LNI – Match du 16 avril : Une deuxième période chargée d’émotion

par | 18 avril 2018

Lundi soir, les équipes des Verts Téo Taxi, de Christian Brisson-Dargis, et les Jaunes Québecor de Delphine Bienvenu s’affrontaient pour la première fois cette année. Les deux équipes se disputaient la deuxième place au classement, une position de choix pour s’assurer d’aller en demi-finale.

De part et d’autre de la patinoire, joueurs expérimentés et jeunes joueurs (mais pour certains avec déjà plusieurs années d’improvisation derrière la cravate) devaient également combattre un peu de fatigue. Les Jaunes pour avoir disputé (et remporté) un match la veille, et les Verts pour être tout juste revenus d’une tournée européenne. Du côté des Verts, on devait aussi composer avec une entraîneuse suppléante, l’ancienne joueuse et entraîneuse Nancy Roberge.

Photo Daphné Bathalon

Qu’à cela ne tienne, les deux équipes ont offert une belle partie, un peu lente au démarrage, mais qui, en deuxième période, a donné lieu à une des très bonnes improvisations de la saison.

Après l’interprétation tout en R roulant de l’hymne de la LNI par Philippe Brach, le match s’est ouvert sur une improvisation mixte rimée, L’onction de Siméon, que les joueurs LeLouis Courchesne (Jaunes) et Salomé Corbo (Verts) ont bâtie autour d’un père mourant (Réal Bossé, des Jaunes). La légère indiscipline du joueur Courchesne aura mené à une pénalité de confusion aux deux équipes : invitation de l’arbitre à redresser la barre sans attendre. Pour la mixte Ménagère fatale, à la manière d’Agatha Christie, Mathieu Lepage (Verts), Bossé et Pascale Renaud-Hébert (Jaunes) ont proposé une enquête pour meurtre. L’enquête (et l’impro) commençant à piétiner, le joueur Pier-Luc Funk (Verts) a voulu la pimenter en introduisant un personnage comique, mais l’arbitre est venu sanctionner l’intervention avec une punition de non-respect de la catégorie.

Les deux improvisations suivantes, aux propositions manquant encore un peu de mordant et surtout d’écoute, n’ont pas permis aux équipes de vraiment se démarquer, le score affichant deux partout.

Photo Daphné Bathalon

Les joueurs sont toutefois revenus en force en deuxième période en plongeant dans une mixte de 15 minutes, Trois sorcières, où les joueurs Bossé et Brigitte Soucy (Verts) ont pris le temps de bâtir une belle structure narrative. Soutenus par leurs équipes, les joueurs nous ont raconté l’histoire tragique d’un fils de roi aux amours contrariés. Homme de tout, amoureux d’une fille de rien, assoiffé d’un amour maternel dont sa propre mère l’a privé, et aveuglé de jalousie au point de tuer son frère et son père. Malgré une pénalité de confusion à Réal Bossé pour avoir imposé son idée de ressort dramatique au détriment d’une proposition déjà en place, l’improvisation aux allures shakespeariennes a soulevé l’enthousiasme du public. Point Jaunes. Portés par cette énergie retrouvée, les équipes ont joué deux autres belles impro, dont la comparée J’essaye en ostie. Les Jaunes Courchesne et Lefrançois ont incarné un couple tentant de monter un meuble IKEA (un classique toujours efficace) tandis que, dans la peau d’un grand-père et de son petit-fils, les Verts Mathieu Lepage et Pier-Luc Funk ont offert un hilarant moment d’incompréhension technologique.

Avec un score de 3 à 4 pour les Verts, l’issue du match était encore plus qu’incertaine en début de troisième période, mais les Verts ont rapidement distancé leurs adversaires en remportant coup sur coup les deux premières improvisations. Après une immersion dans l’univers de l’adoption animalière, avec un inspirant Pier-Luc Funk en singe en crise d’adolescence du côté des Verts, le public du Club Soda a eu droit à une mixte touchante, gracieuseté des joueuses Corbo et Lefrançois. Maintenant, il ne reste plus que les larmes entre deux femmes, dont l’une, atteinte du cancer, tente de réconforter son amie, inconsolable.

Photo Daphné Bathalon

En moins de dix minutes de jeu, les Jaunes pouvaient-ils encore espérer remporter le match? Chaque équipe cumulant deux pénalités, tout était encore possible. Bien déterminés à ne pas laisser les coudées franches à leurs adversaires, les Jaunes ont envoyé la jeune Pascale Renaud-Hébert crasher un mariage avec un rap entraînant dans la comparée Résolution. Du côté des Verts, Pier-Luc Funk a misé sur son jeu de puissance, ressortant son interprétation de multiples personnages dans un Western puis imitant une panoplie de dinosaures. Le public a néanmoins voté en faveur des Jaunes avec une mince majorité.

La courte comparée Insomnie est venue clore le match de belle manière des deux côtés, mais en l’absence de pénalité supplémentaire, les Verts ont aisément remporté ce huitième match de la saison régulière avec une belle avance de trois points. Des points qui se révéleront par ailleurs précieux pour le classement lors des finales.  Les Verts ne dormiront pas sur leurs lauriers puisqu’ils seront de nouveau sur la patinoire dimanche prochain, face aux Bleus de Christian Laurence, qui les talonnent de près au classement.

Étoiles du match

Mention Antidote : Mathieu Lepage
Étoile des Jaunes : Réal Bossé
Étoile des Verts : Salomé Corbo

Photo Daphné Bathalon

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.