PETITS BONHEURS : Le grand rOnd, Che sì che no

par | 10 mai 2016

La 12e édition de Petits Bonheurs, festival qui se dédie aux créations jeune public, s’est ouverte le 5 mai dernier. Daphné Bathalon et Olivier Dumas assisteront à une quinzaine de spectacles  pour notre plus grand plaisir – et le leur!

par Olivier Dumas

Le grand rOnd

La pluie de ce dimanche matin 8 mai contraste avec les visages souriants à la Maison de la culture Maisonneuve. Pendant que des enfants s’amusaient dans un atelier de Francine Guimond autour du conte Boucle d’or et les trois ours, d’autres regardaient et écoutaient attentivement Le grand rOnd.

À la fin de la représentation, une dame visiblement ravie lance un «c’est époustouflant» à la guichetière. Sans aller jusqu’à parler d’un aussi prodigieux enchantement, la charmante compagnie belge La Berlue offre tout de même une très divertissante proposition théâtrale. Dirigée par Valérie Joyeux, la pièce aborde des thèmes susceptibles de rejoindre aussi les spectateurs plus âgés. Pendant une quarantaine de minutes, deux adultes (connus comme Elle et Lui) bougent autour d’un grand cercle blanc. Autour, sur la scène dépouillée, le noir domine. Le spectacle est quasiment sans paroles, à l’exception de quelques répliques courtes ou mots évocateurs. Il s’amorce avec la comédienne Violette Léonard qui s’avance énergiquement, tombe sur le sol, se relève et exécute des culbutes. Son partenaire, Luc Fonteyn, surgit peu après, avec le même dynamisme athlétique. Tous deux ont un espace commun à partager, qui se trouve à l’intérieur de la forme circulaire. Avec humour et des tactiques astucieuses, ils étendent en alternance des draps (blancs et rouges), comme des serviettes de plage sur le sable chaud. Mais leurs bulles respectives empiètent l’une sur l’autre.

Le grand rOnd, crédit photo Valérie Burton

Le grand rOnd, crédit photo Valérie Burton

Le grand rOnd traite avec franchise et habileté des questions difficiles autour du partage d’un lieu et du respect des autres. Vers le milieu de l’histoire, on sent que le sujet, sans vouloir effectuer de jeux de mots, tourne un peu en rond. Pourtant, la candeur et la générosité des deux interprètes compensent grandement, notamment lorsque l’acteur se glisse sous un drap pour incarner un fantôme, ou encore lors d’un duel avec des bâtons de bois, comme dans une partie d’escrime. Heureusement, les dernières minutes se révèlent très captivantes. Les personnages s’extirpent enfin de leur zone de confort. Une jolie musique accompagne la quête des deux amis. Ceux-ci  courent alors avec enthousiasme dans les gradins avec chacun un long tissu. Au dénouement, leur appel à la liberté reçoit de chaleureux applaudissements bien mérités.

Che sì che no

Pour le photographe états-unien Duane Michals, l’art constitue un refuge. À la Bibliothèque Langelier en lundi matin, le magnifique spectacle Che sì che no de la compagnie italienne Drammatico Vegetale se révèle l’un de ces moments de grâce réconfortante. Pendant un peu plus d’une demi-heure, le public se laisse bercer dans un cadre intimiste, comme si le monde extérieur n’existait pas.  Installée à Ravenne, la compagnie exerce son art depuis 1974 et a présenté à ce jour, dans de nombreux festivals pour la jeunesse, plus d’une cinquantaine de créations.

Che Si Che No, crédit photo Daniele Iodice

Che Si Che No, crédit photo Daniele Iodice

L’histoire, toute simple en apparence, dévoile petit à petit une vaste gamme de sensations. Nous voyons deux adultes, un homme (Pietro Fenati, également le metteur en scène) à la chemise blanche et une femme (Elvira Mascanzoni) toute de noir vêtue, qui se rencontrent dans une structure cubique. Seuls les mots  (oui en italien) et non sont prononcés. Les deux nouveaux complices accrochent d’abord un ballon qui ressemble à une petite toupie, au bout d’une corde. L’objet est coupé, et du sable blanc se répand. Un peu plus tard, le comédien frotte des pierres ensemble et crée des sons, alors qu’apparaît un très joli petit bonhomme doré, sous les traits d’une marionnette à fils. Sous le regard curieux de l’actrice, son partenaire de jeu examine un ballon en forme de diamant, avant de le crever. De l’eau jaillit, suscitant un état d’émerveillement. La pièce trouve toute sa force poétique lorsque surgit une créature née dans un chou. La marionnette blanche à gaine doit, par la suite, effectuer une série d’aventures pour atteindre une maison suspendue. Ce tableau impressionniste confère à l’ensemble une beauté éblouissante.

En plus d’interprètes sensibles, la production s’accompagne d’une excellente trame musicale, composée par Koro Izutegui. Nous entendons des extraits mélancoliques de piano, du saxophone, du xylophone, sans oublier les bruits énergiques de percussion. Seule petite réserve à ce bijou scénique : les deux artistes se retrouvent souvent sur le plancher, et dans la petite salle aménagée, les spectateurs assis dans les dernières rangées perdent parfois de la visibilité. Malgré tout, Che sì che no s’inscrit déjà parmi l’une des plus émouvantes œuvres présentées ce printemps aux Petits Bonheurs.