LNI – Coupe Charade 2019 : Redécouvrir ses coéquipiers

par | 16 février 2019

C’est sous le signe de la « création pure » que s’est ouverte le lundi 11 février la Coupe Charade 2019 dans un match encore un peu sage, mais pas moins prometteur pour les rencontres à venir.

Avec des joueurs redistribués dans des équipes qui s’en retrouvent renouvelées à 75%, il n’est pas étonnant que les joueurs prennent le temps de développer un nouvel esprit d’équipe et cherchent encore un peu le style qui sera le leur pour la saison. Pour ce premier match, les Rouges de Jean-Philippe Durand affrontaient les Jaunes de Delphine Bienvenu. Deux équipes bien équilibrées alliant des joueurs plus frondeurs comme LeLouis Courchesne et Pier-Luc Funk à des bâtisseuses comme Pascale Renaud-Hébert et Marie-Ève Morency, qui ont fait de belles propositions, surtout en deuxième période.

Crédit photo Daphné Bathalon, prochaine photo, crédit LNI

Sur une lancée, les Rouges ont remporté les deux premières improvisations du match, deux courtes comparées dont la drôle et efficace L’heure de l’attente, où un voleur à main armée incarné par Funk a dû prendre un numéro et attendre sagement son tour avant de pouvoir cambrioler un commerce. Le jeune joueur étoile de la LNI s’est d’ailleurs démarqué à plus d’une reprise au cours de ce match en se glissant dans la peau d’une grande variété de personnages avec l’énergie et la vivacité qu’on lui connaît.

Cette petite avance des Rouges n’a cependant pas freiné la détermination des Jaunes, qui ont ensuite repris les devants en empochant coup sur coup quatre improvisations, dont l’étonnante mixte de 9 minutes Le baiser de l’araignée. Jouée à cheval sur deux périodes, l’impro a vraiment décollé en deuxième moitié, prenant résolument le parti de l’absurde avec un homme araignée cherchant à fonder une famille de 800 enfants. Face à Funk-araignée, Pascale Renaud-Hébert ne s’en est pas laissé imposer et a dirigé l’histoire avec constance. En fille trop intense dans la comparée Mourir ce soir, la joueuse des Jaunes a également charmé le public avec l’aide de son coéquipier LeLouis Courchesne. Toujours chez les Jaunes, Nicolas Michon (en remplacement de Patrick Huard) a quant à lui offert une surprenante

séance de spiritisme dans la comparée La chaise berçante alors que son personnage cherchait à connaître l’emplacement du panier de pique-nique auprès de sa blonde décédée.

La seule longue impro du match, Au nom de la maison St-Marc, 1090 Willow Drive, a donné lieu à quelques échanges touchants entre un élève peu doué avec les chevaux et mal aimé de ses parents (Funk) et sa tutrice (Suzie Bouchard). Malgré une pénalité de confusion infligée aux deux équipes, les joueurs ont su construire une trame dramatique inspirante qui aurait pu se développer encore davantage si l’impro avait duré un peu plus longtemps.

Crédit photo Daphné Bathalon

En milieu de troisième période, Fin de semaine dans le Michigan a mis aux prises un homme accro à son téléphone et sa femme, tentant vainement de raccommoder leur couple. Après cette mixte divertissante, le match s’est conclu comme il avait commencé: sur une comparée où les deux équipes ont mesuré leurs forces. Concept intéressant pour cette dernière improvisation, chaque équipe s’est vu attribuer une facette différente du même thème: La méthode forte pour les Jaunes et La méthode douce pour les Rouges. Les Jaunes ont misé sur une DPJ et une justice excessives face à une jeune mère dont l’enfant a mal aux dents, tandis que les Rouges ont présenté les nombreuses tergiversations d’enseignantes incapables de discipliner un élève turbulent. La douceur des Rouges a gagné, mais cette impro finale a déclenché le premier comptage de la soirée! C’est donc avec quelques dizaines de voix que les Rouges ont remporté le match 5 à 4.

Avec son concept d’affrontement sur la patinoire qui a fait ses preuves et une volonté grandissante de faire primer la création et les histoires, la LNI remet la table pour une nouvelle Coupe Charade, qu’on souhaite aussi éclatée et colorée que ses joueurs. À voir les dimanches après-midi et lundis soir au Club Soda jusqu’au 13 mai (calendrier).

Étoiles de la rencontre
Antidote (qualité du français) : LeLouis Courchesne
Rouge : Pier-Luc Funk
Jaune : Pascale Renaud-Héber

Crédit photo Daphné Bathalon
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A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.