OFFTA – Détruire, nous allons

par | 1 juin 2013

par Véronique Voyer

Détruire, nous allons Photo prise sur le site Facebook du OFFTA

Détruire, nous allons
Photo prise sur le site Facebook du OFFTA

Cette performance s’ouvre comme un marathon : les danseurs joggent autour de la scène-stade pendant que les spectateurs prennent place sous la pluie battante. L’exploit sera tout aussi physique qu’émotif dans un collage moderne d’histoires d’amour où la danse croise le théâtre avec candeur, violence et humour.

Au centre des 110 verges du terrain de football qui nous accueille, un lapin en boxeur pète la balloune de deux enfants avec sa cigarette. Le monologue d’ouverture nous situe dans un party où la bière donne du courage un soir d’hiver, lorsqu’un jeune homme compte déclarer sa flamme à celle qui fait battre son coeur. Pétage de bulle impose, les deux âmes sœurs de cette histoire ne feront que se croiser sans jamais vraiment se rencontrer.

Cette histoire se juxtapose à plusieurs autres, contemporaines ou classiques, en passant par la plume de Claude Gauvreau, Cyrano de Bergerac, Caligula, Camus et Shakespeare. À travers toutes ces histoires, Félicité représente un objet de convoitise que l’amoureux ne pourra jamais atteindre. Ainsi, elle se hisse sur un escabeau pour la scène du balcon alors que les deux frères tentent de la séduire, l’un fou d’amour et l’autre qui veut baiser.

De la langue soutenue au slang, les niveaux de langage se bousculent et nous surprennent, tel un fuck yeah ou un décalisse après une envolée lyrique. La plupart du temps en français, mais parfois en anglais, les langues se chevauchent et se font face dans un combat identitaire qui devient symbolique lorsque les deux mousquetaires se battent pour Félicité. Puis, ce moment pompeux d’escrime dégénère en bataille de… spaghettis. Oui, oui, ces gros tubes de mousse qui ont l’habitude de trainer sur le bord d’une piscine deviennent des armes dans ce spectacle. Le sérieux de ce duel devient loufoque, tout comme ces histoires d’amour brodées où un corps mort trône près du gâteau de mariage sur une table qu’on imagine être l’autel d’une église.

L’ampleur du terrain permet des chorégraphies puissantes, la disposition dans l’espace immense combinée au synchronisme des danseurs permet une efficacité sans fioritures, car les mouvements rivalisent de simplicité. Ces hommes se battent, se cherchent, se rentrent dedans dans des lignes de force où brutalité et sensibilité offrent une beauté inouïe. Sous la pluie battante, ils sont vêtus de robe noire et endure les aléas de la température sans jamais sortir de la scène, à l’exception d’un : une drag queen qui passe sans s’arrêter en racontant le fil narratif. Elle finira par incarner littéralement le fil d’Ariane, panneau explicite et fil de laine à l’appui.

L’amour prend la forme d’un ballon à l’hélium dans ce spectacle, on peut le péter en un rien de temps, mais son caractère éphémère n’empêche pas les personnages de tout apparat d’y croire, d’y plonger et de risquer gros pour un résultat qui n’égalera pas la force des mots utilisés pour le dire. Dans Détruire, nous allons, l’amour ne sera jamais que… décevant.