LNI – Coupe Charade 2018 : Une finale à la hauteur de la saison

par | 6 juin 2018

Une fois n’est pas coutume, ce sont les deux équipes en tête du classement de la saison régulière qui se sont retrouvées en finale, le dimanche 3 juin en après-midi, devant un Club Soda plein à craquer. D’un côté de la patinoire, les Bleus, à leur 15e participation en finale ; de l’autre, les Verts Téo Taxi, à leur 14e participation en finale et champions en titre.

Crédit PHOTO : Catherine Asselin-Boulanger – cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

Après l’interprétation de l’hymne par l’artiste invité Bruno Pelletier, accompagné au piano par Julie Lamontagne, le match a démarré avec une belle fougue dans Deux jours d’avance, une première mixte de 4 minutes où Frédéric Barbusci (Bleus) et Brigitte Soucy (Verts) ont joué un couple en panique au moment d’un accouchement prématuré. Les Bleus ont ainsi ouvert la marque.

C’est toutefois avec la deuxième impro, En guise de punition, une comparée de 5 minutes, que le public a pu mieux apprécier le talent déployé par ces deux équipes de forces égales pour créer une galerie de personnages colorés, tantôt drôles tantôt dramatiques. Les Bleus de Christian Laurence ont misé sur Guy Jodoin, dont on espère le retour l’an prochain, en délinquant sexuel sur le chemin du repentir, tandis que les Verts de Christian Brisson-Dargis ont proposé un ado un peu rebelle (Pier-Luc Funk) obligé d’aller s’excuser auprès d’un voisin inquiétant (Mathieu Lepage). Point Verts.

La folle imagination des improvisateurs de la LNI a pris son envol en deuxième moitié de première période avec la courte comparée Les bras m’en tombent où les Verts nous ont mimé l’histoire d’amour improbable d’un couple humain-zombie et où les Bleus ont hissé la barre encore un peu plus haut avec un duo chanté entre une jeune fille (Amélie Geoffroy) et un grabataire (Barbusci) réduit à chanter un solo trachéotomisé. Les Bleus ont temporairement pris les devants du match, mais les Verts ont égalisé juste avant le coup de sifflet avec Une nouvelle liste mettant fin à la période.

Crédit Daphné Bathalon

Le début de deuxième période a été un peu plus laborieux pour les deux équipes. La mixte de 8 minutes La cour anglaise, à la manière de Jane Austen, a fait pleuvoir les pénalités sur les joueurs malgré le vocabulaire recherché de la joueuse Salomé Corbo. Le public a vertement exprimé son désaccord avec la décision de l’arbitre de punir la joueuse pour non-respect de la catégorie, qui a affirmé qu’elle tirait trop l’improvisation vers le drame en parlant de suicide. Argument plutôt faible quand on sait qu’à travers ses histoires d’amour, Austen se montrait également très critique de la société dans laquelle elle vivait tout en abordant des thèmes sérieux comme la condition féminine, la place du clergé et la dépendance à l’argent. Mais soit, l’arbitre fait loi! Point Verts.

Crédit photo Daphné Bathalon

L’improvisation la plus intéressante de cette période a été la comparée De l’autre côté du miroir, où les deux équipes sont allées toucher du doigt des sujets qui ont certainement rejoint les nombreux adolescents dans la salle. Chez les Verts, Funk a incarné un concierge qui, une fois bien seul, est heureux de s’habiller en femme et finit par se déclarer incapable de choisir entre ses deux identités. Une façon adorable d’aborder la transidentité. Chez les Bleus, qui ont emporté l’impro, Marie-Ève Morency s’est métamorphosée en fée marraine accro à la clope et au gin pour aider une Amélie Geoffroy adolescente et déprimée.

Avec un score de 5 à 4 pour les Verts en début de troisième période, tous les scénarios étaient encore possibles pour les deux équipes. Les joueurs Barbusci et Funk ont décidé de nous offrir une belle démonstration de pantomime dans la sans paroles Tu dis aussi des choses en te taisant. Quel talent physique chez ces deux joueurs pour parvenir à nous raconter une histoire complète et établir une relation de jalousie entre leurs personnages sans paroles et en moins de trois minutes! Grâce à cette impro, les Verts ont pris les devants et n’ont plus lâché l’affaire jusqu’à la fin du match.

C’est la comparée La femme entre nous de 8 minutes qui a pratiquement scellé l’issu de la finale, grugeant 16 minutes à la période d’un seul coup. La gardienne d’enfants incarnée par la joueuse des Verts Brigitte Soucy a non seulement inconsciemment fait tomber sous son charme aussi bien le père de famille que le jeune fils et la mère, mais a aussi séduit le public, qui a accordé le point à l’équipe. Il faut dire que tout au long de la saison, les Verts de Brisson-Dargis ont construit de solides trames narratives en comparée. Avec à peine 7 minutes à jouer à la troisième période et trois points d’avance pour les Verts, il aurait fallu de courtes impros ou bien des punitions pour que les Bleus puissent revenir dans le match. Le sort a voulu que l’arbitre pioche le thème Épisode final, une mixte de… 20 minutes! Malheureusement pour les Bleus (et pour nous!), on n’aura même pas pu voir se construire cette impro, dans laquelle les joueurs ont joyeusement plongé après un caucus inter-équipe (c’est permis, ça?). Les joueurs se sont fait bien plaisir avec presque sept minutes de jeu. Bien que légère, l’histoire sur le ton du roman Harlequin promettait quelques revirements bien comiques. Point Bleus. Les Verts ont donc remporté la finale avec un score de 7 à 5. Il s’agit d’une 5e coupe Charade pour l’entraîneur Christian Brisson-Dargis.

Crédit photo Daphné Bathalon

Comme ce fut souvent le cas cette saison, le score final ne reflète pas la qualité de jeu, la ressource et l’énergie déployées par les deux équipes sur la patinoire. Les dix joueurs ont offert des personnages variés, bien définis, et des histoires aux enjeux originaux (même si plusieurs ont encore tourné autour du couple). La LNI est définitivement sur une bonne lancée!

Crédit photo Daphné Bathalon

Les étoiles de la rencontre

Étoile verte : Mathieu Lepage
Étoile bleue : Frédéric Barbusci
Étoile Antidote : Salomé Corbo

Crédit PHOTO : Catherine Asselin-Boulanger – cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

Les trophées de la saison 2018

Coupe Antidote : Laurent Paquin (pour une troisième fois)

Trophée Pierre-Curzi (recrue de l’année) : Pascale Renaud-Hébert (seule recrue cette saison, mais un trophée pleinement mérité pour une joueuse passionnée qui a été un bel atout pour son équipe)

Trophée Marcel-Sabourin (le plus apprécié de ses pairs) : Mathieu Lepage

Prix du public : Pier-Luc Funk (pour une quatrième année consécutive)

Trophée Robert-Gravel (champion compteur) : Salomé Corbo

Trophée Beaujeu (le plus étoilé) : Joëlle Paré-Beaulieu

Crédit PHOTO : Catherine Asselin-Boulanger – cotraphoto.com | ©Théâtre de la LNI

 

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.