LNI Jaunes/Rouges : Une pluie de punitions

par | 2 mai 2016

Par Daphné Bathalon

La fin de la saison régulière pointe à l’horizon et les équipes commencent à jouer fort dans les coins pour s’assurer une place en série éliminatoire. En ce pluvieux dimanche après-midi, dans un Club Soda à l’auditoire un peu clairsemé, mais très enthousiaste, les Rouges FTQ et les Jaunes Québecor se sont davantage débattus que battus, tout au long de ce match étonnant à bien des égards.

Déjà assurés de participer aux séries, les Rouges de Jean-Philippe Durand étaient en quête d’une quatrième victoire d’affilée en ce 11e match de la saison régulière. De leur côté, les Jaunes de Benoît Chartier pouvaient, par une victoire, confirmer leur place en série… et reléguer les Verts au dernier rang du classement.

Rouges et Jaunes nous ont cependant offert un match en dents de scie. Les deux équipes les moins punies en 2016 ont ainsi eu maille à partir avec l’arbitre en chef, Simon Rousseau, déterminé à ne laisser passer aucun manquement, aucune faiblesse de la part des joueurs et de leurs entraîneurs à ce moment-ci de la saison. Pas moins de 12 punitions ont ainsi été sifflées pendant le match, deux de plus auraient bien pu changer l’issue du match, d’ailleurs…

Crédit Daphné Bathalon

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Pourtant, la rencontre avait commencé de belle manière avec une première improvisation mixte de 10 minutes, de quoi laisser le temps aux joueuses Joëlle Paré-Beaulieu (Jaunes) et Diane Lefrançois (Rouges) de construire une histoire aux assises solides. Avec Jordan et Jersey, les deux improvisatrices d’expérience nous ont emmenés en road trip vers les États-Unis, au cœur d’une histoire d’amitié et de trahison. Premier point aux Jaunes. La glace était cassée!

Crédit : Daphné Bathalon

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La première comparée, Syndrome extraterrestre, a été plutôt confuse du côté des Jaunes, d’ailleurs sanctionnés par l’arbitre. Les Rouges ont pour leur part offert un tableau décalé d’un employé de bureau inquiétant sous la peau duquel se cachait un extraterrestre. Dans ce rôle, LeLouis Courchesne a pu donner libre cours à ses talents en art clownesque et gagner le public. Point Rouges.

La bonne humeur ambiante s’est légèrement gâtée avec la troisième improvisation, La ferme, où l’arbitre n’a pas apprécié qu’on ignore la catégorie de l’impro (film d’horreur réaliste) et qu’on la foule même au pied en faisant carrément référence au fait… qu’on ne la respectait pas. Punition de confusion aux deux équipes en plus d’une punition personnelle de cabotinage au joueur Courchesne pour son commentaire brisant le quatrième mur.

Après la première période, qui s’est terminée sur une égalité (un score serré qui s’est maintenu pendant tout le match), la deuxième s’est ouverte sur une belle mixte de six minutes, Maman est morte hier, laquelle a pris une tangente incongrue malgré le thème sérieux. Marie-Ève Morency (Jaunes) et Simon Boudreault (Rouges) nous ont proposé un couple formé d’un homme fils à maman et d’une femme soulagée par la mort de sa belle-mère. Quand l’enterrement d’une mère devient l’occasion de devenir un homme et de reconquérir sa femme… Bien que Morency ait bâti la structure de l’improvisation, sur laquelle Boudreault a habilement tissé son personnage, le public a voté pour les Rouges. Les voies du public sont souvent impénétrables… mais ça fait partie du jeu.

Crédit : Daphné Bathalon

Crédit : Daphné Bathalon

La sauce a définitivement tourné entre l’arbitre Rousseau et le joueur Courchesne dans la mixte Mes vacances nazies, un thème pour le moins casse-gueule. La plaisante réinterprétation du concept de La vie est belle, avec deux zigotos (Patrick Huard et LeLouis Courchesne) croyant avoir gagné des vacances tout inclus… dans un camp de concentration, a ainsi valu une confusion aux Rouges, pour une évasion un peu trop facile d’une chambre à gaz. À la suite de l’accumulation de trois points de pénalité, les Rouges ont dû accorder un point à leurs adversaires, mais se sont rattrapés en empochant le point de l’impro. Le public a démontré son agacement face à un arbitre sévère par une pluie de claques.

La longue improvisation La vie merveilleuse sous l’eau a donné lieu au premier comptage du match. Les joueuses Morency et Lefrançois ont construit des bases solides pour cette improvisation en incarnant des sirènes peu ordinaires qui doivent sauver les gens de la noyade. L’impro a vu défiler un Poséidon (Huard) fatigué et déterminé à léguer son trident à la sirène la plus méritante, un crabe-chanteur (Courchesne) et un poisson-cracheur (hilarant Nadeau). Quatorze minutes délirantes couronnées par un point aux Jaunes et des applaudissements appréciateurs.

Crédit : Daphné Bathalon

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La troisième période a été… tumultueuse, c’est le moins qu’on puisse dire. La comparée Le King a valu aux Jaunes une troisième pénalité de confusion, ce qui a automatiquement donné un point aux Rouges. Les Rouges eux-mêmes se sont fait servir un sérieux avertissement de la part de Rousseau, avec une punition pour cliché pour avoir repris la même histoire que dans l’impro précédente, soit le concours pour déterminer le choix d’un héritier. Les interventions de l’arbitre ont semblé cette fois doucher les deux équipes, qui ont joué de prudence dans l’improvisation suivante… peut-être trop? Nouveau coup de sifflet de l’arbitre, cette fois pour un retard de jeu aux joueurs Nadeau et Courchesne, pour avoir mis trop de temps à faire arriver l’enjeu de leur histoire dans Taoïsme et Terracotta. Avec deux pénalités personnelles, Courchesne a dû quitter le match. Jamais agréable une expulsion…

Le match s’est conclu sur deux improvisations aux enjeux qui auraient mérité un peu plus de clarté, Vers un gouffre obscurci de miasmes humains (marquée d’une punition de confusion aux deux équipes) et Le délire de l’arc-en-ciel. Les improvisateurs y ont néanmoins proposé des idées intéressantes et une utilisation pertinente de l’espace de jeu. À l’issue du deuxième et dernier comptage du match, les Jaunes empochaient la victoire… mais, coup de théâtre, le capitaine des Rouges, Simon Boudreault a jeté son chandail sur la patinoire et ainsi déposé un protêt en bonne et due forme auprès des officiels pour deux punitions pour accessoire illégal (soit les gourdes des joueurs) qui auraient dues être décernées aux Jaunes par l’arbitre. Ces deux punitions auraient en effet pu changer la donne pour les Rouges puisque les Jaunes auraient été contraints de leur accorder un point par cumul de pénalités.

Moment de choc chez les joueurs, le public et les commentateurs, qui nous ont appris qu’il s’agissait d’un premier protêt en plusieurs années d’existence de la ligue. Le match a été suspendu quelques minutes, le temps que les officiels et un membre mandaté de la direction se concertent. Bien que rarement employé, le droit au protêt existe bel et bien au règlement :

12. Protêt
Pour qu’un protêt soit valide, il doit être signalé aux officiels, lors du match contesté, avant la dernière sirène annonçant la fin des cérémonies de clôture. Un membre dûment mandaté de la direction de la Ligue Nationale d’Improvisation jugera alors de la recevabilité du protêt. Dans la mesure du possible, la décision sera rendue le soir même ou dans un délai raisonnable par le membre mandaté.

Après concertation, le protêt des Rouges a été rejeté : l’arbitre est le seul maître à bord pendant un match et le seul à même de décider des pénalités. Simon Boudreault a marqué son mécontentement en quittant la patinoire sans saluer les joueurs des Jaunes. Drôle d’ambiance pour ce match, vraiment… Score final : 7 à 6 pour les Jaunes.

Étoiles du match

Première étoile : Simon Boudreault
Deuxième étoile : Jean-François Nadeau
Troisième étoile : Diane Lefrançois
Mention Antidote : Simon Boudreault

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.