La fête à Jean ; un projet vivant sur le deuil

par | 5 janvier 2013

par Gabrielle Brassard

« Je m’excuse d’être en retard. C’est mon anniversaire aujourd’hui et mon téléphone n’arrête pas de sonner depuis ce matin ». Nathalie Gascon se confond en excuses en enlevant son foulard pour s’asseoir à la table du café où elle nous accorde une entrevue.

Quelques instants plus tard, André-Marie Coudou arrive lui aussi en coup de vent. « Je suis patron d’un restaurant, et je devais y aller ce matin, vraiment désolé », dit-il lui aussi en s’asseyant à côté de la comédienne, qu’il a choisie pour sa prochaine mise en scène.

Crédit photo : Gabrielle Brassard

La fête à Jean, voilà le projet qui les unis, eux et sept autres comédiennes et comédiens qui seront sur la scène de la salle Fred-Barry, à partir du 9 janvier prochain.

C’est la fête de Jean (Denis Gavereaux). Sa famille et ses amis se réunissent pour le fêter… une dernière fois. Jean est malade, atteint d’une maladie incurable, et il a décidé de mourir. Autour de la célébration, chacun  tente de composer avec le choix de Jean, accepté ou non. Sa femme (Nathalie Gascon) fera elle aussi face à la musique.

La pièce est un texte de Pierre-Luc Lasalle (L’Anatomie du chien), en collaboration avec Marie-Pierre Poirier et les endeuillés des lundis – causeries de chez Alfred-Dallaire MEMORIA. « Ça fait trois ans qu’on travaille avec eux, qu’on fait des ateliers et qu’on récolte des témoignages », explique André-Marie Coudou, metteur en scène et fondateur du Théâtre l’Instant, avec Marie-Pierre Poirier et Michèle Duguay. La pièce est parsemée des confidences des endeuillés, qui livrent leur douleur et leur combat pour survivre aux êtres disparus.

« C’est une pièce sur la vie, sur le deuil, mais pas sur la mort », tient à préciser Coudou. C’est également une pièce pour accepter la mort, un peu comme La Mer intérieure d’Amenábar, d’après Nathalie Gascon.

« Pierre-Luc a perdu son frère et a toujours eu le goût d’écrire sur le deuil. Ce projet lui en donnait l’occasion », confie Coudou. « Je vois la pièce comme une peinture impressionniste, une sorte de tableau d’un moment important. L’écriture donne la chance aux non-dits, ce qui n’est pas toujours présent et possible dans les textes », explique Nathalie Gascon. « Oui, c’est comme des funérailles vivantes. Ça donne une urgence à la pièce, et ça chamboule tout le monde », précise le metteur en scène.

L’enthousiasme de ce projet est palpable au cours de la discussion entre le metteur en scène et la comédienne, dont la complicité est indéniable, malgré les boutades qu’ils se font sans arrêt.

« Ce que je trouve beau au théâtre, c’est de voir les acteurs dire du texte et passer à travers toute la gamme des émotions. Et là, j’ai pris le risque d’en mettre neuf sur scène. C’est un gros pari pour une petite compagnie, ça nous prend vraiment du public, et du vrai public, pas juste des théâtreux », affirme André-Marie Coudou. Avec des noms comme Gascon et Gavereaux, le défi est bien lancé.

Voilà longtemps que Nathalie Gascon n’a pas foulé les planches. Pourquoi maintenant, pourquoi ce texte? « J’ai d’abord dit oui à André-Marie, puis au texte. Je trouvais l’écriture très belle, très poétique, et le personnage intéressant », explique la comédienne, qui a rencontré Coudou il y a quelques années. « Oui, d’ailleurs, tu es très proche du personnage », répond Coudou. « Mais non, elle cuisine, et moi je ne cuisine jamais », lui réplique la comédienne.

L’actrice de plus de 25 ans de métier n’a pas chômé dans les dernières années. Elle a notamment enseigné à des étudiants de théâtre, ce qu’elle continue de faire aujourd’hui. « Et je veux que ça grossiste, parce que j’adore ça », dit-elle. « J’ai attendu le téléphone, longtemps, mais c’est très souffrant. J’ai mes torts là-dedans, mais j’ai fait des changements aussi depuis un certain temps, dans ma personne et dans mon approche, et je me sens mieux. Ma rencontre avec André-Marie, c’est vraiment une rencontre artistique, et ce n’est pas si commun », confie-t-elle.

Selon les deux créateurs, La fête à Jean joue entre la fiction et la réalité, mais les gens ne pourront les différencier l’une de l’autre. « J’ai envie de théâtraliser la pièce. J’ai fait une fausse scénographie, un faux jardin. C’est presque baroque, un peu à la Brecht », dit Coudou. Des musiciens seront aussi en direct sur scène, ce à quoi tient le metteur en scène, pour plus d’ambiance.

Coudou admire sans nul doute la comédienne qu’il dirige. « Elle est très forte au niveau des ruptures d’émotions. Passer d’un rire à un pleur très juste. Je ne sais pas comment elle fait », s’exclame-t-il. « Je pense que c’est parce que tu as vécu beaucoup de choses dans ta vie, et je crois qu’un bon comédien ou une bonne comédienne utilise son bagage pour appuyer sur les bons boutons au bon moment », dit-il à sa compagne. Nathalie conteste. « C’est très difficile de travailler avec des comédiennes de 25 ans de métier », confie Coudou à l’enregistreuse déposée sur la table. Nouvel éclat de rire.

La discussion se termine sur un ensemble de sujets qui dévie de la pièce, mais une chose est sûre, le duo assis en face de moi est fébrile, excité et un peu stressé de ce projet ambitieux et original. Le résultat le 9 janvier prochain.

 

La fête à Jean, du 9 au 26 janvier 2013, salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier