LNI Coupe Charade 2017 – Jaunes et Verts : À forces égales

par | 10 février 2017

Par Daphné Bathalon

À quelques mois de célébrer son 40e anniversaire, la LNI met la table pour une nouvelle coupe Charade échevelée. Lancée le 23 janvier, la saison 2017 se poursuivait lundi soir dernier au Club Soda avec un match mettant aux prises les Verts Téo Taxi et les Jaunes Québecor. Ces deux équipes au style de jeu similaire comptent plusieurs joueurs adeptes de jeux de mots, de poésie et d’histoires aux bases solides.

Toutes deux à leur deuxième match de la saison, les équipes ont paru bien réchauffées au moment de se lancer dans la première improvisation (et première de nombreuses mixtes). Jean-François Nadeau (Jaunes) et Mathieu Lepage (Verts) ont cassé la glace avec Technique de camouflage, en proposant un documentaire animalier surprenant, où un caméléon peut facilement devenir un humain. Comme souvent en début de match, cette première rencontre sur la patinoire a surtout permis aux joueurs de mesurer leur adversaire… et à l’arbitre Simon Rousseau de faire sentir sa présence par une pénalité de manque d’écoute (Lepage).

L’art subtil et complexe de la mayonnaise – crédit photo Daphné Bathalon

Le match a d’ailleurs été ponctué par quelques pénalités, en dépit d’un bon niveau de jeu. Les équipes ont semblé souvent rester sur leur quant-à-soi, n’osant pas pousser plus loin leurs histoires ni approfondir leurs personnages. Il faut dire qu’au cours du match, plusieurs thèmes très précis leur ont mis des bâtons dans les jambes. Ça a été le cas dès la deuxième impro, Couvrez ce camel toe que je ne saurais voir, qui a donné du fil à retordre à Laurent Paquin (Verts), à Martin Boily (Jaunes, en remplacement de Patrick Huard) et à Marie-Ève Morency (Jaunes). L’impro a mis du temps à s’installer. Elle a toutefois pavé la voie pour de savoureux jeux de mots (Paquin s’en est donné à cœur joie).

Après deux belles chantées en comparée, I’ll drink to that, remportée par Diane Lefrançois (Jaunes), la mixte Prada made in China, à deux joueurs par équipe, a donné l’occasion aux équipes de faire leurs dents avec un humour plus incisif, dans une histoire mêlant snobisme, mode et hypocrisie. Une impro malheureusement marquée par des pénalités de retard de jeu aux deux équipes, mais qui a permis aux Verts de revenir dans le match, eux qui tiraient légèrement de l’arrière.

Le principe du foyer – crédit photo Daphné Bathalon

La deuxième période s’est ouverte sur la première d’une série de longues improvisations. Dans la mixte Le principe du foyer, un couple riche (Lepage et Morency) se retrouvait en fâcheuse posture en visitant un manoir hanté par d’étranges fantômes. Une impro qui a décollé lentement, mais a aussi donné lieu à plusieurs situations loufoques. Ont suivi deux mixtes de quatre minutes, fines et franchement drôles. D’abord, On se revoit bientôt, dans laquelle Paquin et Lefrançois ont offert un duo père-fille irrésistible, le premier incapable de laisser partir sa fille et la seconde avec une seule hâte : être libre à nouveau. Ensuite, avec la rimée L’art subtil et complexe de la mayonnaise, Salomé Corbo et Jean-François Nadeau ont déployé toute la vivacité d’esprit qu’on leur connaît en alignant les rimes comme si ce langage leur était des plus naturels tout en construisant une intrigue originale, faite d’échanges, de ruptures et de temps qui passe aussi… « Les années ont passé et la mayonnaise a tourné. » Un point que la joueuse des Verts est allée chercher avec une majorité.

La suite du match s’est révélée tout aussi intéressante grâce à deux longues impros de 18 et 16 minutes. La première, à cheval sur deux périodes, Style Yukon, a permis à Amélie Geoffroy (Verts) et à Martin Boily de construire une relation solide entre leurs personnages, une auto-stoppeuse pétillante, mais bavarde, et un camionneur bourru. Ponctuellement appuyées par des passages de Paquin, au cellulaire, leurs confidences ont petit à petit dévoilé des bribes de leur passé respectif, comme autant de pistes sur ce qui les a menés là, sur cette route. La suite du roadtrip canadien (remporté par les Jaunes) n’a pas permis d’aller au bout de cette prémisse prometteuse, mais a apporté quelques revirements intéressants. L’ajout d’autres joueurs au fil de l’impro a semé plus de confusion qu’autre chose, mais a aussi grandement donné envie de connaître la suite de l’histoire!

L’inquisition et moi – crédit photo Daphné Bathalon

La dernière impro en temps régulier, une 16 minutes intitulée L’Inquisition et moi, a poursuivi cette belle lancée, nous amenant dans l’abri de fortune de deux femmes soupçonnées de sorcellerie parce qu’elles ont « la tache ». Les joueuses Corbo et Morency ont mis la table pour une excellente improvisation en installant une ambiance inquiétante à souhait, laissant entrevoir une vie passée à se cacher, une vie de persécutions. La persécution n’a d’ailleurs pas tardé à frapper à leur porte avec l’entrée en scène d’un bourreau, d’un ecclésiastique, d’une sinistre accoucheuse et d’un inquisiteur… Une impro tantôt dramatique, tantôt débridée qui aurait conclu le match de belle manière. Mais les deux équipes ayant bien joué, le public a choisi de se faire plaisir en égalisant la marque 5 à 5 pour réclamer une supplémentaire à ce match qui cumulait déjà 6 minutes de plus que la moyenne. Nous avons été bien gâtés par une comparée solo, Je t’aime, où Nadeau a choisi la pantomime d’un petit matin ordinaire et Paquin le lyrisme d’un poème de rupture. Le mime l’a emporté et les Jaunes ont empoché la victoire.

Jaunes et Verts semblent être deux équipes de force égale, dont il sera intéressant de suivre la trajectoire au fil de la saison. Les Verts ont déjà deux autres matchs à venir, les lundis 13 et 20 février. Un début de saison fort occupé!

Le match spécial de la relâche aura lieu, cette année, le dimanche 5 mars. Les joueurs de la LNI y affronteront, selon nos sources, une équipe de Télé-Québec.

Les étoiles du match:

Mention Antidote : Salomé Corbo
Première étoile : Martin Boily
Deuxième étoile : Laurent Paquin
Troisième étoile : Marie-Ève Morency

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Daphné Bathalon

A propos Daphné Bathalon

Diplômée de l’École supérieure de théâtre (baccalauréat en art dramatique, profil critique et dramaturgie), Daphné Bathalon a été mise en contact tout au long de ses études avec divers types de spectacles vivants. Elle a ainsi pu explorer plusieurs facettes de la représentation. Plus particulièrement intéressée par le théâtre pour enfants, le cirque, l’improvisation et tout objet théâtral explorant la richesse de langue française et des arts visuels, Daphné souffre également de ce qu’on pourrait appeler un appétit insatiable pour les créations éclatées et le théâtre shakespearien (aucun lien!). Critique pour MonThéâtre depuis 2008, Daphné a aussi publié quelques textes dans la revue Jeu. Depuis quelques années, sa couverture théâtrale pour MonThéâtre s’est étendue aux festivals de théâtre à Montréal et à l’étranger. Elle est devenue membre de l’Association des critiques de théâtre du Québec en 2011.