Mois Multi – Tim Brady, Cod.Act et l’OSQ

par | 25 février 2013

par Odré Simard

Après de premières sorties pour le moins diversifiées lors de cette treizième édition du Mois Multi, la soirée programme double avec l’OSQ était grandement attendue. Après des spectacles de danse, d’antithéâtre et d’expériences cinétiques teintées de multidisciplinarité et de technologies, c’était maintenant au tour de la musique de passer au tordeur créatif. Une oeuvre montréalaise alliant une composition musicale contemporaine avec projection vidéo assortie (The absence of shelling is almost like music) suivie d’une oeuvre suisse où la pianiste devient chef d’orchestre en indiquant aux musiciens quand et comment jouer, par un dispositif lumineux (PHO:TON) ; avouez, il y a de quoi piquer la curiosité!

The absence of shelling is almost like music
Tim Brady et LEMM avec l’OSQ

Le musicien Tim Brady, crédit photo Laurence Labat

Le musicien Tim Brady, crédit photo Laurence Labat

Cette oeuvre inspirée du roman The Cellist of Sarajevo fut un pur délice pour les oreilles. Une mélodie triste et insistante qui met les violoncelles à l’avant-plan, particulièrement par la virtuosité du soliste Ygor Dyachkov. Ce dernier joue avec tant d’émotion, il catapulte ses notes afin que tout spectateur se sente happé par la mélancolie et même, parfois, la colère qui s’y attache. L’osmose de l’oeuvre musicale avec les projections vidéos sur l’écran géant derrière les musiciens est tout à fait réussie. Il s’agit en fait d’images captées par un expert en balistique où l’on voit au ralenti des balles de fusil foncer dans une plaque de métal et littéralement fondre sous la force de l’impact. La vitesse des images et leur multiplication suit le mouvement de l’orchestre et impose un effet hypnotique à l’oeuvre globale. Il est à noter que quelques surprises non conventionnelles nous ont été réservées, tel que le positionnement de deux trompettistes dans les balcons de chaque côté des spectateurs ainsi qu’à certains moments, des notes émergeaient du métallophone et non à l’aide de baguettes, mais bien à partir d’un archet. Sublime.

PHO:TON
Cod.Act avec l’OSQ

Voilà un dispositif ingénieux que ce piano lumineux. La pianiste Nathalie Tremblay ne nous envoie pas des rafales de notes, mais elle éclaire plutôt les musiciens de l’orchestre tour à tour à partir des touches de son instrument, leur indiquant quand jouer et avec quelle intensité. La première pièce ne rassurait pas dès les premières notes. Est-ce que l’oeuvre allait dépasser le stade du concept intéressant et se transformer en expression sensible pouvant atteindre le public? Les premières notes, donc, nous semblaient quelque peu mal assurées, décalées avec la lumière, nous laissant pressentir que l’OSQ présentait de fabuleux interprètes, mais ayant peut-être de la difficulté à s’abandonner dans une oeuvre exploratoire telle que Pho:ton. Également, comme chaque musicien ne tenait qu’une seule note, il était à se demander pourquoi ils n’allaient pas plus loin et ne complexifiaient pas la chose davantage. Heureusement, ces inquiétudes se sont dissipées bien vite, les musiciens prenant leur « erre d’aller » et devenant tout à fait connectés avec la lumière et ainsi avec la pianiste, nous offrant alors une machine musicale et lumineuse tout à fait splendide et surprenante. Le visuel était à couper le souffle, car bientôt ce n’était plus un musicien à la fois qui était éclairé, mais parfois une rangée, une diagonale et les harmonies cachées derrière les notes uniques font alors surface. Ils nous ont offert plus d’une pièce : les musiciens tenaient toujours chacun une note unique, mais d’une pièce à l’autre ils prenaient d’autres tonalités, changeant complètement la dynamique. L’utilisation du souffle des musiciens était aussi une merveilleuse trouvaille, nous transportant dans un univers musical complètement unique. Bravo aux directeurs de Cod.Act, André et Michel Décosterd, pour leur vision et leur audace qui a certainement ravi le public de la salle Louis-Fréchette ce soir-là.