LNI – Fatigue de saison chez les joueurs?

par | 16 avril 2014

par Daphné Bathalon

Rouges et Oranges s’affrontaient lundi soir au Club Soda. Les premiers pour tenter de quitter le bas du classement alors que s’achève la saison régulière, les seconds pour s’assurer une place en demi-finales. Autant dire que les attentes des équipes étaient grandes. D’entrée de jeu, l’analyste Christian Vanasse a précisé au public que les deux jeunes entraîneurs, René Rousseau et Jean-Philippe Durand, allaient devoir surveiller la gestion de l’énergie chez leurs joueurs. C’était surtout le cas pour l’équipe des Oranges, qui avait déjà eu à faire toute une remontée en fin de match la veille pour battre les Jaunes.

La fatigue de la mi-saison (et de la tournée européenne, dans le cas de certains joueurs comme Diane Lefrançois et Louis Courchesne) s’est d’ailleurs fait lourdement sentir au cours du match. Il a fallu plus d’une période pour que les joueurs trouvent leur rythme de croisière… et quelques minutes chaque fois aux spectateurs pour distinguer la couleur de leurs cartons!

LNI_cartonsLa première période a débuté avec une mixte au titre peu évocateur, Le syllogisme de l’aigle américain. Les deux équipes ont eu bien du mal à faire progresser l’histoire de ces deux observateurs d’aigles surpris en flagrant délit… d’observation… par un aigle. À tout le moins, l’improvisation a permis à Réal Bossé, des Oranges, de faire à nouveau la démonstration de ses talents de bruiteur. Le joueur d’expérience, qui remportait la veille sa 400e improvisation en saison de coupe Charade, a imité à merveille le cri de l’aigle. Un peu plus tard, en comparée sur le thème de la Caverne, les Rouges ont offert une belle discussion entre hommes du paléolithique sur les avantages et désavantages de la sédentarisation, mais les autres improvisations de la période n’ont pas provoqué l’étincelle attendue, et l’arbitre Simon Rousseau a même dû sévir à plus d’une reprise pour rappeler les joueurs à l’ordre.

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Simon Rousseau lors du match du 13 avril (Jaunes contre Oranges)
Photo : hugueshuguesphoto.net

La mixte Pax magnifica, à la manière de Suétone (biographe de Jules César), a d’ailleurs épuisé la patience de l’arbitre, qui a distribué une punition majeure (qui équivaut à deux points de pénalité) de non-respect de la catégorie aux deux équipes, doublée d’une mineure à l’équipe des Rouges, et une punition de non-respect du thème aux deux équipes. L’accumulation de trois points de pénalité a automatiquement mené à un échange de points entre les Rouges et les Oranges. Malgré la pluie de punitions, le public a, pour sa part, paru apprécier l’humour vulgaire de cette improvisation où César a flirté avec Spartapute, une grande folle incarnée par Jean-Michel Anctil, des Rouges. Dommage que le cabotinage ait pris le pas sur l’intrigue amenée par les joueurs Louis Courchesne (Oranges) et Simon Boudreault (Rouges) en début d’impro. Point aux Rouges.

À partir de cette improvisation, qui a marqué la fin de la première période, les Oranges ne sont jamais parvenus à reprendre le dessus sur les Rouges, malgré une tentative de remontée en début de troisième période. Les Rouges, très disciplinés, n’allaient pas se laisser jouer le même mauvais tour que les Jaunes!

La deuxième période a été marquée par une mixte chantée où Ève Landry (Rouges) et Marie-Soleil Dion (Oranges) ont fait montre d’une belle écoute, ce qui a permis au Stratagème de l’araignée de se transformer en une ballade au ton inquiétant. Les deux joueuses se répondaient avec habileté et ont tissé une histoire rythmée vraiment captivante. On peut dire que les dames ont été à l’honneur en cette deuxième période, qui a aussi été celle de Diane Lefrançois. La joueuse des Rouges a proposé des personnages intrigants comme Manon Tanguay, 46 ans, célibataire vivant seule avec trois chats. Elle n’a jamais rien fait de sa vie, mais son talent avec Photoshop lui a permis de s’en inventer une belle, que les autres lui envient. « J’ai fait le tour du monde, mais j’ai jamais quitté mon demi sous-sol. »  Et une vieille sorcière de 127 ans à l’accent chantant que des pèlerins viennent rencontrer au pied de Notre-Dame pour qu’elle leur lise l’avenir.

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Photo : hugueshuguesphoto.net

Si les Rouges ont maintenu leur avance de deux points dans cette période, les Oranges allaient toutefois leur mener une chaude lutte dans une troisième période âprement disputée. Lancée par une mixte au titre mystérieux de DSM-5, la période s’est révélée plus riche en péripéties. On a d’abord eu droit à la rencontre entre deux frères bien différents, l’un psychologue et l’autre, mentalement dérangé, qui voulait devenir son patient. Une rencontre haute en couleur entre Courchesne et Boudreault, où la joueuse Dion a malheureusement hérité d’une punition pour cabotinage. Le cumul des points de pénalité a encore une fois joué en défaveur des Oranges qui ont dû accorder un point à leurs adversaires, menant le score vers un écrasant 8 à 4 puisque le public a en plus donné l’impro aux Rouges. Mais les Oranges ne se sont pas déclarés vaincus pour autant, ils sont ensuite remontés à la charge pour remporter coup sur coup les trois improvisations suivantes. Les Oranges Joëlle Paré-Beaulieu et Louis Courchesne nous ont offert une très belle chantée sur une déclinaison inspirée de La boîte (boîte à gogo, boîte de déménagement, boîte pour la bague de fiançailles, boîte de kleenex… et boîte à cendres).

Le match s’est terminé sur une comparée de quatre minutes, qui, avec 6 minutes à jouer, est venue tuer tout espoir des Oranges de remporter le match. Les deux équipes ont tout de même proposé deux belles improvisations sur le thème de l’hérédité, surtout du côté des Rouges avec un gène de l’abandon qui se transmet de père en fille puis de mère en fils… Marque finale: 9 à 6 pour les Rouges qui, de la quatrième place qu’ils occupaient en début de match se sont emparés de la pôle position! Il ne reste que quatre matchs à la saison régulière…

Les étoiles du match
1re étoile : Réal Bossé
2e étoile : Diane Lefrançois
3e étoile : Marie-Soleil Dion

La LNI annonçait en début de mois la tenue d’un match bien spécial en hommage à la ténacité et au courage de Claude Robinson dans sa lutte judiciaire pour faire valoir ses droits de créateur. Le match, qui aura lieu à l’occasion de la 19e Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, se tiendra le 23 avril prochain à 19h au Club Soda. L’équipe des légendes de la LNI, entraînée par Guylaine Tremblay, sera composée de Marie Michaud, Sylvie Moreau, Chantal Lamarre, Jacques L’Heureux, Gaston Lepage et un joueur à confirmer. L’équipe des étoiles de l’actuelle saison de la LNI sera entraînée par Benoît Chartier et composée de Sophie Caron, Diane Lefrançois, Virginie Fortin, François-­Étienne Paré, Laurent Paquin et Réal Bossé. Même l’arbitre à la retraite, Yvan Ponton, enfilera à nouveau le chandail rayé. Pour information et réservation : www.clubsoda.ca.

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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.