La LNI s’attaque au cinéma – Les deux éternels Contes pour tous d’André Melançon

par | 11 novembre 2018

Par Olivier Dumas

Beaucoup de rires et de moments touchants ont émané de la matinée du jeudi 8 novembre de La LNI s’attaque au cinéma à Espace Libre.

Pour les gens du public qui ont grandi au Québec, spécifiquement durant les années 1980, la série des Contes pour tous demeure une référence commune, entraînant une sensation de nostalgie. Parmi les films de la série, deux du réalisateur André Melançon, La Guerre des tuques et Bach et Bottine se sont démarqués du lot par leur succès public et critique (du lot, seul le long-métrage La Grenouille et la baleine a connu un engouement presque similaire).

Après avoir scruté le répertoire théâtral, la Ligue nationale d’improvisation s’intéresse maintenant au septième art en plongeant dans les univers de maîtres comme Stanley Kubrick, des artisans d’ici (Léa Pool) et d’ailleurs (Agnès Jaoui). Malgré le changement de discipline artistique, la formule demeure sensiblement la même, sous la gouverne du directeur de la LNI François-Étienne Paré. Un conseiller dramaturgique (Jean-Philippe Durand, en alternance avec Christian Laurence) nous donne des informations et énumère les grands thèmes du corpus retenu. Un musicien joue en direct (Éric Desranleau) et une vidéaste (Geneviève Albert) complète l’équipe sur scène. En plus d’être vue « en chair et en os », l’action est également filmée et projetée sur un écran.

Pour cette représentation, Paré a dirigé le trio d’improvisateurs composé de Joëlle Paré-Beaulieu, Réal Bossé et Mathieu Lepage. Durant la première partie chronométrée à 60 minutes, nous assistons à une série de courtes scènes improvisées s’inspirant de l’univers du cinéaste, entrecoupée de quelques interventions explicatives. Après un entracte de dix minutes top chrono, les interprètes performent devant nous une « piécette » inédite de 30 minutes inspirée des enjeux traités précédemment.

Une certaine émotion était palpable, car le «géant», surnom parfois accolé à Melançon, a été pendant une vingtaine d’années, de 1980 à 2000, un entraîneur à la LNI. Réalisateur apprécié pour ses fictions marquantes destinées à la jeunesse (Comme les six doigts de la main, Fierro… l’été des secrets, une troisième incursion dans les Contes pour tous qui curieusement n’a pas été mentionné par le présentateur) et pour sa polyvalence (derrière des documentaires, des productions télés et des fictions pour adulte comme Rafales), son nom reste surtout lié aux mythiques Guerre des tuques et Bach et Bottine, dont certaines répliques ont passé à l’histoire.

N’ayant pas eu l’occasion de voir les autres expériences de la présente cuvée de la LNI, il m’est impossible de comparer. Toutefois, le résultat du présent exercice s’avère d’une grande efficacité et ne tombe pas (ou très peu) dans le cabotinage. Au contraire, les artistes ont su rendre adéquatement la finesse du travail de l’artiste, reconnu pour son équilibre entre l’humour et l’émotion. Par ailleurs, la première improvisation a donné le ton avec un Mathieu Lepage en jeune garçon qui, recroquevillé dans son coin, écrit une lettre à « Monsieur Molière » pour lui demander de libérer son père durant le temps des Fêtes. Réal Bossé participait en voix hors champ. Peu de temps après, c’est au tour de leur camarade Joëlle Paré-Beaulieu de s’illustrer brillamment en jeune fille qui rédige ses pensées dans son journal intime à la veille d’un déménagement (Bossé joue alors le père bienveillant). L’actrice est remarquable dans cette séquence (et pendant tout le reste du spectacle) par son mélange de timidité et d’aplomb. La première partie se poursuit sur la même lancée. Peu avant l’entracte, une des scènes évoque directement Bach et Bottine avec l’adulte qui se détend en écoutant de la musique, écouteurs sur les oreilles, avant que les gamins (ici les deux gars) ne la distraient en soufflant des bulles à savon.

Dessert du programme, la courte œuvre improvisée atteignait parfaitement sa cible avec ses situations réalistes et prenantes, ses personnages dans la lignée des Sophie, Chicoine, Fanny. Ici, nous faisons brièvement la connaissance d’un père malade en fauteuil roulant et de deux jeunes attachants par leur courage et leur détermination.

En somme, c’est avec bonheur et tendresse que la LNI s’est attaquée à l’héritage d’André Melançon.

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A propos Olivier Dumas

Entre la ferveur, la curiosité et l’interrogation, Olivier Dumas veut toujours porter un regard empreint de passion, ludique ou engagé, sur cet art qualifié trop souvent d’éphémère. Il suit le théâtre depuis l’âge de douze ans, il a maintenant presque le triple. C’est en 2004 qu’il prend la parole à CHOQ.FM et la plume au Montréal Campus pour témoigner de son amour indéfectible pour les arts de la scène. À MonTheatre.qc.ca, il souhaite poursuivre son désir de s’émouvoir, de critiquer sans complaisance et d’approfondir l’un des derniers lieux susceptibles d’extirper l’humain de ses certitudes, de ses zones de confort. Journaliste, recherchiste, futur archiviste et bête curieuse de tout, Olivier croit au pouvoir rédempteur de l’art dans une société trop souvent dégueulasse pour les âmes sensibles.