : s’appartenir en tant que peuple, en tant qu’individu, en tant que territoire distinct. Il s’agit également du titre du spectacle d’ouverture, dans lequel les femmes sont à l’honneur.

Mais pourquoi ce thème? « Au départ, c’était que le nom du spectacle d’ouverture, créé avec Brigitte Haetjens et Anne-Marie Olivier (également présenté au Trident à Québec et au Théâtre français du CNA). Puis, en choisissant les textes de la programmation, on s’est aperçu que le thème s’appartenir s’imposait et s’intégrait tout à fait bien comme ligne éditoriale générale du Jamais Lu de cette année » raconte Marcelle Dubois.

Elle confie également que le fait de ne choisir que des femmes pour interpréter ce spectacle, qui se veut une parole féminine plurielle, est venu d’un projet précédent. « Durant Jusqu’où te mènera ta langue, le metteur en scène avait innocemment posé la question «Y a-t-il trop de paroles féminines au théâtre» ? Cette question a suscité une réflexion. On s’est demandé : quels espaces existent réellement pour les cerveaux féminins? »

Ce spectacle, qui met en scène Joséphine Bacon, Marjolaine Beauchamp, Véronique Côté, France Daigle, Rébecca Déraspe, Emmanuelle Jimenez, Catherine Léger et Anne-Marie Olivier, parle forcément des femmes, mais aborde les sujets féminins de la même manière qu’il le fait avec n’importe quel autre thème citoyen. Ces thèmes se retrouveront d’ailleurs au cœur de plusieurs textes présentés tout au long de la semaine qui suivra l’ouverture, comme l’exil, ou plutôt le non-exil, dans un texte du même nom (Annick Lefebvre et Olivier Sylvestre), les territoires autochtones (Phase 1 : La cartomancie du territoire de Philippe Ducros) et le combat contre l’envie de disparaître (Ces regards amoureux de garçons altérés d’Éric Noël).

Une codirection logique

jamaislu2015Bien que toujours à la barre du festival qu’elle a créée en 2001, Marcelle Dubois ne cesse de questionner, d’innover, et de renouveler celui ou celle qui l’accompagne dans la programmation de chaque nouvelle mouture de ce festival tout en lectures et en découvertes. C’est le comédien et metteur en scène Justin Laramée que Dubois a choisi cette année pour peaufiner la programmation du festival.

« Justin fait partie du Jamais Lu depuis de nombreuses années, que ce soit en tant qu’auteur ou comédien. Le choisir comme codirecteur artistique était tout naturel. Il vient en plus d’être nommé directeur éditorial de la collection Pièces chez Atelier 10 (maison d’édition de Nouveau Projet), ce qui entrait tout à fait dans les valeurs et la direction artistique du Jamais Lu 2015. Nous avons eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble à la programmation », confie la cofondatrice du théâtre Aux Écuries, qui héberge le Jamais Lu.

La directrice artistique raconte qu’elle observe, à travers ses années au Jamais Lu, que les textes, les thèmes, et les choix des compagnies et des auteurs ont changé. « Il y a 6 ou 7 ans, les thèmes des textes qu’on recevait étaient plus urbains, plus relationnels ; on parlait des nouveaux trentenaires, des relations de couples, etc. Aujourd’hui, c’est un peu plus politique, on sent que les auteurs ont envie de participer au débat public, de communiquer leur parole en réponse à l’actualité, dans une perspective de réflexion collective », affirme-t-elle. Elle ajoute qu’elle retrouve dans la parole des auteurs qu’elle lit un désir de prendre part au débat social, de présenter une réponse à l’actualité, d’ancrer leurs œuvres dans une réflexion sociale.

En plus de sentir qu’il y a de plus en plus de jeunes femmes auteures de théâtre, Marcelle Dubois constate aussi que des compagnies en région réussissent à faire leur chemin : « Il y a 10 ans, c’était compliqué de trouver des compagnies en région et à l’extérieur du Québec. Mais il y en a de plus en plus, et non seulement qui sont situées en région, mais qui en parle aussi dans leur création, comme cette année, avec le texte de la compagnie Poids Plumes, qui vient de l’Outaouais (Comment frencher un fonctionnaire sans se fatiguer). Ça fait du bien ».

Le Jamais Lu se déroule au théâtre Les Écuries du 1er au 9 mai.