La rencontre humaine… virtuelle

par | 17 février 2013

par Gabrielle Brassard

Crédit photo : Dimitrios Touloumis

Crédit photo : Dimitrios Touloumis

Quatorze comédiens de partout au Canada, quatorze ordinateurs, un écran géant. Voilà de quoi est constitué le iShow, présenté à l’Usine C à partir du 21 février prochain. Au programme : la rencontre.

« Pendant le iShow, on cherche nos acteurs et nos actrices, en fait », décrit Maxime Carbonneau, l’un des trois metteurs en scène de cette création.

Né d’une réflexion sur la place qu’occupent les réseaux sociaux dans nos vies, le iShow ne se veut toutefois pas une critique de ces derniers, mais plutôt « un constat de l’espace important qu’ils prennent dans nos vies, et des possibilités qu’ils offrent », affirme-t-il.

Le iShow est inqualifiable, de l’aveu même de ses créateurs et créatrices. En temps réel, le « spectacle », si on peut l’appeler ainsi, vise à faire interagir les gens que les acteurs rencontrent à travers leurs ordinateurs, avec le public de la salle. Les personnes contactées, notamment à travers le réseau Chat Roulette, se retrouvent ainsi non pas face à un interlocuteur seul devant son appareil, mais devant une salle de théâtre remplie de plusieurs centaines de personnes. Des réactions, de part et d’autre, se font alors ressentir, positives ou négatives.

« On veut présenter un point de vue particulier de ce qu’offrent les réseaux sociaux. À travers cette expérience, on y trouve aussi la beauté de la rencontre humaine. Nous avons été en contact avec des personnes extraordinaires grâce au iShow. Et en même temps, ça reste une démarche honnête. Tout le monde est transparent. Les gens qui se prêtent au jeu sont au courant. Certains acceptent. D’autres refusent. C’est tout aussi pertinent pour nous de montrer les échecs et que les réussites de ces rencontres », explique Maxime. « Pour la plupart d’entre nous, c’est le show le plus intime et le plus sincère que l’on a fait. Il n’y a pas de quatrième mur ; l’idée, c’est vraiment d’interagir avec des gens et le public », ajoute-t-il. Personne ne « joue », donc, il s’agit plutôt d’une expérience, d’un objet insaisissable qui nous confronte, des trois côtés (spectateurs, comédiens sur la scène et personnes « réelles » à l’écran), aux possibilités technologiques d’aujourd’hui, et aux types de rencontres auxquelles elles nous exposent.

L’idée est partie d’un laboratoire que faisait Claude Poissant, qui s’intitulait Devoir de création et joie du péril. C’est là que le collectif des « petites cellules chaudes » est né. « Nous sommes arrivés à ce concept après ce que nous avions expérimenté pendant l’atelier, et nous avons décidé d’en faire un projet. Le iShow est né d’une nécessité, d’une réflexion sur la place qu’occupent les interactions virtuelles dans nos vies », confie Maxime.

Pour les créateurs et créatrices, qui viennent de Vancouver, d’Ottawa, de Gatineau, de Québec et de Montréal, l’idée est de faire « du théâtre instantané et très «low tech». « Aucun de nous n’est « geek », et les aléas de la technologie font partie du risque que l’on prend. Il y a une grande partie liée au hasard, car on ne sait pas ce qui va se passer selon qui on rencontre et qui accepte de participer ou non. Nous avons nous-mêmes tout le temps des surprises », raconte le metteur en scène.

Le collectif a toutefois établi quelques balises, avec plusieurs tableaux différents, mais qui sont toujours sujet au changement. L’équipe est divisée en plusieurs « cellules » : dramaturgique (Sarah Berthiaume, Édith Patenaude, Gilles Poulin-Denis) ; mise en scène (Maxime Carbonneau, Philippe Cyr, Laurence Dauphinais) ; scénographique (Patrice Charbonneau-Brunelle) et interprétation (Hugo B. Lefort Émile Beaudry, François Édouard Bernier, Sarah Berthiaume, Maxime Carbonneau, Patrice Charbonneau-Brunelle, Nathaly Charrette, Philippe Cyr, Laurence Dauphinais, Dominique Leclerc, Émilie Leclerc, Édith Patenaude, Gilles Poulin-Denis, Audrey Talbot et… plusieurs inconnus).

Le iShow promet d’être un moment de théâtre inusité, indescriptible et rempli de rencontres surprenantes. Invitation à ce ménage à trois virtuel.