LNI – Match du 14 mai : L’impro à son meilleur

par | 17 mai 2018

Pour le dernier match de la saison régulière, les Rouges FTQ et les Bleus ont offert toute une soirée, dans un esprit de compétition sain et une volonté de construire de belles histoires.

Avec l’équipe des Oranges 2Architectures éliminée le 13 mai, le seul enjeu de cette dernière confrontation était de déterminer qui affronterait qui en demi-finales. Battus par les Bleus de Christian Laurence au début du mois de mai, les Rouges de Jean-Philippe Durand allaient-ils prendre leur revanche?

Avant le début du match, Jean-François Nadeau et Vincent Bolduc sont venus rendre un touchant hommage à leur collègue Zapartiste Christian Vanasse pour ses 20 ans à la LNI, 15 saisons en tant que joueur et 5 à titre d’analyste en chef. Le joueur mainte fois étoilé détient encore la 5e place au classement général!

Catherine Asselin-Boulanger / cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

Le duo Alfa Rococo nous a ensuite réinterprété l’hymne nationale de la LNI dans une version pop à l’énergie contagieuse qui a semblé donner le ton au match. Les joueurs des deux équipes ont trouvé leurs marques et leur rythme de croisière dès la première impro. En l’absence de tension due à un risque d’élimination, ils ont surtout donné l’impression de vouloir offrir un bon show dans la meilleure ambiance possible. Et ils ont livré au public l’un des meilleurs matchs de la saison, sans grand wow peut-être, mais dans une excellence constante et sans temps mort.

Yvan Ponton, qui nous a fait la surprise de quitter sa retraite pour arbitrer le match, avec l’air bête qu’on lui adore, n’aura sorti le kazou qu’à deux occasions et pour des pénalités somme toute mineures de refus de personnage et de procédure illégale (pour avoir parlé sur le banc pendant la comparée de l’adversaire).

Une improvisation mixte de 9 minutes intitulée Un mariage beauceron a lancé le match, permettant de solides échanges entre les joueurs des deux équipes, ainsi que quelques répliques du tac au tac, question de mettre l’autre équipe sur le qui-vive. Le premier point est allé aux Rouges. Si l’impro suivante, une comparée, a été plus conventionnelle, la mixte de 7 minutes Esprit de famille s’est révélée aussi surprenante qu’agréable. Les deux équipes se sont mélangées pour former quatre couples en attente d’une visite, le couple snob à la passion perdue (François-Étienne Paré et Marie-Ève Morency), le jeune couple nerveux et hilare (Patrick Huard et Amélie Geoffroy), le vieux couple grabataire (Sophie Caron et Guy Jodoin) et le couple à l’amour vache (Frédéric Barbusci et Sophie Bouchard, en remplacement de Suzie Bouchard). Sous la forme d’une histoire chorale où les couples se donnaient le relai, l’impro a soulevé l’enthousiasme du public, qui a accordé le point aux Bleus.

Crédit Daphné Bathalon

À cheval sur deux périodes, la comparée de 10 minutes L’histoire unique a marqué une belle progression dans le match avec une proposition plus classique (mais très efficace) du côté des Rouges : Huard en enquêteur dépassé par un témoin (Sophie Caron) qui ne redonne jamais la même version des faits. Du côté des Bleus, on a pris le pari d’une impro à la forme beaucoup plus éclatée, nous invitant à fermer les yeux pour un voyage astral jusqu’à Londres. Les joueurs Barbusci et Morency, en guides spirituels, ont magnifiquement mené l’histoire avec une narration multipliant les effets scénaristiques. Avec cette impro, les Bleus ont creusé l’écart avec leurs adversaires.

Crédit Daphné Bathalon

Tout au long du match, les joueurs ont pris la liberté d’explorer les formes, les tons et les styles, une tendance qu’on observe de plus en plus à la LNI, qui semble en bonne voie de rattraper les autres ligues sur ce terrain, tant mieux! Car avec le calibre de joueurs dont elle dispose, le spectacle en ressort grandi.

Catherine Asselin-Boulanger / cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

Le match a continué sur cette lancée avec la mixte de 10 minutes Au revoir et ne reviens plus, dans laquelle Geoffroy (Bleus) s’est glissée dans la peau d’une reine avide de pouvoir chassant même un amant de son royaume pour pouvoir assurer son assise sur le peuple. Le public a eu droit à de belles scènes émouvantes et à des envolées lyriques, notamment de la part du joueur Paré. L’appui musical d’Éric Desranleau a, comme souvent, fait toute une différence.

En troisième période, après une courte comparée qui a été la plus faible de la soirée, le match a repris dans la comparée Tour de force, que Barbusci, pour les Bleus, et Caron, pour les Rouges, ont mené en solo, s’accordant même des moments de silence pour laisser place à l’émotion. L’impro a permis aux Rouges de revenir dans le match en marquant le point. Mais avec un compteur indiquant 5 à 2 en faveur des Bleus, l’issue du match était quasiment déjà scellée.

Dans Une audition qui fait jaser, les Bleus ont laissé toute la place à la joueuse des Rouges Sophie Bouchard, qui en était à son premier match à la LNI et s’est bien débrouillée tout au long de la soirée. Point Rouges. La dernière impro, la mixte 9 et demi, a donné lieu à un bon duel de mots entre Huard et Morency, le premier cherchant un nouvel appartement, la seconde cherchant à se remettre d’une rupture amoureuse. Les Bleus ont terminé le match en empochant un dernier point. Marque finale : 6-3.

L’ordre du classement ne change donc pas. La première demi-finale opposera les Rouges FTQ et les Verts Téo Taxi (27 mai 14h), la deuxième fera s’affronter les Jaunes Québecor et les Bleus (27 mai 19h).

Les étoiles du match

Étoiles Antidote ex-aequo : François-Étienne Paré et Amélie Geoffroy
Étoile Rouge : Sophie Caron
Étoile Bleue : Marie-Ève Morency

Catherine Asselin-Boulanger / cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.