Journée mondiale de la marionnette

par | 21 mars 2018

Le 21 mars, c’est la journée mondiale de la marionnette !

Lecteurs et lectrices de MonTheatre, vous savez à quel point notre site (et notre rédacteur en chef!) apprécie l’art de la marionnette, appelé aussi 11e art.

Nous vous convions donc à lire le message international écrit par la marionnettiste Werewere-Liking Gnepo.

Une Tête sculptée
Une Figure peinte
Est-elle humaine
Est-elle animale
Ou même végétale,
Faite de racines ou de feuilles mortes Est-elle minérale
Directement sculptée dans la masse d’une pierre Ou d’une argile à haute teneur de métaux Ou est-elle juste de mousse ou de chiffons…

Elle est ou représente un être cher
Un Ancêtre ou un Esprit tutélaire Mais elle pourrait être une statuette votive Un masque ou une poupée
Ce qui la spécifie comme marionnette C’est l’animation :
On porte un masque ou une poupée On agite un pantin
On anime une marionnette…

Elle peut donc être aussi bien une canne
Un parapluie, une main ou un pied
Dès lors qu’on peut l’animer
Donner l’illusion qu’elle a une vie autonome Qu’elle a ou est une personnalité avec un caractère, Un projet, un objectif ou un destin à elle
Une vie qu’elle mène comme toutes les créatures Une vie arrimée à son animateur, à son Créateur : Une vie dialectique, parfois pathétique,
Plus souvent comique et fantastique…

On ne peut pas s’interroger sur la Marionnette Sans s’interroger sur la création en général
Et la création de la Vie en particulier Surtout, s’agissant de la création des êtres vivants Et apparemment autonomes
Mais dont la dépendance ou l’interdépendance Va souvent au de là de la simple Animation Pour devenir de la pure Manipulation…

On ne peut pas ne pas s’interroger sur le Créateur Et sur cette sorte de dérision Qu’entraîne ces lancinantes questions
Sans que s’impose à nous une autre dérision : Celle du regard d’enfant en nous-mêmes
Et en chacun dans notre public.
Car c’est elle qui nous aide à échapper
Au désespoir et à l’impuissance
Face à la montée continuelle
De l’intolérance et de la violence.

Il faut nécessairement ce regard d’enfant Pour croire en ces figurines animées Ces « Ndjundju » ou ces « Kakamu » Ces « Sogos Ba et leurs Sogos Denw » Parfois si fins et attrayants

Souvent si étranges et effrayants
Qui terrorisent et émerveillent
Tour à tour qu’importe
Mais qui captivent complètement
Toute notre attention et notre disponibilité
A croire à la magie et à toutes ses possibilités De Changement du monde et de toutes ses mœurs

Et on accepte les marionnettes,
On les écoute raconter sans parler
On admire leurs bouilles et leurs bouches
Si merveilleusement imiter et représenter Nos Guignols sociaux :
Politiques, Religieux,
Hommes et Femmes
Dits de Pouvoirs ou d’Affaires
Tous majoritairement Mafieux
Et si terriblement pervers
On s’émeut aux larmes de les voir tout révéler Sans se faire censurer ni bombarder

Chez nous aussi en Afrique,
Elles sont, elles font les « Fous du Roi » Elles ont un pouvoir bien à elles
Un pouvoir être, un pouvoir d’être Elles sont un don, un héritage
Elles sont un savoir faire
De génération en générations
Elles sont initiation
Avant d’être Ludiques
Elles sont arts des époques épiques
Où la parole devenant trop surveillée Nécessite désormais des boucliers Pour protéger « les veuves et les orphelins » Ces élans des inventeurs et des créateurs…

Elles assurent la liberté d’aspirer
A des univers encore inexplorés
Où les techniques de fabrication
Et surtout celles d’animation Entrent en compétition
Sur la place mondiale des manipulations (Aussi bien génétiques que technologiques) Et arrachent leur part de marchés Ainsi qu’une place honorable et honorifique A la mesure de leur propre mérite

Les Marionnettes d’Afrique Viennent sur la place publique Révéler leur histoire atypique Faite de beautés et de mystères De rêves et de merveilles
A léguer à la pérennisation De la pure enfance
Dans l’imaginaire de l’humanité

Et, en cette célébration mondiale 2018 de la marionnette
Je suis particulièrement fière et heureuse d’avoir été choisie Pour porter le Message de l’Union Internationale de la Marionnette En faveur de cette forme d’Art qui n’a pas encore fini
De révéler toute la richesse de ce patrimoine humain
A la meilleure conscience de toute l’humanité.
Et je prie tous ceux qui m’ont confiée cette noble mission
De recevoir ici toute ma reconnaissance et mon respect.

 

Source : https://www.unima.org/fr/projets-et-realisations/journee-mondiale-de-la-marionnette/werewere-liking-gnepo-2018/

Werewere-Liking Gnepo

Issam Zeljy – TruthBird Studios

Werewere-Liking Gnepo est née Eddy-Njock le 1er mai 1950 à Bondé au Cameroun et vit en Côte d’Ivoire depuis 1978. C’est une Artiste Ivoiro-Camerounaise pluridisciplinaire: écrivaine avec près d’une trentaine de titres publiés, allant du roman au théâtre, en passant par les contes, essais, livres d’art et poésies… ; peintre depuis 1968 avec de nombreuses expositions à travers le monde ; dramaturge, marionnettiste innovante et metteure en scène de nombreuses grandes fresques de théâtre total qualifiées d’opéras africains dont plusieurs ont fait des tournées mondiales ; actrice de théâtre et de cinéma ; chanteuse rappeuse…

Chercheure en Techniques pédagogiques traditionnelles à l’Université d’Abidjan (ILENA) de 1979 à 1985 elle participe à la révolution du théâtre rituel et Initie le Groupe artistique Ki-Yi Mbock. Elle met au point un système de formation particulier inspiré des initiations africaines, dont elle assume entre autres, les fonctions d’« Eveilleuse d’Etoiles ». Ce qui lui permet d’accompagner des centaines de jeunes en difficultés à se réinsérer avantageusement dans la société au rang de leader et qui lui vaudra le Prix « Héros de la Ville » du Prince Clauss des Pays Bas en 2000. Elle crée la Fondation Panafricaine Ki-Yi pour la Formation de la Jeunesse à la Création et au Développement par la Culture en 2001 avec laquelle elle poursuit cette œuvre depuis. Lauréate de plusieurs prix tels le prix Arletty de France, René Praïle de Belgique, Fonlon Nichols de L’Université de l’Alberta au Canada, Chevalier des Arts et Lettres Françaises, Commandeur de l’Ordre national du Mérite de Côte d’Ivoire, Membre du Haut Conseil de la Francophonie de 1997 à 2003, Prix Noma 2005 et Lauréate du « Book of the year » 2007 pour son roman La Mémoire Amputée, entre autres. Elle est aujourd’hui membre permanent de l’Académie des Sciences, des Arts et Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines, en Côte d’Ivoire.

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A propos David Lefebvre

Titulaire d'un DEC en communications, Art et technologie des médias, du Cégep de Jonquière et d'un certificat en communications de l'UQAM, David Lefebvre s'intéresse au théâtre petit à petit grâce à des critiques qu'il doit effectuer pour Planète Montréal, l'émission du retour à la maison de Radio Centre-Ville dont il fut l'animateur du mercredi durant près d'un an et demi. Il fonde, en juillet 2002, MonTheatre.qc.ca, ne trouvant pas de site rassembleur sur le Web. Depuis février 2003, il est membre de l'Association des critiques de théâtre du Québec et a été, pour les années 2007 et 2008, le secrétaire de l'AQCT, puis depuis 2017, vice-président de l'association. Depuis la saison 2015-2016, il est collaborateur de l'émission radiophonique Les enfants du paradis, animée par Robert Boisclair à CKRL, le lundi entre 17h30 et 18h30. David est le fondateur, concepteur, directeur, webmestre, rédacteur en chef, journaliste et critique de MonTheatre.qc.ca.