LNI – Verts/Jaunes : jouer d’équilibre

par | 7 avril 2016

Par Daphné Bathalon

Avec cinq matchs disputés sur les quinze que compte la saison régulière de la Coupe Charade, les équipes de la LNI commencent à jouer du coude pour se tailler une position plus confortable au classement et s’assurer une place en séries.

Lundi 4 avril 2016 au Club Soda, les Jaunes-Québecor, de Benoît Chartier, et les Verts Téo-Taxi, de Christian Brisson-Dargis, croisaient le fer. Pour l’une et l’autre, il s’agissait seulement de leur deuxième match de la saison, ce qui aurait pu faire régner une certaine tension tout au long de la rencontre. Au contraire, les équipes ont rivalisé d’ingéniosité et d’esprit pour offrir les meilleures improvisations possible, sans évacuer une saine compétition, bien sûr. Les spectateurs, plutôt calmes en début de match, mais lentement gagnés par l’enthousiasme, ont donc eu droit à une rencontre variée et équilibrée, avec quelques improvisations qui se sont vraiment démarquées par leurs qualités.

conflitdhoraireLa première période s’est ouverte sur la comparée de quatre minutes Conflit d’horaire, qui a permis à chaque équipe de s’échauffer les idées. Les Verts, menés par une Salomé Corbo décidément pleine d’énergie et par Laurent Paquin, nous ont notamment offert une improvisation éclatée où les joueurs se sont amusés avec le chrono de l’impro pour illustrer la vitesse du temps qui passe entre la naissance et la mort. Un choix gagnant. Les Jaunes ont cependant remporté les deux improvisations suivantes, deux mixtes qui nous ont donné à voir un massothérapeute aux mains magiques (hilarant Mathieu Lepage) et la vengeance d’une ancienne grosse, passée d’intimidée à tueuse en série… En huit minutes, l’improvisation mixte Péplum et Pepsi, qui bouclait la première période, a pris des allures de Vie et mort du roi boiteux, alors que Salomé Corbo et Jean-François Nadeau (Jaunes), en couple pauvre et désœuvré d’Hochelaga-Maisonneuve, ont levé une armée pour combattre l’embourgeoisement qui menace. La déesse d’Hochelag’ (Joëlle Paré-Beaulieu) a même fait une apparition remarquée! À la fin de cette période, les deux équipes étaient nez à nez.

casusbelliLa deuxième période nous a également offert des improvisations très bien construites, comme cette Politique étrangère, une comparée menée par Patrick Huard et Jean-François Nadeau, du côté des Jaunes, qui nous ont raconté une rencontre entre un homme d’affaires occidental et un propriétaire de mines… de crayons, au Moyen-Orient. Les joueurs se sont bien amusés avec les conventions de l’improvisation. Les Verts Laurent Paquin et Mathieu Lepage se sont pour leur part glissés dans la peau du président des Nations Unies et de son conseiller, alors que le président devait prendre une décision qui pouvait lancer une troisième guerre mondiale. Deux belles propositions qu’un comptage serré est venu départager. Point Jaunes, leur première comparée gagnée cette saison. Les Jaunes ont poursuivi sur leur lancée en remportant les deux improvisations suivantes. D’abord, la comparée de 30 secondes Cosmos, avec une reproduction très imagée d’un système solaire, puis la mixte Casus Belli (« ce qui déclenche la guerre »), où Jaunes et Verts ont imaginé une histoire d’élus et de superpouvoirs des éléments.

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Les Verts ne se sont cependant pas tenus pour vaincus, malgré un retard de trois points au compteur. Ils sont d’ailleurs revenus en force en empochant cinq points successifs. D’abord en fin de deuxième période, grâce à une improvisation de voyance qui a valu à la Jaune Marie-Ève Morency la seule pénalité du match (une malheureuse confusion de prénom), puis grâce aux premières impros de la troisième période. La mixte à quatre joueurs par équipe Mise à jour a été à l’image du match : tous les joueurs se sont mis au service de l’histoire dans un esprit de collaboration et pour une construction impeccable. Les cinq étapes du deuil vues par Edison, Tesla et une girafe aurait pu se révéler un vrai casse-tête, mais Mathieu Lepage et Joëlle Paré-Beaulieu s’en sont très bien tirés, soutenus par les autres joueurs, en nous entraînant dans un voyage le long de fils électriques et de souvenirs. Parenthèse romantique, toute douce et charmante, la mixte Sans adresse de retour a donné lieu à de bons échanges entre Patrick Huard, en facteur timide, et Salomé Corbo, en jeune veuve amoureuse. Une très belle complicité dans l’écriture de cette impro.

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La rencontre entre Jaunes contre Verts s’est conclue sur la courte comparée Jour d’élection, les premiers nous offrant un sketch humoristique dans un bureau d’élection et les seconds replongeant dans l’histoire du Québec et le langage truculent digne des Belles histoires. Point aux Jaunes, qui ont remporté le match 7 à 6, laissant malheureusement les Verts au bas du classement pour le moment. Les deux équipes s’affronteront de nouveau en fin de saison, le 16 mai. À suivre d’ici là : les mouvements au classement!

Les étoiles du match

Première étoile : Joëlle Paré-Beaulieu
Deuxième étoile : Jean-François Nadeau
Troisième étoile (et mention Antidote) : Mathieu Lepage

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.