L’architecture organique de Cédric Delorme-Bouchard dans «Lamelles»

par | 24 avril 2018

En mai prochain, l’architecture de marbre connaîtra une petite révolution puisqu’avec Lamelles, une nouvelle création sans paroles, Cédric Delorme-Bouchard entend bien défaire cette idée de pierre en explorant les notions de seuil et de limite, avec seulement un mur, sept corps et la lumière.

Cédric Delorme-Bouchard

Rencontré au Prospero à la veille de la première de Le Nom, pièce dont il a signé la conception d’éclairage, Cédric Delorme-Bouchard semblait emballé à l’idée de pouvoir discuter de Lamelles, spectacle résultant de sa maîtrise en théâtre à l’UQAM. Malgré la tempête d’imprévus présagée en ce jour de générale, le calme qui règne dans le hall d’entrée du théâtre de la rue Ontario annonce un échange de qualité entre un concepteur passionné et une journaliste intriguée.

Même si Lamelles demeure la raison principale de cette rencontre, c’est sur l’architecture que s’amorce la discussion. Questionné sur l’origine de son intérêt pour celle-ci, le concepteur croit fermement que son travail y est étroitement lié. D’avis que l’architecture constitue une part de son médium de création, il précise : « Je ne dessine pas des immeubles ou des édifices, mais je dessine des espaces. » Cela lui permet d’aborder l’aspect multisensoriel de cette forme d’art qui le fascine. « Lorsqu’on expérimente une architecture, on le fait comme visiteur d’un espace et non comme observateur d’une photo, d’une bâtisse. », affirme l’artiste avec conviction. Cela peut expliquer le choix du metteur en scène d’imposer un espace à son équipe avant de commencer le travail d’exploration. Circulant autour d’un mur de lumière inspiré d’écrits de Frank Lloyd ou encore de Juhani Pallasmaa, sept performeurs issus de divers domaines artistiques ont eu l’occasion, semble-t-il, d’« explorer les possibilités de cet espace avec le corps » avant que certaines images trouvent un sens et s’oriente vers les notions de seuil et de limite. Ces deux termes sont, pour le chercheur du Centre de recherche en arts médiatiques Hexagram, « un peu ce qui sépare deux espaces, qui unie. » Voyant ses répétitions plus comme des « laboratoires », il se permet d’insister sur le fait que son spectacle est loin d’être « une improvisation ». « Tout est chorégraphié », indique Cédric en soulignant fièrement la présence de professeurs et de diplômés en théâtre corporel dans la distribution.

Image du spectacle Lamelles

Cette décision n’empêche pas le metteur en scène de qualifier d’« hallucinante » la trame sonore complètement originale de son collègue, Simon Gauthier, qui comble le silence durant l’intégralité de la performance. Camille Jupa, chargée des costumes, a droit à une reconnaissance semblable, alors que Cédric spécifie la participation de Tricia Crivellaro, designer de métier qui a fourni certains éléments portés par la troupe. « Tous les éléments sont très travaillés » considère le créateur, même s’il reste conscient de la place centrale qu’occupent la lumière et le corps dans sa création. Heureux de pouvoir également compter sur le regard d’expérience d’Angela Konrad, metteure en scène dont il est un collaborateur récurrent, le concepteur a particulièrement apprécié leurs échanges enrichissants pendant l’ensemble de la démarche. Ensemble, l’artiste soutient qu’« on peut aller plus loin, parce qu’on n’est plus à notre première rencontre. C’est la beauté de la chose », conclut-il en mentionnant d’autres noms comme Philippe Cyr et Florent Siaud avec qui il partage une connexion similaire.

Alors que la rencontre s’achève, l’ancien étudiant de l’UQAM manifeste le désir de faire valoir publiquement le support offert par l’institution pour mener ce projet à terme. Ayant voyagé un peu partout, il est content de pouvoir montrer au public montréalais qu’ici comme ailleurs, scénographes, concepteurs lumière et metteur en scène peuvent faire de la mise en scène. « On crée tous du sens dans un objet qui est présenté au public », rappelle-t-il. En accord avec cette idée, il espère que les spectateurs verront Lamelles comme « un moment d’arrêt » dont l’humain est le centre. « Peu importe qu’on parle anglais, français ou qu’on vienne d’ailleurs, c’est très universel », précise le créateur qui présente son spectacle comme « une série d’images de corps vivants en interaction », lui donnant une signification à la fois commune et individuelle. Voilà un entretien qui laisse une journaliste sur sa faim, alors que le concepteur avoue avoir d’autres projets, mais qui, pour l’instant, resteront secrets.

Lamelles, à l’Usine C du 2 au 4 mai 2018