Printemps autochtone d’Art: relier les racines et la contemporanéité

par | 29 avril 2013

par Olivier Dumas

Yves Sioui Durand Crédit Myriam Baril-Tessier

Yves Sioui Durand
Crédit Stefan Ivanov

L’actualité rejoint parfois l’intérêt et l’éveil pour des créations généralement moins médiatisées. Pour le Printemps autochtone d’Art (et non le Printemps d’art autochtone, comme le mentionne d’entrée de jeu son directeur artistique Yves Sioui Durand), les événements des derniers mois s’imbriquent parfaitement dans les intentions de leur démarche pour faire connaître à l’ensemble des Montréalais l’éventail et la diversité des imaginaires des artistes issus de plusieurs communautés des Premières Nations.

« Avec le mouvement de contestation Idle No More et la Commission de vérité et de réconciliation, nous constatons une volonté de transformation et de changement », soutient avec passion Yves Sioui Durand. Dès le 30 avril, et ce, jusqu’au 8 juin, la Maison de la culture Frontenac vivra au rythme des différentes réalisations d’artistes autochtones de partout au Canada. C’est la compagnie de théâtre Ondinnok qui chapeaute les nombreuses activités, autant en théâtre qu’en arts visuels, par des performances, des conférences, un cabaret politique et une projection du film Mesnak (réalisé par Yves Sioui Durand), qui s’est promené dans plusieurs festivals. « Nous avons pris sur nous la décision d’accorder une tribune à  plusieurs formes d’art, de marier les gestes politiques et poétiques dans un dialogue des cultures entre des artistes confirmés et ceux de la relève », explique le polyvalent homme de théâtre.

Fondateur de la première compagnie de théâtre autochtone québécoise Ondinnok, avec Catherine Joncas et John Blondin, Yves Sioui Durand souhaite que ce Printemps autochtone d’Art donne l’occasion à des créateurs de se faire connaître, voir et entendre. « J’espère que cela permettra de remettre les artistes autochtones en perspective et de repositionner leur travail souvent exclu par les décideurs culturels et politiques », s’enflamme-t-il. Ce dernier mentionne que seule la Maison de la culture Frontenac a accepté de leur ouvrir ses portes.

La portion théâtrale permettra à trois jeunes dramaturges, entre autres, de se faire connaître du grand public, grâce à trois courts textes de facture très différente qui ont été supervisés par Marie-Christine Lê-Huu, Suzanne Lebeau et Stéphane Crête. La mise en scène a été confiée à Clément Cazelais. Dans Les Bougalous, l’Innue Jacinthe Connolly traite des dangers du crystal meth et des drogues qui causent des ravages dans les communautés avec la complicité du crime organisé, et même des familles des victimes. Le comédien d’origine malécite, Dave Jenniss, également auteur de la pièce Wulustek, accueillie favorablement par la critique, s’aventure, avec Le tambour du temps, dans un univers plus fantaisiste sur l’importance de la transmission « où les fantômes des personnages importants de la vie d’un jeune homme lui enseignent l’importance de réapprendre et se réapproprier sa culture », dévoile avec enthousiasme Yves Sioui Durand. Pour Métusse, l’Atikamekw Véronique Hébert, également étudiante en théâtre de l’Université d’Ottawa, « prend plaisir à mélanger les niveaux de jeu avec une parole très écrite. Elle puise dans la mythologie avec ses références à Antigone pour réclamer la justice et le droit pour les autochtones de retourner dans le territoire ancestral. Véronique défend une position féminine et féministe, en plus d’aborder la question de l’homosexualité », précise-t-il.

Être ou ne pas être amérindien, telle est une question récurrente qui aurait certes plu à Shakespeare, mais qui hante la pratique d’Yves Sioui Durand depuis les débuts de sa compagnie en 1985. « La culture dominante a décidé de notre indienneté s’indigne-t-il. Nous ne devons pas nous contenter des images folkloriques d’un passé révolu qui ne font avancer personne. Nos affiches se moquent des clichés associés à notre monde de vie ». Dans cette volonté de dialogue artistique avec le monde autochtone d’aujourd’hui témoignant « de l’âme et la présence qui transcendent l’invisibilité culturelle des autochtones au sein de la métropole », l’instigateur du Printemps autochtone d’Art rêve dans un avenir rapproché d’un meilleur financement des institutions culturelles, d’une ambassade culturelle où à la compagnie Ondinnok bénéficierait d’un lieu permanent, d’une maison de la culture des Premiers peuples « pour perpétuer et réclamer notre art à sa juste valeur ».

Pour la programmation : ondinnok.org

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A propos Olivier Dumas

Entre la ferveur, la curiosité et l’interrogation, Olivier Dumas veut toujours porter un regard empreint de passion, ludique ou engagé, sur cet art qualifié trop souvent d’éphémère. Il suit le théâtre depuis l’âge de douze ans, il a maintenant presque le triple. C’est en 2004 qu’il prend la parole à CHOQ.FM et la plume au Montréal Campus pour témoigner de son amour indéfectible pour les arts de la scène. À MonTheatre.qc.ca, il souhaite poursuivre son désir de s’émouvoir, de critiquer sans complaisance et d’approfondir l’un des derniers lieux susceptibles d’extirper l’humain de ses certitudes, de ses zones de confort. Journaliste, recherchiste, futur archiviste et bête curieuse de tout, Olivier croit au pouvoir rédempteur de l’art dans une société trop souvent dégueulasse pour les âmes sensibles.