L’absurde pour les jeunes – entrevue avec Ombre rouge

par | 20 novembre 2014

Par Gabrielle Brassard

Dans le cadre de la présentation du programme double Gzion / En pleine mer du théâtre de l’Ombre rouge, actuellement présenté à l’Espace La Risée, MonThéâtre s’est entretenu avec Cédric Delorme-Bouchard, qui signe la mise en scène et la direction artistique de ce spectacle de la jeune compagnie.

gzion1Créée en 2012 pendant la grève étudiante, de laquelle elle tire son nom, l’Ombre rouge est l’idée originale de Sébastien Perron, Antoine Regaudie et Emanuel Robichaud. Cédric Delorme-Bouchard s’est rapidement joint à l’équipe, dès les débuts, en signant les mises en scène des deux premiers spectacles de la compagnie. « Mais l’Ombre rouge n’existe pas nécessairement pour la grève ni pour une volonté de changer la société. Mais qu’on y ait pris part de proche ou de loin, on a quand même été marqué par ça », explique le metteur en scène.

Malléable et pertinent

« Nos spectacles sont conçus pour ne pas être joués en un seul et unique endroit. Ils ont donc un dispositif d’une grande simplicité. Nous avons créé Gzion / En pleine mer cet été à la Galerie Séguin-Poirier, où il n’y a pas de projecteur, pas de scène, mais qui était parfaite pour recevoir ce morceau de théâtre, surtout qu’on va le promener un peu partout dans les écoles secondaires et les cégeps. On voulait que ce soit un spectacle très compact, très malléable, pour qu’on puisse l’emmener un peu partout, même dehors », confie Cédric Delorme-Bouchard. Il ajoute que cette manière de faire demande également une grande performance des acteurs, puisqu’ils ne sont pas supportés par l’apparat théâtral habituel.

Crédit : Ombre Rouge

Crédit : Ombre Rouge

Autre particularité du nouveau spectacle de l’Ombre rouge, il s’inscrit dans le cadre scolaire du public auquel il est présenté. En effet, le courant de l’absurde, thème de Gzion / En pleine mer, est étudié dans les écoles secondaires et dans les cégeps. Cependant « ce n’est toujours que les premiers fondateurs qui sont évoqués, les Ionesco, les Beckett, les Fred Jarry, et ça s’arrête à peu près là. On présente rarement les auteurs contemporains », déplore l’homme de théâtre.

L’Ombre rouge a donc choisi deux auteurs récents, Hervé Blutsch et Slawomir Mrozek (traduction de Thérèse Douchy). Malgré deux styles d’écriture très différents et deux univers originaux (l’espace et la mer), pour la jeune compagnie, présenter Blutsch et Mrozek dans un programme double d’une heure est tout à fait logique. « Les deux auteurs se font très bien écho. Dans les deux cas, nous avons trois hommes qui sont naufragés en quelque sorte, perdus ensemble. Il s’agit de très beaux textes individuellement, mais en les associant, le tout est plus grand que la somme des deux textes. Ce que l’on donne à un texte va donner encore plus de force à l’autre, à ce qui va suivre », en plus de permettre au jeune public de découvrir non seulement un, mais deux auteurs, selon le metteur en scène.

Pourquoi cibler les jeunes? « L’offre du théâtre pour jeunes n’est pas très diversifiée. On n’ose pas leur montrer des choses qui sortent de l’ordinaire. On reste dans le convenu, dans le gentil, et je ne pense pas que c’est la bonne façon de faire. Il y a un humour noir dans nos spectacles qui va rejoindre les adolescents. Ils sont en contact avec plein de choses, et connaissent plein de trucs de la vie, même s’ils sont jeunes. Il ne faut pas les sous-estimer dans ce qu’ils peuvent comprendre », affirme Cédric Delorme-Bouchard. Il ajoute par ailleurs que « Le spectacle a été créé pour les jeunes, mais on ne fait pas de « nivellement par le bas » pour une meilleure compréhension. On s’attend à ce qu’il y ait des choses qui leur échappent, notamment des références politiques et littéraires, qui s’adressent aussi à un public adulte, plus averti ».

À l’Espace La Risée, jusqu’au 22 novembre.