Rencontre bilan avec le directeur artistique de la LNI

par | 20 mai 2014

Par Daphné Bathalon

La saison 2014 de la coupe Charade s’achève déjà. Mais, avant la tenue de la grande finale, le lundi 26 mai, MonThéâtre a rencontré François-Étienne Paré, directeur artistique de la LNI depuis six ans et joueur vétéran (16 saisons à son actif!). Nous sommes revenus avec lui sur les changements apportés au jeu cette année et sur l’élimination crève-cœur de son équipe, les Bleus, en saison régulière.

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Photo : Hugues Hugues Photo

Déplacement de la patinoire sur la scène, retrait de l’une des bandes, création d’un rapport frontal avec le public, modification de la prise de son, réalignement des équipes et ajout de commentateurs : de nombreux changements attendaient les amateurs et les joueurs cette année. « Ce qu’on cherchait [avec ces changements], c’était d’avoir des acteurs plus impliqués. » Celui qui parlait en début de saison de « conditions gagnantes en 2014 » pour réinventer le jeu estime que son pari est gagné. « J’ai l’impression qu’on a eu une belle saison avec des impros de qualité. J’ai senti les joueurs mobilisés autour du projet. Les joueurs aiment beaucoup la ligue, ils sont vraiment motivés par ce qu’on fait, mais comme le show a 36 ans, des fois, je sens que ça fait du bien de questionner quelques affaires. »

Le micro, entre autres, était devenu un couteau à double-tranchant, croit M. Paré. « Avec un micro hyper puissant au coin de la bouche, tu n’as pas besoin de projeter, tu n’as pas besoin non plus d’avoir un jeu avec le corps. L’arme de la parole devenait démesurément puissante par rapport à d’autres armes. Pour se faire valoir dans cette patinoire-là, oui il y a la parole, mais il y a aussi le geste et la composition des personnages. […] On essayait de rebalancer tout ça. »

Il est aussi particulièrement content de l’ajout des commentateurs, qui apportent beaucoup au spectacle en dynamisant les moments non joués, comme les caucus, et en faisant le pont entre les périodes. « J’ai vraiment un coup de cœur pour le travail de Christian [Vanasse] cette année. Il travaille sérieusement et arrive préparé. »

Malgré la mobilisation des joueurs et de la ligue autour des changements, François-Étienne Paré admet avoir trouvé le début de la saison difficile en tant que joueur. « J’avais de la misère à sortir de ma tête de directeur artistique parce que ça amenait tellement de questions d’avoir fait ces changements-là que je voulais toujours vérifier que tout le monde était à l’aise, qu’il n’y avait pas trop de tensions. » Il reconnaît aussi qu’il reste encore du travail à faire pour consolider les changements apportés, notamment en renforçant par des ateliers communs l’attachement des joueurs pour le projet.

Photo : Hugues Hugues Photo

Photo : Hugues Hugues Photo

En dépit de résultats très serrés, son équipe des Bleus n’a gagné aucune des quatre parties disputées cette année. « Je trouve quand même qu’on a fait de belles propositions. Il nous manquait peut-être l’œil du tigre, ce qui fait qu’une improvisation qui est bien faite se transforme en une improvisation gagnante sans défaire le jeu. » Est-ce que ne pas s’être montrée assez combative a été la faiblesse de l’équipe? « Oui, mais en même temps c’est un jeu difficile parce que quand on est trop combatif, j’ai l’impression qu’on nuit au jeu. On a été de bons partenaires de jeu pour les autres équipes, on a été de bons improvisateurs pour les spectateurs aussi, on a essayé de soigner ce qu’on faisait et de ne rien laisser tomber. » Lorsque les Bleus ont décidé de s’enlever la pression de la performance pour vivre davantage le moment présent sur la patinoire, les rencontres sont devenues plus plaisantes. « Les deux derniers matchs ont été très agréables. »

Pas amer, François-Étienne Paré souhaite bonne chance aux Verts pour la finale. Il souligne que l’équipe compte de bons joueurs, mais qu’elle pourrait gagner en cohérence. Avec le plus faible taux d’efficacité en comparée (seulement 36 % d’impros comparées gagnées), les Verts auront en effet besoin de travailler sur leurs efforts individuels pour l’emporter sur leurs adversaires. Quant à la demi-finale qui avait lieu le soir de l’entrevue, le vétéran s’est fendu d’une prédiction… « J’ai l’impression que les Rouges pourraient gagner parce qu’ils ont un beau mélange d’humour et de proposition théâtrale. [C’est une] une équipe très complète qui a bien travaillé en mixtes et en comparées. Je ne serais pas étonné qu’ils se retrouvent en finale et gagnent même la saison. » Les Rouges ayant eu le dessus sur les Oranges à la toute fin de la troisième période de la demi-finale, nous pourrons voir lundi prochain si M. Paré a vu juste pour le nom de l’équipe championne de la coupe Charade 2014!

Enfin, la question qui brûle les lèvres des amateurs : reverra-t-on un jour la LNI à la télé? Si François-Étienne Paré ne perd pas espoir, lui qui a animé deux saisons des Grands duels de la LNI à Télé-Québec, il se montre cependant réaliste. « C’est une émission qui coûte cher si on joue vraiment le match, ce sont quatre joueurs par équipe, un musicien, un maître de cérémonie, un arbitre à payer en cachets, plus le décor. » Et puis, confie-t-il, il y a des années où les diffuseurs ne sont tout simplement pas intéressés à présenter de l’impro à la télé. Son prochain défi en tant que directeur artistique? Amener les joueurs en salle de répétition pour qu’ils arrivent sur la patinoire « encore mieux préparés avec des nouvelles façons de jouer ce jeu-là, physiquement mais aussi dans la réflexion […] et dans la création théâtrale. » À suivre… en 2015.

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.