LNI – Finale de la Coupe Charade : Construire pour mieux jouer

par | 15 mai 2017

C’est avec en tête l’envie d’offrir au public nombreux le meilleur spectacle possible que les équipes des Verts et des Jaunes se sont présentées sur la patinoire pour la grande finale de la Coupe Charade 2017.

Les deux équipes avaient encore cette année plusieurs points en commun, à commencer par une vision plus théâtrale de l’improvisation et un style de jeu basé sur la construction narrative et la vivacité du verbe. Tout au long de la saison, Verts et Jaunes ont pu compter sur un certain équilibre entre vétérans et jeunes joueurs pour créer des instants où la chimie a bien pris entre l’histoire, les personnages et l’émotion, un exercice parfois périlleux que les deux équipes sont souvent parvenues à faire paraître tout naturel. Si cette finale n’a pas offert de moments exceptionnels, elle a tout de même proposé une série d’excellentes improvisations et de la haute voltige littéraire.

Comme ce fut le cas tout au long de la saison, l’hymne national de la LNI a été interprété par un artiste invité en ouverture de match. Karim Ouellet a livré une version bien personnelle de l’hymne, plus proche de la ballade, et franchement réussie. Vous pouvez l’écouter dans une vidéo publiée sur la page Facebook de la LNI.

Crédit Hugues Bergevin

La première période s’est ouverte sur une comparée de 4 minutes qui a permis à tous les joueurs de s’échauffer. Tandis que les Verts ont plongé en force dans cette première improvisation intitulée Messe basse avec l’histoire d’un mariage improbable aux yeux de tous sauf des mariés, les Jaunes ont semblé plus hésitants, ce qui leur a par ailleurs valu une première pénalité de retard de jeu. L’appel de l’arbitre Simon Rousseau à des enjeux plus clairs a paru être entendu : la seconde improvisation, une mixte de 8 minutes sur le thème La discothèque du dragon, a donné l’occasion aux joueurs verts et jaunes de construire l’histoire fantaisiste de deux amoureux contrariés parce qu’issus de clans opposés, lui chez les humains, elle chez les elfes, le tout tournant autour de l’univers de Donjons et dragons.

Crédit Hugues Bergevin

À la troisième impro, le joueur vert Laurent Paquin, déjà mainte fois récompensé pour la qualité de son français, a une nouvelle fois fait la démonstration de son habileté à manier les mots. Pendant cinq minutes et d’un seul souffle, il a improvisé une lettre d’amour adressée à une certaine Éléonor, une ode d’abord lyrique puis de plus en plus vulgaire, tout en restant poétique. Malgré sa bonne performance, la joueuse des Jaunes Marie-Ève Morency n’a pas été de taille. La période s’est terminée avec trois points pour les Verts et aucun pour les Jaunes.

Les Jaunes ne se sont pas tenus pour battus pour autant, revenant avec un jeu plus affirmé en deuxième période dans La nuit apache, « à la manière d’un conflit guerrier où on dévoile honnêtement les points de vue des deux belligérants ». Le thème très précis de l’improvisation de 12 minutes n’a pas nui aux joueurs qui s’en sont même donné à cœur joie dans cette guerre de tribus aux mœurs bien différentes. Dans les rôles de chefs, Patrick Huard (Jaunes) et Arnaud Soly (Verts, en remplacement de Mathieu Lepage) ont  beaucoup fait rire le public. Point Jaunes.

Crédit Daphné Bathalon

Après deux improvisations très moyennes, le niveau est remonté avec Party de bureau, une mixte de 7 minutes que les joueuses Diane Lefrançois (Jaunes) et Salomé Corbo (Verts) ont lancée sur une base comico-dramatique solide. Ce party d’Halloween « métro, bourreau, dodo », tenu alors qu’une des collègues est en deuil de son époux suicidé, a été l’occasion de faire un grand nombre de jeux de mots sur le thème de la mort. Peut-être trop au goût de l’arbitre? Une troisième pénalité (de cabotinage) a contraint les Verts à accorder un point à leurs adversaires, qui, en empochant aussi le point de cette dernière impro d’une période plus faible, sont revenus de l’arrière, 4 à 5.

Avec trente minutes à jouer au match et un pointage serré, tout était encore possible pour les deux équipes. Cependant, l’arbitre a créé la surprise en début de troisième période en tirant du barillet une longue impro de 15 minutes. Remporter cette mixte en deux parties, Le chat dans le sac – Le sac dans la rivière, serait déterminant… Le capitaine des Jaunes, Jean-François Nadeau, et le vert Arnaud Soly ont proposé la trame la plus intéressante de cette finale avec une histoire d’amitié trahie, de chat noyé (ou pas) et de blessures d’enfance pas cicatrisées, le tout soutenu par de multiples couches narratives ajoutées par les autres joueurs. Une très belle impro qui a donné lieu au premier comptage de la soirée. Point aux Verts.

Crédit photo Daphné Bathalon

Une comparée de sept minutes est cependant venue sceller le sort des Jaunes, qui, à deux points d’écart, ne pouvaient plus remporter le match, à moins de pénalités du côté des Verts. Leur dernière proposition n’a par ailleurs pas été des plus convaincantes, alors que les Verts ont misé sur un huis clos dans un ascenseur : simple, mais efficace. C’est donc avec un pointage final de 7 à 4 que l’équipe entraînée par Christian Brisson-Dargis a remporté la Coupe, la huitième pour les Verts et la quatrième de l’entraîneur.

Crédit photo Daphné Bathalon

Cette confrontation finale énergique et bien équilibrée entre Verts et Jaunes ne marque cependant pas la fin des activités de la LNI pour la saison puisque le directeur artistique de la ligue, François-Étienne Paré, a profité du moment pour annoncer plusieurs événements, dont une tournée pancanadienne (à l’occasion du 150e anniversaire du Canada), une tournée en Europe, et le match-bénéfice du mercredi 31 mai, où les animateurs de La Soirée est (encore) jeune et Léane Labrèche-Dor affronteront les comédiens de la LNI. La série de spectacles La LNI s’attaque aux classiques sera également de retour pour une troisième année en décembre 2017 à Espace Libre, à la différence que 15 comédiens se prêteront au jeu cette fois, toujours en trio.

Les étoiles de la finale

Première étoile : Laurent Paquin
Deuxième étoile : Arnaud Soly
Troisième étoile : Marie-Ève Morency
Étoile Antidote : Jean-François Nadeau

Les trophées

Champion compteur : Pier-Luc Funk (son deuxième consécutif)
Pierre-Curzi (recrue de l’année) : Suzie Bouchard
Marcel-Sabourin (joueur le plus apprécié de ses pairs) : Jean-François Aubé (qu’il remporte pour la 3e fois, un record)
Beaujeu (joueur le plus étoilé) : Florence Longpré
Coupe Antidote : François-Étienne Paré
Prix du public : Pier-Luc Funk

Crédit photo : Hugues Bergevin

 

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.