Rétro 2015 vu par… Olivier Dumas

par | 28 décembre 2015

L’année 2015 achève… il est temps de jeter un coup d’oeil sur les productions marquantes des 12 derniers mois, avant de se pencher sur les projets prometteurs de 2016.

par Olivier Dumas

L’ordre des dix productions retenues pour les douze derniers mois a émergé au fur et à mesure de la rédaction, sans aucune hiérarchie d’appréciation.

Crédit photo : Gunther Gamper

1. Grande écoute de Larry Tremblay, mise en scène de Claude Poissant, Espace Go

Parmi une distribution solide, Denis Bernard s’est particulièrement démarqué dans l’un de ses meilleurs rôles, de mémoire de critique. Il fut renversant en animateur de talk-show insensible à sa famille et imbu de sa célébrité auprès d’individus fragiles en quête de gloire instantanée. Sous la direction de Claude Poissant, la critique sociale autour du monde médiatique s’est révélée pertinente, juste et particulièrement corrosive.

 

2. Les Fées ont soif de Denise Boucher, mise en scène de Caroline Binet, Balustrade du Monument-National

Notre rédacteur en chef avait qualifié avec justesse de magistrale la langue de Denise Boucher, dans une critique d’une autre production de la même œuvre en 2014 à Québec. À l’hiver 2015, c’est une nouvelle mise en scène conçue par Caroline Binet qui s’est harmonisée parfaitement au texte encore actuel, près de 40 ans après sa création.  L’essentielle parole féministe de l’écrivaine a continué son grondement grâce à trois interprètes douées et à la détermination du Théâtre du Lys bleu.

 

Crédit photo : Pascal Gely

3. Sœurs de Wajdi Mouawad, mise en scène de Wajdi Mouawad, Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

Les précédentes propositions de Mouawad ont été franchement décevantes (dont sa prétentieuse trilogie sur Sophocle, tout comme les insupportables Temps et Ciels). Certaines décisions artistiques avaient suscité la controverse et la réprobation. Pourtant, la présence d’une comédienne remarquable comme Annick Bergeron a permis à cette pièce pour une actrice de s’inscrire parmi ses meilleures réussites dans la lignée de son solo Seuls. Si ma collègue Pascale Saint-Onge avait semblé ne pas apprécier Sœurs, j’y ai trouvé pour ma part une réflexion sensible et ingénieuse sur l’affiliation, la quête des origines et l’altérité.

 

Crédit photo : Yves Renaud

4. La divine illusion de Michel Marc Bouchard, mise en scène de Serge Denoncourt, Théâtre du Nouveau Monde

Sans atteindre la sombre charge poétique de Christine, la reine-garçon, la précédente création du tandem Michel-Marc Bouchard au TNM, La divine illusion a dépeint toutefois avec clarté les entraves à la liberté du Québec d’hier et d’aujourd’hui. Annick Bergeron a livré une bouleversante prestation en mère courageuse. Grâce à une scénographie inspirée, certaines scènes évoquaient parfaitement la tristesse et le sentiment de solitude des tableaux de Jean-Paul Lemieux.

 

Crédit photo : Francis Rhéaume

5. La liberté de Martin Bellemare, mise en scène de Gaétan Paré, Théâtre Denise-Pelletier

L’écriture de Martin Bellemare (Un château sur le dos) a approfondi un enjeu controversé sans manichéisme, et sans l’angélisme ou la mièvrerie qui plombe parfois ce genre de théâtre. Saisissante, elle s’inscrit ici parmi les remarquables œuvres sociopolitiques du répertoire québécois. Grâce à ses acteurs et actrices (une mention spéciale à la sensibilité de Dominique Leduc), Gaétan Paré a offert l’une de ses meilleures mises en scène.

 

Crédit photo : Gunther Gamper

6. On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, mise en scène de Claude Poissant, Théâtre Denise-Pelletier

Habile dans les œuvres contemporaines (Grande écoute), Claude Poissant a démontré surtout une sensibilité impeccable pour rendre aux classiques de la scène toute leur pertinence (dont précédemment, un très bon travail sur Marie Tudor de Victor Hugo). La patine du temps passe, mais les écritures dramatiques perdurent, lorsqu’elles bénéficient d’un traitement scénique adéquat, comme ce Musset exemplaire par sa direction relevée.

 

7. La Robe blanche de Pol Pelletier et mise en scène de  Pol Pelletier, Centre humaniste de Montréal et Société Saint-Jean-Baptiste

Encore pour les représentations de cet automne, le plus récent électrochoc de la grande féministe québécoise a continué de nous transporter dans la tête, le cœur et le corps. La Robe blanche ose démolir nos schémas historiques, et même encore contemporains, d’aliénation religieuse. Avec sa fougue caractéristique, Pol Pelletier livre un plaidoyer pour les femmes, pour un art qui ose sonder les profondeurs de l’inconscient collectif et pour la liberté. À voir et à revoir de toute urgence.

 

Crédit photo : Maxime Pistorio

8. Splendeur du mobilier russe de Bernard Dion et Benoît Paiement, mise en scène de Robert Reid, Espace Libre

Tout comme l’excellent De l’impossible retour de Léontine en brassière, le plus récent spectacle Splendeur du mobilier russe du Groupe de poésie moderne (GPM) mord avec ironie et absurdité dans les mots. Il malaxe des associations à priori loufoques et invraisemblables, mais le résultat séduit aisément l’oreille. Le périple d’un quintette de comédiens égarés entre Châteauguay et Moscou (!) a provoqué des éclats et des stimulations intellectuelles de niveau élevé.

 

Crédit photo : Michel Pinault

9. Le cœur en hiver d’Étienne Lepage, mise en scène de Catherine Vidal, Maison Théâtre

L’année 2015 a donné à la Maison Théâtre quelques perles précieuses supplémentaires : RosépineVipérineToi du mondeCréatures. Pour le Théâtre de l’Œil, cette adaptation du conte de la Reine des neiges avait dans sa manche les meilleurs atouts du répertoire pour la jeunesse : la plume évocatrice d’Étienne Lepage, la mise en scène inventive de Catherine Vidal, d’habiles artisans sur une scène qui déclinait comme enchantement les quatre saisons. Sans forcer la note, Le cœur en hiver a traité de courage et de résilience devant les obstacles qui se présentent sur notre route que l’on soit petit ou grand.

 

Crédit photo : Vivien Gaumand

10. Macbeth de William Shakespeare, mise en scène d’Angela Konrad, Usine C

Après avoir trituré Tchekhov (Variations pour une déchéance annoncée) et Shakespeare (Auditions ou Me, Myself and I), la metteure en scène germano-québécoise Angela Konrad s’est approprié la fameuse «tradaptation» de Macbeth par Michel Garneau. Dans une version déjantée, elle a permis à ses interprètes de se dépasser une fois de plus, dont Dominique Quesnel, stupéfiante dans la folie de Lady Macbeth. Accompagnés de musique bruitiste (noise), certains tableaux ont provoqué de vives réactions par leur beauté formelle ou leur sentiment d’urgence.